Un représentant du personnel, un représentant syndical ou un représentant de section syndicale peut être convoqué ou invité à participer à des réunions liées aux élections professionnelles. La question est très concrète : ce temps doit-il être payé ? Les frais de transport ou de repas peuvent-ils rester à la charge du salarié ou du syndicat ?
La réponse vient d’être clarifiée par la chambre sociale de la Cour de cassation dans un arrêt du 3 juin 2026, n° 25-12.456, publié au Bulletin. Lorsqu’un représentant de section syndicale participe à la négociation du protocole d’accord préélectoral, les heures passées à cette négociation ne sont pas déduites de son crédit d’heures et doivent être payées comme du temps de travail effectif. Les frais de déplacement pour s’y rendre sont à la charge de l’employeur.
Cette décision intéresse directement les salariés mandatés, les syndicats, les services RH et les entreprises qui préparent des élections CSE. Elle évite une erreur fréquente : considérer que tout ce qui touche au mandat syndical doit être financé par le syndicat ou imputé automatiquement sur les heures de délégation.
Ce que change l’arrêt du 3 juin 2026
L’affaire concernait un salarié désigné représentant de section syndicale dans une entreprise de sécurité. Il avait participé à des réunions organisées en vue de négocier le protocole d’accord préélectoral. La cour d’appel avait refusé de lui accorder le remboursement de frais de transport et de repas, ainsi qu’un rappel de salaire, au motif qu’il était représentant de section syndicale et non délégué syndical.
La Cour de cassation censure ce raisonnement. Elle s’appuie notamment sur les articles L. 2314-5 du Code du travail, L. 2142-1-1 et L. 2142-1-2 du Code du travail. Le représentant de section syndicale désigné par un syndicat non représentatif prépare les élections ; lorsqu’il négocie le protocole d’accord préélectoral, il intervient dans un cadre obligatoire organisé par l’employeur.
Conséquence pratique : l’employeur ne peut pas dire simplement que le syndicat doit payer. Il ne peut pas non plus traiter le temps passé comme une absence non rémunérée. L’arrêt est consultable sur le site officiel de la Cour de cassation : Cass. soc., 3 juin 2026, n° 25-12.456.
Le protocole d’accord préélectoral n’est pas une réunion syndicale ordinaire
Le protocole d’accord préélectoral fixe les conditions d’organisation des élections professionnelles : répartition du personnel et des sièges, collèges électoraux, calendrier, modalités de vote, représentation des salariés. L’employeur doit informer et inviter les organisations syndicales à négocier dans les conditions prévues par l’article L. 2314-5 du Code du travail.
Lorsque le représentant se rend à cette négociation sur invitation de l’employeur, il ne participe pas à une réunion interne du syndicat. Il répond à une étape légale de la procédure électorale. C’est cette distinction qui justifie le paiement du temps et la prise en charge des frais.
En pratique, il faut donc séparer trois situations :
- les heures de délégation utilisées librement pour exercer le mandat ;
- les réunions obligatoires ou organisées à l’initiative de l’employeur ;
- les réunions ou déplacements décidés uniquement par le syndicat ou par le représentant.
Le régime financier n’est pas toujours le même. L’erreur consiste à appliquer une règle unique à toutes les hypothèses.
Heures de délégation CSE : le paiement reste la règle de base
Pour les membres du CSE, les heures de délégation sont en principe du temps de travail. L’article L. 2315-10 du Code du travail prévoit que le temps passé en délégation est considéré comme temps de travail et payé à l’échéance normale. L’employeur qui conteste l’utilisation des heures doit saisir le juge.
Les règles relatives aux heures de délégation s’inscrivent dans cette même logique : le représentant doit pouvoir exercer ses fonctions sans perte de rémunération lorsque le temps concerné relève du mandat et du cadre légal applicable.
Mais l’arrêt du 3 juin 2026 ajoute une précision utile : la négociation du protocole préélectoral par le représentant de section syndicale ne doit pas être imputée sur ses temps de délégation. Elle doit être payée comme du temps de travail effectif à part entière, parce qu’elle répond à l’invitation légale de l’employeur dans le cadre des élections professionnelles.
Quels frais l’employeur doit-il rembourser ?
Dans l’affaire jugée, les demandes portaient notamment sur des frais de transport et de repas. La Cour de cassation retient que les frais de déplacement pour se rendre à la négociation du protocole préélectoral sont à la charge de l’employeur.
Pour éviter un litige, le représentant doit conserver :
- la convocation ou l’invitation à négocier le protocole ;
- les courriels fixant les dates, horaires et lieux de réunion ;
- les justificatifs de transport ;
- les notes de frais ou justificatifs de repas lorsqu’ils sont nécessaires ;
- le bulletin de paie montrant l’absence de rémunération ou la retenue contestée ;
- tout échange dans lequel l’employeur refuse la prise en charge.
L’employeur peut mettre en place une procédure de remboursement, demander des justificatifs cohérents et contrôler les montants. En revanche, il ne peut pas refuser par principe au motif que le représentant appartient à un syndicat non représentatif ou qu’il n’est pas délégué syndical.
