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Calcul pension alimentaire : barème, garde alternée, revenus et simulateur

Parler à un avocat 06 89 11 34 45

Le benchmark family law est assez stable d’un pays à l’autre. Aux États-Unis, l’internaute entre souvent par un child support calculator officiel d’État. Au Royaume-Uni, il passe par le calculateur public de child maintenance. En Australie, il utilise un estimateur administratif avant même de parler avocat.1234

Le réflexe français est proche. La vraie requête n’est pas toujours « avocat pension alimentaire ». Elle est beaucoup plus concrète:

  • combien dois-je payer ;
  • combien puis-je demander ;
  • la garde alternée supprime-t-elle la pension ;
  • quels revenus compte le juge ;
  • puis-je faire réviser le montant ;
  • et le simulateur officiel vaut-il quelque chose ?

Le droit français répond en deux temps.

D’abord, il n’existe pas de tarif légal unique. Ensuite, il existe une grille de calcul très utile, mais qui reste indicative. Le bon raisonnement consiste donc à utiliser le simulateur officiel comme point de départ, puis à vérifier comment ce chiffre s’articule avec les textes, la situation réelle des parents et la pratique du juge.

I. Le socle légal: chacun contribue selon ses ressources, celles de l’autre et les besoins de l’enfant

Le texte de base est l’article 371-2 du code civil. Il pose que chacun des parents contribue à l’entretien et à l’éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l’autre parent, ainsi que des besoins de l’enfant.5

Trois idées doivent être retenues tout de suite.

La première: la pension alimentaire n’est pas une sanction. C’est la traduction financière d’une obligation parentale.

La deuxième: le calcul ne dépend pas seulement du revenu du parent débiteur. Il dépend aussi des ressources de l’autre parent et des besoins concrets de l’enfant.

La troisième: cette obligation ne cesse pas de plein droit lorsque l’enfant devient majeur.5

En cas de séparation, l’article 373-2-2 du code civil précise que cette contribution prend souvent la forme d’une pension alimentaire versée par l’un des parents à l’autre, ou à la personne à laquelle l’enfant a été confié. Le texte admet aussi d’autres modalités: prise en charge directe de certains frais, droit d’usage et d’habitation, ou organisation fixée dans un titre exécutoire.6

Autrement dit, le droit français ne réduit pas le sujet à un virement mensuel abstrait. Il raisonne en contribution globale, dont la pension numéraire n’est qu’une forme fréquente.

II. Le barème existe, mais il reste indicatif

En pratique, la porte d’entrée la plus utile est le simulateur officiel Service-Public « Estimer le montant de la pension alimentaire due ».7

Ce simulateur renvoie à la table de référence diffusée par le ministère de la justice. Il aide à produire un ordre de grandeur à partir de données simples:

  • le revenu mensuel du parent débiteur ;
  • le nombre d’enfants ;
  • l’amplitude du droit de visite et d’hébergement ;
  • l’existence d’une résidence alternée ou non.

Il faut toutefois comprendre ce que ce barème fait, et ce qu’il ne fait pas.

Il fait une estimation standardisée. Il donne un chiffre utile pour commencer la discussion, préparer une convention ou tester la cohérence d’une demande.

En revanche, il ne remplace ni le texte légal, ni l’accord des parents, ni l’appréciation du juge.

Le bon usage du simulateur est donc le suivant: s’en servir pour objectiver le débat, pas pour clore le débat.

Une limite doit être signalée. Le simulateur officiel ne demande pas le revenu du parent qui reçoit la pension. Le calcul ne s’appuie que sur le revenu du débiteur, le nombre d’enfants et l’amplitude du droit de visite et d’hébergement. Cela signifie que deux situations très différentes peuvent produire le même chiffre, alors que l’article 371-2 du code civil impose au juge de tenir compte aussi des ressources de l’autre parent. Le simulateur ne remplace donc pas l’analyse juridique: il donne un repère, pas un montant définitif.

