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Maître Hassan KOHEN
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Convocation par officier de police judiciaire (COPJ) devant le tribunal correctionnel : délai de 10 jours, dossier, renvoi et risques si vous n’y allez pas

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Si vous venez de recevoir une convocation par officier de police judiciaire, il faut sortir tout de suite du réflexe « simple rendez-vous au commissariat ». Une COPJ n’est pas une nouvelle audition. C’est une convocation en justice qui vous envoie vers une audience du tribunal correctionnel. Le parquet considère donc que le dossier est en état d’être jugé, sauf incident de procédure, demande d’acte ou renvoi.

Pour le panorama général des audiences correctionnelles, vous pouvez relire aussi notre guide sur la convocation devant le tribunal correctionnel. Ici, l’enjeu est plus étroit et plus pratique : que faut-il vérifier dans une COPJ, dans quel délai agir, comment accéder au dossier, quand demander un renvoi, et ce que vous risquez si vous ne comparaissez pas.

Une COPJ, c’est quoi exactement

La base légale se trouve à l’article 390-1 du code de procédure pénale. Le texte prévoit que vaut citation à personne la convocation notifiée au prévenu, sur instructions du procureur de la République, par un greffier, un officier ou agent de police judiciaire, ou certaines autres autorités habilitées.

Concrètement, cela signifie trois choses.

D’abord, vous n’êtes plus seulement convoqué pour être entendu. Vous êtes convoqué pour être jugé.

Ensuite, l’acte doit contenir des mentions précises : le fait poursuivi, le texte de loi visé, le tribunal saisi, le lieu, la date et l’heure de l’audience, ainsi que l’information sur votre droit à l’assistance d’un avocat et sur l’aide juridictionnelle.

Enfin, la COPJ est constatée par un procès-verbal signé par le prévenu, qui en reçoit copie. Si vous n’avez rien gardé, il faut reconstituer sans délai ce qui vous a été remis.

Ce qu’il faut vérifier sur l’acte dès le premier jour

Une COPJ sérieuse se lit ligne par ligne. Les erreurs les plus coûteuses viennent souvent d’une lecture trop rapide.

Contrôlez au minimum les points suivants :

  • la qualification exacte des faits reprochés ;
  • la date et le lieu des faits poursuivis ;
  • le texte d’incrimination mentionné ;
  • le tribunal saisi et la chambre ou l’audience indiquée ;
  • la date d’audience ;
  • l’information sur votre droit à l’avocat ;
  • la remise effective d’une copie.

Le délai minimal est fixé par l’article 552 du code de procédure pénale : entre la délivrance de la citation et la comparution devant le tribunal correctionnel, il faut au moins dix jours si la personne réside en France métropolitaine. Si la COPJ vous laisse moins de dix jours, le point doit être traité immédiatement avec l’avocat.

Il ne faut pas non plus confondre vitesse et validité. Une audience fixée dans plusieurs semaines ou plusieurs mois peut parfaitement cacher un problème de rédaction, de qualification, de précision des faits, ou une absence de pièce utile à la défense.

Ce qu’il faut faire dans les 72 heures

Les premières heures sont décisives. Une bonne COPJ se travaille très tôt, pas la veille de l’audience.

La séquence utile est la suivante :

  1. scanner ou photographier l’intégralité de la convocation et du procès-verbal remis ;
  2. reconstituer le calendrier exact : garde à vue, audition libre, remise de la COPJ, éventuelle perquisition, expertises, auditions de témoins ;
  3. contacter l’avocat pour ouvrir le dossier, demander copie de la procédure et fixer la stratégie d’audience ;
  4. lister immédiatement les pièces de personnalité et les pièces de fond à rassembler ;
  5. identifier s’il faut demander un acte, un supplément d’enquête, un renvoi ou contester la régularité de la saisine.

Il faut aussi cesser les initiatives inutiles : pas de contact improvisé avec la victime, pas de messages explicatifs, pas de « mise au point » avec les témoins, pas de documents produits au hasard. Une COPJ ouvre une phase de préparation contradictoire. Tout ce que vous faites avant l’audience peut être relu contre vous.

Votre avocat peut-il accéder au dossier

Oui. L’article 388-4 du code de procédure pénale prévoit qu’en cas de poursuites par citation ou par convocation de l’article 390-1, les avocats des parties peuvent consulter le dossier de la procédure au greffe du tribunal judiciaire dès la délivrance de la citation ou au plus tard deux mois après la notification de la convocation. Les parties ou leur avocat peuvent aussi demander copie des pièces.

En pratique, il faut le demander tout de suite. Le bon réflexe n’est pas d’attendre passivement la date d’audience. Plus l’avocat lit tôt le dossier, plus il peut :

  • repérer une irrégularité exploitable ;
  • voir si la preuve est faible, contradictoire ou lacunaire ;
  • préparer une demande de renvoi utile ;
  • conseiller sur l’attitude à adopter à l’audience ;
  • construire un dossier de personnalité cohérent.

Si l’affaire nécessite des actes complémentaires, l’article 388-5 du code de procédure pénale permet aux parties ou à leur avocat, avant toute défense au fond ou à tout moment des débats, de demander par conclusions écrites qu’il soit procédé à tout acte estimé nécessaire à la manifestation de la vérité.

Ce texte est important. Il permet de sortir d’une logique binaire « juger tout de suite ou subir ». Si un témoin n’a pas été entendu, si une exploitation téléphonique manque, si un document objectif doit être récupéré, si une expertise complémentaire est utile, la demande doit être pensée en amont.