Que faire si l’employeur refuse de payer ?
La première étape consiste à demander une régularisation écrite. Le message doit rester factuel : rappeler la date de la réunion, le cadre de la négociation du protocole préélectoral, le mandat exercé et les sommes demandées. Il faut joindre les justificatifs utiles et demander la correction sur le prochain bulletin de paie ou le remboursement séparé des frais.
Si l’employeur maintient son refus, plusieurs demandes peuvent être envisagées devant le conseil de prud’hommes :
- un rappel de salaire pour le temps non payé ;
- le remboursement des frais de transport et de repas ;
- des dommages-intérêts si le refus a causé un préjudice distinct ;
- dans les cas les plus graves, une discussion sur l’exécution déloyale du contrat de travail ;
- si la rupture du contrat est en cause, l’incidence de ce manquement sur une prise d’acte ou une contestation de rupture.
L’arrêt du 3 juin 2026 est important parce que la cassation ne portait pas seulement sur les frais. Le refus de payer le temps et les frais a aussi rouvert la discussion sur la prise d’acte de la rupture du contrat de travail. Cela ne veut pas dire que toute erreur de remboursement justifie automatiquement une rupture aux torts de l’employeur, mais cela montre que le sujet peut peser dans un dossier plus large.
Salarié mandaté : les réflexes à avoir avant la réunion
Un salarié représentant du personnel ou représentant de section syndicale doit éviter de laisser la preuve se construire après coup. Avant la réunion, il est préférable de vérifier le cadre exact : négociation du protocole préélectoral, réunion CSE, commission, entretien d’assistance, réunion interne du syndicat ou déplacement personnel lié au mandat.
Lorsque la réunion est organisée ou demandée par l’employeur, il faut conserver la convocation. Lorsque le déplacement a un coût, il faut demander à l’avance les modalités de remboursement ou appliquer la procédure notes de frais de l’entreprise. Lorsque le temps de réunion tombe sur l’horaire de travail, il faut vérifier que la paie n’est pas amputée.
Après la réunion, le salarié doit contrôler le bulletin de paie du mois concerné. Si une absence non payée apparaît, ou si une ligne de retenue est appliquée, il faut réagir vite et par écrit. Plus la demande est documentée, plus le litige peut être réglé sans procédure.
Employeur : les erreurs à éviter pendant les élections CSE
Côté employeur, la négociation du protocole préélectoral est souvent traitée comme une formalité RH. C’est une erreur. Une mauvaise invitation, un refus de payer le temps de réunion ou un refus de frais peut créer un contentieux individuel, mais aussi fragiliser le climat social autour des élections.
Les points à sécuriser sont simples :
- identifier les organisations à inviter ;
- envoyer l’invitation dans les délais ;
- distinguer les représentants concernés ;
- préciser les dates, horaires et lieux de négociation ;
- traiter le temps de réunion selon son régime juridique ;
- prévoir une procédure claire de remboursement des frais ;
- éviter toute différence de traitement entre représentants selon leur syndicat.
Le sujet rejoint plus largement le contentieux des élections professionnelles et du CSE. Pour les entreprises ou salariés confrontés à un litige plus global, il peut être utile de consulter la page du cabinet consacrée au CSE et aux élections professionnelles.
Paris et Île-de-France : quel conseil de prud’hommes saisir ?
Si le litige concerne un salarié travaillant à Paris ou en Île-de-France, la compétence prud’homale dépend principalement du lieu où le travail est accompli, du domicile lorsque le salarié travaille à domicile ou du lieu où l’employeur est établi selon les cas. Pour un salarié affecté sur un site parisien, le conseil de prud’hommes de Paris peut être compétent. Pour un salarié travaillant dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, les Yvelines, l’Essonne, le Val-d’Oise ou la Seine-et-Marne, il faut vérifier le lieu réel d’exécution du contrat et l’établissement de rattachement.
Cette vérification est importante dans les dossiers de sécurité, nettoyage, transport, prestation de services ou gardiennage, car le salarié peut être embauché par une société dont le siège est ailleurs, tout en travaillant sur un site client en Île-de-France.
Avant de saisir, il faut préparer un dossier court :
- contrat de travail et avenants ;
- mandat ou désignation syndicale ;
- invitation à négocier le protocole préélectoral ;
- justificatifs de présence ;
- bulletins de paie ;
- frais engagés ;
- échanges de refus ;
- historique des autres tensions éventuelles avec l’employeur.
En résumé
Un représentant de section syndicale invité à négocier le protocole d’accord préélectoral ne doit pas supporter personnellement le coût de cette participation. Les heures passées à la négociation doivent être payées comme du temps de travail effectif et ne sont pas imputées sur le crédit d’heures. Les frais de déplacement nécessaires à cette négociation sont à la charge de l’employeur.
Pour le salarié, l’enjeu est de conserver les preuves et de demander rapidement la régularisation. Pour l’employeur, l’enjeu est de sécuriser la procédure électorale et d’éviter qu’un refus de paiement ne devienne un contentieux prud’homal.
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