III. Le juge ne fige pas les ressources une fois pour toutes

L’un des points les plus importants a été rappelé par la première chambre civile de la Cour de cassation le 7 octobre 2015, pourvoi n° 14-23.237. Pour fixer la contribution à l’entretien et à l’éducation des enfants, le juge doit se placer au jour où il statue pour apprécier les ressources des parents.8

La conséquence pratique est nette.

On ne calcule pas la pension alimentaire à partir d’une photographie ancienne simplement parce qu’elle figure dans le précédent jugement. Si les revenus ont changé, si l’activité a baissé, si l’autre parent a vu sa situation s’améliorer, ou si les charges liées à l’enfant ont évolué, le dossier doit être réexaminé à partir des éléments actuels.

Cela vaut dans les deux sens.

Le parent créancier ne peut pas s’accrocher à un ancien niveau de ressources si la situation du débiteur s’est réellement dégradée. Mais le parent débiteur ne peut pas davantage réclamer une baisse de pension sur la base d’affirmations vagues ou d’une baisse artificielle qu’il documente mal.

Le dossier utile est donc toujours un dossier chiffré:

  • avis d’imposition ;
  • bulletins de salaire ;
  • justificatifs d’activité indépendante ;
  • charges justifiées ;
  • frais habituels de l’enfant ;
  • et, si nécessaire, éléments sur la nouvelle organisation de résidence.

IV. La garde alternée ne supprime pas automatiquement la pension

C’est probablement l’erreur la plus fréquente.

Beaucoup de parents raisonnent ainsi: si l’enfant est en garde alternée, il n’y a pas de pension. Ce raccourci est faux.

La résidence alternée réduit souvent le besoin d’une pension élevée. Elle peut parfois conduire à l’absence de pension. Mais elle n’efface pas, à elle seule, l’écart de ressources entre les parents ni les besoins de l’enfant.

Le texte reste le même: ressources de chacun, ressources de l’autre, besoins de l’enfant.5

Si un parent gagne nettement plus que l’autre, ou si certaines dépenses restent assumées principalement d’un seul côté, la pension peut subsister malgré l’alternance.

Le benchmark étranger le montre aussi. Les calculateurs américains d’État, comme ceux de New York, de l’Indiana ou de la Géorgie, ne font pas disparaître le sujet parce que le temps parental est partagé; ils recalculent à partir des revenus, du parenting time et des dépenses associées.189 Le calcul britannique et australien procède de la même logique: le temps d’accueil compte, mais il n’est jamais la seule variable.24

La bonne question française n’est donc pas: « y a-t-il garde alternée ? »

La bonne question est: « dans cette organisation concrète, qui supporte quoi, avec quelles ressources et pour quels besoins ? »

Une autre idée reçue mérite d’être écartée. Le code civil ne lie pas la qualité de débiteur à la résidence habituelle de l’enfant. L’article 371-2 fait peser l’obligation contributive sur chacun des parents, à proportion de ses ressources, de celles de l’autre et des besoins de l’enfant. En pratique, c’est souvent le parent non gardien qui verse, parce que le parent gardien assume déjà les charges quotidiennes en nature. Mais quand la disparité de revenus est forte en faveur du parent gardien, ou en cas de résidence alternée avec écart de revenus marqué, le parent chez qui l’enfant réside principalement peut être tenu de contribuer en numéraire à l’autre. Le critère reste celui de l’équilibre des ressources, pas celui de la résidence.

V. Le parent débiteur ne s’exonère pas facilement de son obligation

La première chambre civile l’a rappelé très clairement dans l’arrêt du 21 novembre 2018, pourvoi n° 17-27.054: l’obligation légale des parents de subvenir à l’entretien et à l’éducation des enfants ne cesse que s’ils démontrent être dans l’impossibilité de s’en acquitter.10

Cette formule est décisive.

Elle signifie qu’une simple disparité de ressources ne suffit pas, à elle seule, à dispenser un parent de contribuer. Il faut caractériser une impossibilité matérielle réelle.

