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Maître Hassan KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Hassan KOHEN
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Cour administrative d’appel de Nantes, le 26 juin 2026, n°25NT01276

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Le 26 juin 2026, la cour administrative d’appel de Nantes a rendu un arrêt relatif au refus des conditions matérielles d’accueil d’un demandeur d’asile pour fraude. Un ressortissant érythréen, entré en France le 17 mars 2025, a sollicité l’asile le 25 mars suivant. Le même jour, l’Office français de l’immigration et de l’intégration lui a refusé les conditions matérielles d’accueil au motif qu’il avait volontairement altéré ses empreintes digitales. Le tribunal administratif de Rennes a rejeté son recours le 14 avril 2025. L’intéressé a relevé appel en soutenant que la décision était insuffisamment motivée, entachée d’erreur de droit car l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne permet pas un tel refus pour fraude, et entachée d’erreur d’appréciation faute pour l’OFII d’établir le caractère frauduleux. La cour devait déterminer si l’administration peut légalement refuser les conditions matérielles d’accueil en l’absence de texte exprès, et si la preuve de la fraude était rapportée. Elle a rejeté la requête en jugeant que l’administration dispose toujours du pouvoir de rejeter une demande frauduleuse, et que l’OFII établissait l’altération volontaire des empreintes.

L’arrêt consacre un pouvoir général de l’administration de rejeter une demande entachée de fraude, tout en précisant l’aménagement de la charge de la preuve en la matière.

I. La consécration d’un pouvoir général de rejeter une demande frauduleuse

A. L’affirmation d’un principe non écrit opposable au demandeur d’asile

La cour énonce qu’« il est toujours loisible à l’administration, même en l’absence de texte l’y autorisant expressément, de rejeter une demande entachée de fraude ». Cette règle, issue de la jurisprudence constante du Conseil d’État, permet de réprimer les comportements frauduleux indépendamment des dispositions législatives spécifiques. En l’espèce, l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile énumère limitativement les cas de refus des conditions matérielles d’accueil, sans mentionner la fraude. La cour écarte le moyen d’erreur de droit en opposant ce principe général. Le visa de l’article D. 551-20, qui concerne le seul refus de l’allocation pour demandeur d’asile, ne remet pas en cause cette motivation. L’administration peut donc fonder un refus global des conditions matérielles d’accueil sur la fraude, même hors des cas prévus par le législateur.

La cour précise que la décision contestée est suffisamment motivée en fait et en droit par référence à ce principe. Le requérant soutenait que la décision ne visait pas de base légale appropriée, mais la cour retient que la mention du principe de lutte contre la fraude, associée à l’exposé des faits, satisfait à l’obligation de motivation. La circonstance que l’article L. 551-15 n’autorise pas expressément ce refus n’est pas un obstacle car le principe général de rejet des demandes frauduleuses s’applique. Ainsi, l’administration n’a pas à chercher un fondement textuel spécifique. Cette solution confirme que le demandeur d’asile ne peut se prévaloir d’un droit aux conditions matérielles d’accueil lorsque sa demande est entachée de fraude, même si les conditions légales de refus ne sont pas réunies. La cour opère un contrôle normal du caractère frauduleux en vérifiant la matérialité des faits.

II. L’aménagement de la charge de la preuve de la fraude

A. Un faisceau d’indices suffisant pour caractériser l’altération volontaire

La cour rappelle qu’« il appartient à l’OFII d’établir l’existence de la fraude sur laquelle il a fondé sa décision ». En l’espèce, l’administration produit une fiche décadactylaire EURODAC indiquant que les empreintes sont  » roulées «  et présentent les marques d’une altération volontaire empêchant leur exploitation. Le requérant ne conteste pas ces éléments techniques et n’explique pas l’état de ses pulpes digitales, ni la période d’altération. La cour en déduit que l’administration établit l’altération volontaire. Elle écarte l’obligation de procéder à un deuxième relevé, estimant que seules les empreintes illisibles en raison d’un dysfonctionnement technique pourraient justifier une telle vérification. Ce raisonnement s’inscrit dans une logique d’indices convergents, renforcée par le défaut d’explication du demandeur. La jurisprudence d’appui de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, le 22 janvier 2025, n°25/00132, illustre un autre cas où l’absence de preuve expresse d’habilitation a conduit à une nullité, mais ici la preuve est rapportée.

B. Une répartition probatoire favorable à l’administration mais encadrée

La cour ajoute que « seul l’étranger concerné peut justifier des circonstances à l’origine de l’altération de ses empreintes digitales ». Elle renverse ainsi partiellement la charge de la preuve : après que l’administration a établi un faisceau d’indices (empreintes anormales, absence d’explication), il incombe au demandeur de fournir une explication plausible. En l’espèce, le silence du requérant emporte la conviction que l’altération est volontaire. La jurisprudence d’appui de la Cour d’appel d’Orléans, le 16 avril 2025, n°25/01186, selon laquelle « la charge de la preuve a été aménagée en jurisprudence grâce aux mentions faisant foi des procès-verbaux », confirme cette approche. Toutefois, la cour rappelle que la fraude doit être établie et que l’administration ne peut se contenter de simples soupçons. En l’espèce, le faisceau d’indices est suffisant. Cette répartition probatoire protège l’administration face à des manœuvres frauduleuses, tout en laissant au juge un contrôle effectif sur la réalité de la fraude.

Jurisprudences utilisées pour enrichir le commentaire

Fondements juridiques

Article L. 551-15 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile En vigueur

Les conditions matérielles d’accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l’article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants :

1° Il refuse la région d’orientation déterminée en application de l’article L. 551-3 ;

2° Il refuse la proposition d’hébergement qui lui est faite en application de l’article L. 552-8 ;

3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d’asile ;

4° Il n’a pas sollicité l’asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l’article L. 531-27.

La décision de refus des conditions matérielles d’accueil prise en application du présent article est écrite et motivée.

Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur.

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