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Cour d’assises des mineurs : que risque un mineur après un crime grave ?

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Le 13 mai 2026, plusieurs médias ont relayé la demande du parquet de renvoyer devant la cour d’assises des mineurs les deux auteurs présumés de l’agression mortelle d’Élias, 14 ans, tué à Paris en janvier 2025. L’affaire concentre les questions que se posent beaucoup de familles après un crime commis ou reproché à un adolescent : un mineur peut-il aller aux assises, peut-il être détenu avant le procès, que devient l’excuse de minorité, et quel rôle doit jouer l’avocat dès l’instruction ?

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La réponse courte est la suivante : un mineur âgé d’au moins 16 ans au moment des faits peut être jugé par la cour d’assises des mineurs pour un crime. Il bénéficie d’une procédure spécialisée, d’une assistance obligatoire par avocat et de garanties propres à son âge. Mais ces garanties n’excluent ni la détention provisoire, ni une peine lourde, ni même, dans certains cas, l’écartement de la diminution de peine liée à la minorité.

Pourquoi l’actualité Élias relance la question de la justice pénale des mineurs

Dans l’affaire Élias, les informations publiées le 13 mai 2026 indiquent que le parquet demande un procès devant la cour d’assises des mineurs pour des faits qualifiés de violences avec extorsion ayant entraîné la mort. Ce type d’actualité frappe parce qu’il mélange trois réalités difficiles : la gravité criminelle des faits, l’âge des mis en cause et l’attente des familles de victimes.

La cour d’assises des mineurs n’est pas une juridiction symbolique. C’est la juridiction compétente pour juger les crimes commis par des mineurs âgés d’au moins 16 ans, selon le ministère de la Justice et le Code de la justice pénale des mineurs. Elle statue dans un cadre spécialisé, mais elle juge bien des faits criminels : meurtre, viol, vol avec violences ayant entraîné la mort, tentative de meurtre ou autres crimes selon la qualification retenue.

Pour les familles, la première erreur serait de raisonner uniquement avec les catégories du droit pénal des majeurs. La seconde serait de croire que la minorité rend toute peine sérieuse impossible. En réalité, la procédure des mineurs repose sur un équilibre : protection de l’enfance, primauté de l’éducatif, mais réponse pénale adaptée à la gravité des faits.

Cour d’assises des mineurs : qui peut y être jugé ?

Le ministère de la Justice présente la cour d’assises des mineurs comme la juridiction criminelle compétente pour les mineurs de plus de 16 ans ayant commis un crime, par exemple un meurtre ou un viol. Service-public rappelle aussi qu’un majeur peut être jugé par cette cour lorsqu’il est coauteur ou complice d’un crime commis par un mineur.

Le point de départ est donc l’âge au moment des faits. L’article L. 13-2 du Code de la justice pénale des mineurs prévoit que la juridiction compétente, la procédure applicable et les mesures ou peines encourues sont en principe déterminées selon l’âge du mineur à la date des faits. Cette règle reste décisive quand l’adolescent devient majeur pendant l’enquête ou avant le procès.

Conséquence pratique : un jeune qui avait 17 ans au moment du crime ne sort pas automatiquement du régime des mineurs parce qu’il a 18 ou 19 ans au moment de l’audience. Les garanties liées à la minorité continuent de structurer la procédure. C’est l’un des points rappelés par la chambre criminelle de la Cour de cassation dans son arrêt du 4 mars 2026, publié au Bulletin, à propos d’une procédure de détention provisoire concernant un mineur devenu majeur.

Mineur aux assises : avocat obligatoire et procédure spécialisée

Devant la cour d’assises des mineurs, l’avocat n’est pas une option. Le mineur doit être assisté. S’il n’a pas d’avocat, une désignation d’office peut intervenir. La famille doit néanmoins éviter d’attendre l’audience : le travail utile commence bien avant, pendant la garde à vue, l’instruction, les expertises, les confrontations et les débats sur les mesures de sûreté.

La défense doit traiter plusieurs sujets en même temps :

  • la qualification exacte des faits ;
  • le discernement et la personnalité du mineur ;
  • la place du mineur dans le groupe s’il y a plusieurs mis en cause ;
  • les actes d’enquête et les nullités possibles ;
  • les garanties de représentation ;
  • les alternatives à la détention provisoire ;
  • la réparation due à la victime lorsque l’action civile est engagée.

Un dossier criminel de mineur ne se défend pas seulement sur la peine finale. Il se défend à chaque étape. Une audition mal préparée, une expertise subie sans observations, une demande de mise en liberté mal documentée ou une absence de pièces familiales peuvent peser lourd plusieurs mois plus tard.

Détention provisoire d’un mineur : possible, mais très encadrée

La détention provisoire d’un mineur est possible. Elle n’est pas automatique. L’article L. 334-2 du Code de la justice pénale des mineurs impose que cette mesure soit indispensable et qu’elle constitue l’unique moyen d’atteindre les objectifs prévus par l’article 144 du Code de procédure pénale, lorsque ces objectifs ne peuvent pas être atteints par un contrôle judiciaire ou une assignation à résidence avec surveillance électronique.

