Cabinet Kohen Avocats · Paris 17ᵉ

Maître Hassan KOHEN intervient en urgence, du commissariat à la cour d'assises. Première analyse stratégique offerte, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Garde à vue, instruction, assises Fiche CNB avocat.fr
Maître Hassan KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Hassan KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Cour d’appel d’Amiens, le 29 avril 2026, n°25/03618

Parler à un avocat 06 89 11 34 45

Par un arrêt rendu le 29 avril 2026 par la chambre économique de la cour d’appel d’Amiens (n° 25/03618), la juridiction a été confrontée à une question de recevabilité de l’appel pour défaut de paiement du timbre fiscal. Le litige initial opposait un bailleur et un preneur à bail commercial, un protocole d’accord ayant été signé le 15 mars 2022 pour apurer les impayés. Des commandements de payer visant la clause résolutoire furent délivrés en 2023 et 2025. Par ordonnance du 3 juin 2025, le juge des référés du tribunal judiciaire de Senlis constata la résiliation du bail, ordonna l’expulsion et condamna le preneur au paiement de provisions. Ce dernier interjeta appel le 4 juillet 2025. Un redressement judiciaire fut ouvert à son encontre le 23 juillet 2025, le mandataire judiciaire intervenant alors. La première présidente de la cour d’appel radia l’affaire pour défaut d’appel en cause des organes de la procédure collective. Le mandataire judiciaire, dans ses dernières écritures, conclut à l’infirmation et sollicita des délais de paiement sur le fondement de l’article 1343-5 du code civil. Le bailleur demanda la confirmation et s’opposa aux délais. Lors de l’audience, le greffe rappela à l’avocat constitué pour l’appelant l’obligation de payer le timbre fiscal, par message du 14 avril 2026. La question de droit était de savoir si l’appel devait être déclaré irrecevable faute pour l’appelant d’avoir justifié de l’acquittement du droit prévu à l’article 1635 bis P du code général des impôts, conformément à l’article 963 du code de procédure civile. La cour, constatant que l’avocat n’avait pas produit la preuve du paiement, prononça l’irrecevabilité de l’appel, débouta le bailleur de sa demande au titre des frais irrépétibles et mit les dépens à la charge du mandataire judiciaire.

I. L’affirmation d’une irrecevabilité d’ordre public fondée sur le défaut de paiement du timbre fiscal

A. Le fondement textuel combiné imposant le paiement préalable du droit de timbre

L’article 963 alinéa 1er du code de procédure civile dispose que, lorsque l’appel entre dans le champ d’application de l’article 1635 bis P du code général des impôts, les parties justifient, à peine d’irrecevabilité de l’appel ou des défenses, de l’acquittement du droit prévu. Ce dernier texte institue un droit de 225 euros dû par les parties à l’instance d’appel lorsque la constitution d’avocat est obligatoire. La cour d’appel d’Amiens applique strictement cette règle en relevant, dans ses motifs, qu’il résulte de la combinaison de ces textes que l’appelant doit justifier du paiement du timbre lors de sa déclaration d’appel. La solution s’inscrit dans une logique de sécurité juridique et de financement de l’aide juridictionnelle. Le défaut de justification est sanctionné par une irrecevabilité que le juge doit relever d’office, ce qui confère à cette cause d’irrecevabilité un caractère d’ordre public. En l’espèce, le greffe avait adressé à l’avocat un rappel de l’obligation par message du 14 avril 2026, sans que celui-ci n’y donne suite. La cour constate souverainement l’absence de justification au jour du délibéré. La rigueur de cette sanction procédurale exclut toute appréciation de l’opportunité ou de la bonne foi du plaideur.

B. La sanction prononcée d’office par le juge, expression de l’ordre public procédural

La cour rappelle que la sanction du non-paiement consiste en une irrecevabilité que le juge doit relever d’office. Cette règle prive l’appelant de toute possibilité de voir son recours examiné au fond. En l’espèce, le mandataire judiciaire, bien que régulièrement constitué, n’a pas satisfait à cette formalité substantielle. La décision commentée illustre l’absence de tout pouvoir d’appréciation du juge : dès lors que le paiement n’est pas justifié après une mise en demeure régulière, l’irrecevabilité est encourue. Cette solution se distingue des cas où le juge peut accorder des délais de paiement sur le fondement de l’article 1343-5 du code civil, comme l’évoque la jurisprudence de la cour d’appel de Paris dans son arrêt du 27 mars 2025, lequel précise que « le juge peut rétroactivement accorder des délais de paiement au débiteur de bonne foi qui s’est acquitté de l’intégralité de sa dette au jour où il statue » (n° 21/04632). Ici, aucune équivalence n’est possible : le timbre fiscal constitue une charge processuelle impérative, non un élément de la dette objet du litige. La cour fait ainsi prévaloir la discipline procédurale sur l’examen du bien-fondé des demandes. Cette irrecevabilité, une fois prononcée, éteint l’instance d’appel sans qu’il soit nécessaire de statuer sur les moyens de fond.

