Avocat licenciement faute grave pendant arrêt maladie : manquements antérieurs et harcèlement moral.
Le salarié placé en arrêt de travail consécutif à un accident du travail ou une maladie professionnelle ne peut, en principe, être licencié. L’article L. 1226-9 du Code du travail réserve deux exceptions : la faute grave et l’impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’accident ou à la maladie. Par arrêt publié au Bulletin du 21 janvier 2026, la chambre sociale de la Cour de cassation a précisé deux règles décisives : l’employeur peut se prévaloir, au soutien de la faute grave, de manquements antérieurs à la suspension du contrat ; mais un management agressif et intimidant fait présumer un harcèlement moral, peu important la réalité des griefs professionnels. Maître Hassan KOHEN, avocat au Barreau de Paris, défend le salarié confronté à une rupture pendant un arrêt de travail.
Comment ça se passe.
La protection du salarié dont le contrat est suspendu.
L’employeur peut, pour caractériser la faute grave, se prévaloir de manquements aux obligations issues du contrat antérieurs à la suspension. Mais un comportement managérial agressif fait présumer le harcèlement moral et expose la rupture à la nullité.
La solution Bulletin du 21 janvier 2026 (Cass. soc., n° 24-22.852).
Action prud’homale et conséquences indemnitaires.
Questions fréquentes.
Mon employeur peut-il me licencier pour faute grave pendant mon arrêt maladie professionnelle ?
Oui, mais sous conditions strictes. L’article L. 1226-9 du Code du travail interdit la rupture pendant la suspension du contrat consécutive à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, sauf faute grave ou impossibilité de maintien pour un motif étranger. En cours de suspension, la faute grave est limitée aux manquements à l’obligation de loyauté.
Mon employeur peut-il invoquer des manquements anciens découverts pendant mon arrêt maladie ?
Oui. Par arrêt publié au Bulletin du 21 janvier 2026, n° 24-22.852, la chambre sociale juge que l’interdiction qui frappe les manquements en cours de suspension ne s’applique pas aux manquements antérieurs. L’employeur peut, à l’appui d’une faute grave, se prévaloir de tout manquement aux obligations issues du contrat de travail antérieur à la suspension, sous réserve de la prescription disciplinaire de deux mois.
Le management agressif de mon employeur peut-il être qualifié de harcèlement moral ?
Oui, dès lors qu’il est matériellement établi. La même décision du 21 janvier 2026 casse l’arrêt d’appel qui avait écarté le harcèlement au motif que l’employeur avait des griefs professionnels fondés. Crier, taper du poing, intimider sont des éléments laissant présumer le harcèlement moral. La réalité des griefs disciplinaires est sans incidence.
Mon licenciement pour faute grave peut-il être annulé pour harcèlement moral ?
Oui. L’article L. 1152-3 du Code du travail prévoit la nullité de toute rupture intervenue en méconnaissance de l’interdiction du harcèlement moral. Le salarié obtient l’indemnité plancher de six mois de salaire de l’article L. 1235-3-1, en sus des indemnités de rupture si la faute grave est également écartée. Le barème de l’article L. 1235-3 est inapplicable.
Quelle indemnité espérer si la faute grave est requalifiée en cause réelle et sérieuse ?
Vous récupérez l’indemnité compensatrice de préavis (article L. 1234-1), l’indemnité compensatrice de congés payés afférente et l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement (article L. 1234-9). Si la cause réelle et sérieuse est également écartée, le barème de l’article L. 1235-3 s’applique selon votre ancienneté.
Dans quel délai dois-je saisir le conseil des prud’hommes ?
Douze mois à compter de la notification du licenciement (article L. 1471-1, alinéa 2, du Code du travail). Pour l’indemnisation autonome du harcèlement moral, l’action se prescrit par cinq ans à compter de la révélation des faits, en application de l’article 2224 du Code civil.
Suis-je protégé si la CPAM a refusé la reconnaissance d’origine professionnelle ?
La protection de l’article L. 1226-9 du Code du travail suppose un arrêt consécutif à un accident du travail ou à une maladie professionnelle. Si la CPAM a refusé la reconnaissance, vous pouvez contester. L’arrêt du 4 février 2026, n° 24-21.144 (Bulletin), admet la provision en référé prud’homal des indemnités L. 1226-14 dès lors que l’inaptitude est au moins partiellement d’origine professionnelle et que l’employeur en avait connaissance.
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