La Cour de cassation contrôle strictement cette exigence. Dans un arrêt du 14 janvier 2026, publié au Bulletin, elle a censuré une décision qui plaçait un mineur en détention provisoire sans expliquer assez concrètement pourquoi la détention était indispensable et pourquoi les mesures alternatives étaient insuffisantes.

Dans un arrêt du 4 mars 2026, également publié au Bulletin, la chambre criminelle a rappelé une autre règle importante : lorsque la personne était mineure au moment des faits, les règles propres à la justice pénale des mineurs continuent de s’appliquer même si elle est devenue majeure. Les représentants légaux doivent être informés dans les conditions prévues, les débats se tiennent selon les règles de publicité restreinte, et la révocation d’un contrôle judiciaire suppose un raisonnement précis.

Pour la défense, cela signifie qu’une demande de mise en liberté ou une contestation de détention provisoire doit être factuelle. Il faut produire un hébergement vérifiable, une formation, une promesse d’embauche, un suivi éducatif, des attestations familiales, un encadrement concret et, si nécessaire, des garanties de distance avec les autres mis en cause ou la victime.

Excuse de minorité : la peine est-elle forcément diminuée ?

La question revient dans presque tous les dossiers graves : un mineur risque-t-il la même peine qu’un majeur ?

Le principe de la justice pénale des mineurs conduit à une atténuation de responsabilité liée à l’âge. Mais cette diminution n’est pas toujours intangible pour les mineurs âgés d’au moins 16 ans. Dans certains dossiers criminels, la cour d’assises des mineurs peut écarter l’atténuation de peine, à titre exceptionnel, selon les conditions prévues par le Code de la justice pénale des mineurs.

La Cour de cassation l’a illustré dans un arrêt du 26 février 2025 concernant une cour d’assises des mineurs : elle a examiné la motivation donnée pour écarter l’excuse de minorité après une condamnation criminelle. L’enjeu est simple : plus les faits sont graves, plus la personnalité du mineur, son âge exact, son parcours, son rôle, ses antécédents, son comportement après les faits et son évolution pendant la procédure deviennent déterminants.

La défense ne peut donc pas se limiter à dire : « il était mineur ». Elle doit montrer ce que cette minorité signifie concrètement dans le dossier : immaturité, influence du groupe, dépendance, absence d’antécédents, parcours scolaire, cadre familial, suivi psychologique, insertion possible, prise de conscience ou, à l’inverse, contestation argumentée de la qualification criminelle.

Victime : que signifie le renvoi devant la cour d’assises des mineurs ?

Pour la famille de la victime, le renvoi devant la cour d’assises des mineurs signifie que l’instruction estime qu’il existe des charges suffisantes pour un procès criminel contre un ou plusieurs accusés relevant de cette juridiction. Ce n’est pas encore une condamnation. C’est l’ouverture de la phase de jugement.

La partie civile doit alors préparer deux niveaux de dossier. Le premier concerne le pénal : qualification, déroulement des faits, responsabilité de chaque accusé, auditions, expertises, éventuelles demandes d’actes. Le second concerne l’indemnisation : préjudices moraux, économiques, frais, accompagnement psychologique, préjudice d’affection, préjudice d’attente et, selon les cas, recours devant la CIVI.

En pratique, les proches doivent demander à leur avocat de vérifier le calendrier, les voies de recours contre l’ordonnance de mise en accusation, les droits d’accès au dossier, la liste des témoins, les pièces civiles et la stratégie d’audience. Une audience d’assises se prépare longtemps avant la date de procès.

Accusé mineur : que faire dès la mise en examen ?

Quand un mineur est mis en examen dans un dossier criminel, la priorité est de stabiliser la défense.

Il faut d’abord obtenir une lecture complète du dossier pénal. Les procès-verbaux de garde à vue, les auditions de témoins, les expertises, les données téléphoniques, les images de vidéosurveillance et les éléments de personnalité doivent être vérifiés. L’avocat doit identifier ce qui est certain, ce qui est contestable, et ce qui manque.

Il faut ensuite travailler les garanties. Dans les dossiers de mineurs, le juge ne regarde pas seulement la gravité des faits. Il examine aussi l’environnement familial, l’encadrement éducatif, la scolarité, la formation, les soins, les fréquentations, les risques de pression et les risques de réitération. Une famille qui arrive avec des pièces précises aide l’avocat à construire une demande de contrôle judiciaire ou de mise en liberté plus crédible.

Il faut enfin anticiper l’audience. Même lorsque le procès paraît lointain, les choix faits pendant l’instruction peuvent déterminer la suite : demandes d’actes, contestations de nullité, expertise de personnalité, confrontation, reconnaissance partielle, contestation totale, observations sur la qualification ou sur la place du mineur parmi les coauteurs.