Peut-on demander un renvoi

Oui, mais un renvoi n’est jamais automatique.

Le tribunal correctionnel renvoie lorsqu’il existe une raison sérieuse : défense insuffisamment préparée, dossier communiqué trop tard, besoin d’actes complémentaires, empêchement justifié, changement d’avocat, expertise en cours, négociation procédurale en cours, difficulté médicale ou professionnelle réelle, ou présence personnelle jugée nécessaire alors que la défense n’est pas prête.

Le mauvais renvoi est celui qu’on improvise à l’audience sans pièce et sans explication structurée. Le bon renvoi est préparé :

  • en identifiant la raison exacte ;
  • en joignant les justificatifs ;
  • en montrant ce qui sera fait utilement pendant le délai ;
  • en évitant l’impression d’une demande dilatoire.

Une COPJ mal préparée n’impose pas d’aller plaider au fond par principe. Il faut parfois demander du temps plutôt que subir un jugement mal défendu.

Que se passe-t-il si vous n’allez pas à l’audience

Le point est plus sérieux que beaucoup l’imaginent.

L’article 410 du code de procédure pénale rappelle que le prévenu régulièrement cité à personne doit comparaître, sauf excuse reconnue valable. S’il ne comparaît pas et qu’il n’est pas excusé, il peut être jugé par jugement contradictoire à signifier, sauf application de l’article 411.

L’article 411 du code de procédure pénale permet au prévenu, quelle que soit la peine encourue, de demander par lettre au président du tribunal à être jugé en son absence tout en étant représenté par son avocat. Mais ce mécanisme n’est pas une dispense de confort. Si le tribunal estime votre comparution personnelle nécessaire, il peut renvoyer l’affaire et ordonner cette comparution.

Traduction pratique :

  • ne pas venir sans rien faire est une mauvaise stratégie ;
  • ne pas venir après avoir organisé une représentation et une demande régulière peut parfois se défendre ;
  • ne pas venir quand l’audience présente un risque élevé de condamnation sévère ou de débat sur la peine est souvent dangereux.

L’absence peut aussi dégrader la perception du dossier. Une COPJ sert souvent à juger une affaire réputée « mûre ». Le tribunal attend alors des explications claires, une attitude, une situation personnelle documentée et une ligne de défense lisible.

Le risque de prison existe-t-il dès la COPJ

Il faut être précis. Une COPJ n’est pas une comparution immédiate. Si vous êtes libre avec une COPJ, c’est généralement que l’affaire n’a pas été orientée vers la voie la plus brutale du jugement en sortie de garde à vue.

Pour autant, l’audience correctionnelle reste une vraie audience pénale. Le tribunal peut prononcer une peine d’emprisonnement, avec ou sans aménagement selon la peine, et dans certains dossiers le risque d’incarcération n’est pas théorique. Tout dépend de l’infraction poursuivie, des antécédents, de la récidive, de la personnalité, de la situation à la date de l’audience et de la manière dont la défense est préparée.

Une erreur classique consiste à croire que l’absence de déferrement ou de comparution immédiate signifie qu’il n’y a plus d’urgence. C’est faux. L’urgence change seulement de forme : elle devient documentaire, procédurale et stratégique.

Les pièces qu’il faut préparer avant l’audience

Le texte de l’article 390-1 CPP rappelle d’ailleurs que le prévenu doit comparaître avec les justificatifs de ses revenus et ses avis d’imposition ou de non-imposition.

En pratique, il faut préparer au minimum :

  • pièce d’identité ;
  • convocation complète ;
  • justificatifs de domicile ;
  • contrat de travail ou attestation employeur ;
  • bulletins de salaire récents ;
  • avis d’imposition ;
  • certificats médicaux utiles ;
  • documents sur la situation familiale ;
  • éléments de réparation, d’indemnisation ou de suivi si cela a du sens dans le dossier ;
  • échanges, factures, captures, attestations ou pièces techniques réellement utiles sur le fond.

La préparation de la peine se travaille autant que la défense sur la culpabilité. Un bon dossier de personnalité peut peser fortement sur la décision du tribunal.

Les cinq questions à poser immédiatement à votre avocat

Pour ne pas perdre de temps, il faut sortir du flou et poser cinq questions simples.

  • La COPJ est-elle régulière dans sa forme et dans son délai ?
  • Le dossier contient-il une faiblesse de preuve ou une irrégularité utile ?
  • Faut-il demander copie du dossier ou des actes complémentaires immédiatement ?
  • Faut-il plaider au fond à cette audience ou solliciter un renvoi ?
  • Votre présence personnelle est-elle stratégique, indispensable ou aménageable via l’article 411 CPP ?

Ces cinq questions valent mieux qu’un mois d’attente anxieuse.

Pourquoi cet angle est différent d’une simple page « convocation au tribunal »

Les pages généralistes décrivent souvent la convocation pénale de façon large. Or une COPJ pose des questions plus concrètes : le délai de dix jours, la lecture de l’acte, l’accès au dossier, la demande d’actes, la stratégie de renvoi et le risque d’un défaut de comparution mal géré.

Autrement dit, le bon niveau de lecture n’est pas « je suis convoqué, que faire ». Le bon niveau est : « je suis déjà saisi par une audience correctionnelle, qu’est-ce que je contrôle aujourd’hui pour éviter une erreur procédurale ou une mauvaise audience ».

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