Cette logique se retrouve déjà dans une décision plus ancienne du 18 mars 1992, pourvoi n° 90-20.535, selon laquelle l’obligation des parents de subvenir à l’entretien et à l’éducation des enfants à charge ne cesse que s’ils démontrent être dans l’impossibilité de s’en acquitter.11

En pratique, cela écarte deux argumentaires faibles:

  • « je gagne moins que l’autre parent, donc je ne dois rien » ;
  • « j’ai refait ma vie et j’ai de nouvelles charges, donc la pension doit forcément tomber. »

Les nouvelles charges peuvent compter. Les revenus plus faibles peuvent compter. Mais la logique de départ reste celle de la contribution, pas celle de l’effacement.

VI. Comment le montant se construit réellement

Le calcul utile repose sur six blocs.

A. Le revenu disponible du parent débiteur

Le simulateur officiel part des revenus du parent qui verse. Il faut donc commencer par un chiffre propre, régulier et justifiable.7

Quand les revenus sont variables, irréguliers ou mixtes, l’approximation devient dangereuse. Il faut alors documenter:

  • la moyenne réelle ;
  • les revenus professionnels ;
  • les revenus de remplacement ;
  • et, si besoin, les éléments patrimoniaux ou annexes qui éclairent la capacité contributive.

B. Le nombre d’enfants concernés

Le montant n’est évidemment pas le même pour un enfant, deux enfants ou davantage. Le barème l’intègre directement.7

C. Le mode de résidence et le droit de visite

Plus le parent débiteur prend matériellement l’enfant à sa charge sur une part importante du temps, plus l’estimation peut varier. C’est un paramètre central du simulateur, mais il doit être confronté à l’organisation réelle et non à une résidence « théorique » mal exécutée.7

D. Les besoins particuliers de l’enfant

Le barème donne une base. Il ne remplace pas l’examen des besoins particuliers: santé, scolarité, handicap, transports, internat, activités dont le maintien est jugé normal au regard du niveau de vie antérieur.

E. Les ressources de l’autre parent

L’article 371-2 impose de les regarder.5 C’est ce qui explique qu’un calcul purement unilatéral donne souvent une vision incomplète.

F. Le titre existant et la possibilité de révision

Si une pension a déjà été fixée, la vraie question devient souvent celle de la modification.

L’article 373-2-13 du code civil prévoit que les décisions et conventions relatives à l’exercice de l’autorité parentale peuvent être modifiées ou complétées à tout moment par le juge, à la demande d’un parent ou du ministère public.12

La pension alimentaire n’est donc pas figée. Encore faut-il établir l’élément nouveau:

  • variation de revenus ;
  • changement de résidence ;
  • augmentation de certains frais ;
  • autonomie accrue ou, au contraire, dépendance prolongée de l’enfant ;
  • ou déséquilibre devenu manifeste.

VII. Ce qu’il faut faire avant de saisir le juge

Dans beaucoup de dossiers, le principal problème n’est pas le droit. C’est le mauvais chiffrage.

Avant toute saisine, il faut:

  1. lancer le simulateur officiel Service-Public ;7
  2. comparer le résultat avec le jugement ou la convention existante ;
  3. rassembler les justificatifs actuels de revenus et charges ;
  4. identifier les frais réellement supportés pour l’enfant ;
  5. vérifier si certains frais sont déjà pris en charge directement ;
  6. préparer une demande lisible, soit amiable, soit judiciaire.

Le parent qui arrive devant le juge avec un montant « au doigt mouillé » perd du terrain. Celui qui arrive avec un ordre de grandeur officiel, des pièces actualisées et une explication simple de la nouvelle situation devient beaucoup plus audible.

VIII. Le vrai sens du benchmark international

Le benchmark américain, britannique et australien n’a pas pour objet d’importer leurs règles en France. Il permet surtout d’identifier l’intention de recherche.

Partout, le justiciable veut d’abord savoir:

  • quel montant est plausible ;
  • à partir de quels revenus ;
  • comment l’alternance change le calcul ;
  • et que faire si l’autre parent ne paie pas.

La traduction française est claire: l’article qui répond le mieux au besoin réel n’est pas une page service abstraite sur la pension alimentaire. C’est un mode d’emploi qui relie:

  • le barème indicatif ;
  • le simulateur officiel ;
  • la garde alternée ;
  • la révision ;
  • et l’exécution.