Garde à vue, auditions filmées et procès équitable

Les dossiers criminels de mineurs commencent souvent par une garde à vue. Les auditions peuvent être déterminantes. Le 13 mai 2026, la chambre criminelle a cassé un arrêt de cour d’assises des mineurs dans un dossier de vol avec violences ayant entraîné la mort. La Cour reproche notamment à la juridiction d’avoir refusé le visionnage d’enregistrements d’auditions en garde à vue et le versement de transcriptions que la défense voulait présenter.

Cette décision est utile pour les dossiers actuels. Elle rappelle que la défense doit pouvoir faire valoir les éléments qu’elle estime utiles, notamment lorsque le contenu ou la retranscription d’auditions est contesté. Dans un procès criminel, la forme n’est pas un détail : elle peut toucher au droit au procès équitable.

Si une audition de mineur est centrale, il faut donc vérifier les conditions de garde à vue, la présence de l’avocat, l’information des représentants légaux, l’examen médical, les enregistrements, les signatures, les pauses, la cohérence des procès-verbaux et les éventuelles contradictions entre ce qui a été dit et ce qui a été écrit.

Pour approfondir ce point, le cabinet a déjà publié un guide sur l’intervention de l’avocat en garde à vue à Paris. Pour une vue plus globale de la défense devant les juridictions pénales, consultez aussi la page avocat pénaliste à Paris. Dans un dossier criminel de mineur, cette étape peut être décisive.

Paris et Île-de-France : quelles pièces préparer ?

À Paris, Nanterre, Bobigny, Créteil, Versailles, Évry, Pontoise ou Meaux, un dossier criminel impliquant un mineur peut passer par le commissariat, le parquet des mineurs, un juge d’instruction, le juge des libertés et de la détention, la chambre de l’instruction puis la cour d’assises des mineurs. Les délais et les interlocuteurs changent vite.

Avant le rendez-vous avec un avocat, la famille du mineur doit réunir les convocations, l’ordonnance de placement ou de contrôle judiciaire, les coordonnées de l’éducateur PJJ, les justificatifs de domicile, les certificats de scolarité, les bulletins, les attestations d’employeur ou de formation, les documents médicaux utiles et les coordonnées des personnes pouvant encadrer le jeune.

La famille de la victime doit réunir les avis reçus du juge ou du parquet, les justificatifs de préjudice, les factures, les certificats médicaux, les documents psychologiques, les échanges avec les associations d’aide aux victimes et les pièces relatives aux frais déjà engagés.

Dans les deux situations, il faut une chronologie courte. Date des faits. Date de garde à vue. Date de mise en examen. Décisions sur la détention. Demandes d’actes. Prochaine audience. Cette chronologie permet à l’avocat pénaliste d’identifier immédiatement le risque principal.

Sources juridiques et décisions récentes utiles

Les textes de base sont le Code de la justice pénale des mineurs, notamment l’article L. 13-2 sur l’âge à retenir, l’article L. 334-2 sur la détention provisoire et les dispositions relatives à la cour d’assises des mineurs. Les fiches du ministère de la Justice et de Service-public confirment également la compétence de la cour d’assises des mineurs pour les crimes commis par les mineurs d’au moins 16 ans.

Trois décisions récentes doivent être gardées en tête :

Ces décisions ne remplacent pas l’analyse du dossier. Elles donnent des points de contrôle : âge au moment des faits, publicité restreinte, information des représentants légaux, caractère indispensable de la détention, motivation des refus de pièces et respect du procès équitable.

Ce qu’il faut retenir

Un mineur peut être jugé par une cour d’assises des mineurs lorsqu’il avait au moins 16 ans au moment d’un crime. La procédure est spécialisée, mais l’enjeu pénal reste considérable.

La détention provisoire d’un mineur doit être spécialement motivée. Elle doit être indispensable et aucune mesure moins sévère ne doit suffire. Une décision générale ou abstraite peut être contestée.

La minorité ne dispense pas de préparer le dossier. Elle impose au contraire de documenter précisément la personnalité, l’encadrement, la scolarité, les garanties et le rôle exact du mineur dans les faits.

Pour la victime, le renvoi devant la cour d’assises des mineurs ouvre une phase de procès criminel. Il faut préparer à la fois la présence à l’audience et la demande d’indemnisation.

Pour le mineur mis en cause, la stratégie doit commencer dès la garde à vue et l’instruction. Attendre l’audience d’assises est souvent trop tard.

À lire également sur les premières heures de procédure : mineur accusé de meurtre en garde à vue.

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Sources : dépêche AFP du 13 mai 2026 reprise par la presse au sujet de l’affaire Élias ; Ministère de la Justice, cours d’assises des mineurs ; Service-public, cour d’assises des mineurs ; Service-public, justice pénale des mineurs ; article L. 13-2 du Code de la justice pénale des mineurs ; article L. 334-2 du Code de la justice pénale des mineurs.

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