Le Tribunal judiciaire de Vesoul, dans un jugement du 30 janvier 2026, a statué sur l’opposition formée par un emprunteur contre une ordonnance d’injonction de payer. Une banque réclamait le remboursement d’un crédit personnel de 9500 euros, mais le défendeur contestait sa signature sur le contrat électronique. La question de droit centrale portait sur la validité probatoire de cette signature et les conséquences d’une usurpation d’identité alléguée. La juridiction a déclaré le contrat inopposable tout en ordonnant la restitution des fonds et un partage de responsabilité.
La recevabilité de l’opposition est d’abord confirmée, celle-ci ayant été formée dans le délai légal d’un mois suivant la signification à étude. Le jugement se substitue ensuite à l’ordonnance initiale pour statuer sur le fond du litige.
La première partie du raisonnement examine la contestation de la signature électronique. Le juge rappelle que la banque doit prouver la fiabilité du procédé pour bénéficier de la présomption légale. En l’espèce, le fichier de preuve produit fait référence à une politique de signature, mais la certification de l’organisme tiers concerne une politique différente. Dès lors, “la banque ne peut bénéficier de la présomption de fiabilité de la signature électronique de M. [U] [J]” (Motivation, II). Ce défaut de preuve, combiné au dépôt de plainte pour usurpation d’identité, conduit le tribunal à estimer que le contrat de crédit est inopposable au défendeur. La solution a une valeur protectrice forte, imposant au prêteur un devoir de vigilance accru dans la vérification électronique de l’identité du cocontractant.
La seconde partie du raisonnement traite des conséquences financières de cette inopposabilité. La juridiction ordonne la restitution du capital versé, soit 9500 euros, sur le fondement de la répétition de l’indu, car “tout paiement suppose une dette ; ce qui a été reçu sans être dû est sujet à restitution” (Motivation, III). Cependant, elle reconnaît une faute de la banque, qui a accordé le prêt sans contact direct avec l’emprunteur, et une faute de ce dernier, qui a viré les fonds à un usurpateur malgré des indices suspects. Le préjudice est ainsi partagé par moitié, la banque étant condamnée à 4750 euros de dommages et intérêts avec compensation des créances. La portée de cette décision est d’équilibrer la rigueur contractuelle avec la réalité d’une fraude, en responsabilisant chaque partie selon sa contribution au dommage.