Conclusion pratique

Le calcul d’une pension alimentaire en France repose sur une logique simple en apparence et plus nuancée en pratique.

Simple en apparence, parce que l’article 371-2 du code civil donne une formule claire: ressources du parent débiteur, ressources de l’autre parent, besoins de l’enfant.5

Plus nuancée en pratique, parce que le barème n’est qu’indicatif, la garde alternée n’efface pas automatiquement la pension, et le juge doit apprécier les ressources au jour où il statue.78

La bonne méthode est donc la suivante:

  • partir du simulateur officiel ;
  • vérifier le titre existant ;
  • documenter les revenus actuels ;
  • intégrer l’organisation réelle de l’enfant ;
  • puis, si nécessaire, demander une révision.

Pour traiter le dossier dans de bonnes conditions, il faut le rattacher à la pension alimentaire pour enfant, à la résidence de l’enfant et plus largement au droit de la famille.


Notes et sources


  1. New York City Human Resources Administration, « Child Support Calculator » : https://www.nyc.gov/site/hra/help/child-support-calculator.page 

  2. GOV.UK, « Calculate your child maintenance » : https://www.gov.uk/calculate-child-maintenance 

  3. Indiana Judicial Branch, « Child Support Calculator » : https://www.in.gov/courts/services/child-support-calculator/ 

  4. Services Australia, « Online estimators » : https://www.servicesaustralia.gov.au/customer/enablers/online-estimators 

  5. Code civil, art. 371-2. Lien officiel Legifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039778192 

  6. Code civil, art. 373-2-2. Lien officiel Legifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044629469 

  7. Service-Public.fr, « Estimer le montant de la pension alimentaire due », fiche vérifiée le 12 décembre 2025 : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/R45945 

  8. Cass. 1re civ., 7 octobre 2015, n° 14-23.237. Lien officiel : https://www.courdecassation.fr/decision/607985549ba5988459c4a523 

  9. Georgia Courts, « Child Support Calculator » : https://georgiacourts.gov/child-support-calculator/ 

  10. Cass. 1re civ., 21 novembre 2018, n° 17-27.054. Lien officiel : https://www.courdecassation.fr/decision/5fca7fe55ad83e6f5d80d42f 

  11. Cass. 2e civ., 18 mars 1992, n° 90-20.535. Lien officiel : https://www.courdecassation.fr/decision/60794c7b9ba5988459c45882 

  12. Code civil, art. 373-2-13. Lien officiel Legifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000033460816 

Lorsque l’enfant devient majeur, la logique de calcul doit être complétée par les justificatifs d’études, de logement et de revenus : pension alimentaire pour enfant majeur étudiant.

Pour les dépenses hors barème, voir notre méthode pratique sur les frais exceptionnels et pension alimentaire. frais exceptionnels et pension alimentaire.

Complément sur les allocations familiales, la résidence alternée et le changement de majoration à 18 ans depuis 2026. allocations familiales en garde alternée après la réforme 2026.

Complément utile sur la réforme CAF 2026 et ses effets pour les parents séparés allocations familiales 2026 et pension alimentaire.

Complément utile pour les parents séparés lorsque la pension est absente, impayée ou inférieure au minimum ASF. demander l’ASF CAF en cas de pension alimentaire impayée.

Pour les parents séparés concernés par la réforme CAF 2026 majoration des allocations familiales à 18 ans et révision de pension alimentaire.

Lien vers l’article 2026 sur la baisse ou révision de pension alimentaire, à placer dans un passage évoquant le barème, le calcul ou la révision. baisse de pension alimentaire après changement de situation.

Article publié le 12 mai 2026 sur les arriérés, la prescription et les recours en cas de pension alimentaire rétroactive. pension alimentaire rétroactive.

Ajout d’un lien retour depuis le guide calcul pension alimentaire vers l’article publié le 23 mai 2026 sur les arriérés rétroactifs après Cass. 1re civ. 20 mai 2026. pension alimentaire rétroactive et arriérés sur cinq ans.

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