II. Le respect des garanties procédurales encadrant le prononcé de l’irrecevabilité

A. L’obligation de mise en demeure préalable et le respect du principe du contradictoire

La cour d’appel d’Amiens prend soin de rappeler que l’irrecevabilité ne peut être prononcée sans que l’avocat ait été invité à s’expliquer sur le défaut de paiement ou, à tout le moins, qu’un avis d’avoir à justifier de l’acquittement lui ait été préalablement adressé par le greffe, et ce en vertu du respect du principe du contradictoire. En l’espèce, un message RPVA du 14 avril 2026 avait rappelé à l’avocat constitué l’obligation de s’acquitter du timbre fiscal. Cette démarche satisfait aux exigences de la contradiction avant que le juge ne statue. La décision souligne que le greffe a agi conformément à cette obligation, ce qui permet d’éviter toute critique sur le caractère automatique et non contradictoire de la sanction. Ce faisant, la cour s’inscrit dans la ligne d’une jurisprudence constante qui exige que le juge, avant de relever d’office une fin de non-recevoir fondée sur le défaut de timbre, invite la partie à régulariser. La solution de l’arrêt commenté renforce ainsi la protection du justiciable en assurant qu’il ne soit pas sanctionné sans avoir été averti. Le respect du contradictoire constitue une garantie essentielle, même en présence d’une cause d’irrecevabilité d’ordre public. L’arrêt de la cour d’appel de Versailles, rendu le 11 février 2025, illustre d’ailleurs l’importance de l’interprétation des accords entre parties dans le cadre d’un bail (n° 24/00562), mais la question ici est purement procédurale : c’est le respect des formes du procès qui est en jeu.

B. Les conséquences de l’irrecevabilité sur l’instance et la charge des dépens

L’irrecevabilité entraîne l’extinction de l’instance d’appel sans examen au fond. La cour tire les conséquences de cette irrecevabilité en mettant les dépens à la charge de l’appelant, conformément à l’article 696 du code de procédure civile. En l’espèce, le mandataire judiciaire est condamné aux dépens de l’instance éteinte, ce qui inclut le coût des commandements de payer et de l’assignation en référé. La cour déboute en revanche le bailleur de sa demande au titre des frais irrépétibles, estimant qu’aucune considération d’équité ne justifie d’y faire droit. Cette décision modère les conséquences financières pour l’appelant défaillant, tout en respectant la règle de la succombance. La portée de l’arrêt dépasse le simple cas d’espèce : il rappelle que la sanction du non-paiement du timbre n’est pas une pénalité arbitraire mais une règle protectrice du système judiciaire. Le juge, en prononçant l’irrecevabilité, ne se prononce pas sur le bien-fondé des demandes de délais de paiement ou sur la validité du protocole d’accord, ce qui aurait pu être examiné si l’appel avait été recevable. La solution préserve ainsi l’autorité de la chose jugée de l’ordonnance de référé, qui demeure exécutoire nonobstant appel, sauf suspension ordonnée. L’absence de conclusion sur le fond confère à cet arrêt une valeur essentiellement procédurale, mais il rappelle avec fermeté la rigueur des règles d’accès à la juridiction d’appel.

Jurisprudences utilisées pour enrichir le commentaire

Fondements juridiques

Article 1343-5 du Code civil En vigueur

Le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues.

Par décision spéciale et motivée, il peut ordonner que les sommes correspondant aux échéances reportées porteront intérêt à un taux réduit au moins égal au taux légal, ou que les paiements s’imputeront d’abord sur le capital.

Il peut subordonner ces mesures à l’accomplissement par le débiteur d’actes propres à faciliter ou à garantir le paiement de la dette.

La décision du juge suspend les procédures d’exécution qui auraient été engagées par le créancier. Les majorations d’intérêts ou les pénalités prévues en cas de retard ne sont pas encourues pendant le délai fixé par le juge.

Toute stipulation contraire est réputée non écrite.

Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux dettes d’aliment.

Article 696 du Code de procédure civile En vigueur

La partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.

Les conditions dans lesquelles il peut être mis à la charge d’une partie qui bénéficie de l’aide juridictionnelle tout ou partie des dépens de l’instance sont fixées par les dispositions de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.

📄 Circulaire officielle

Nos données proviennent de la Cour de cassation (Judilibre), du Conseil d'État, de la DILA, de la Cour de justice de l'Union européenne ainsi que de la Cour européenne des droits de l'Homme.

Recherche dans la base juridique

Trouvez une décision, une chambre, un thème

Plus de 100 000 décisions commentées par notre intelligence artificielle, indexées en temps réel.

    Recherche propulsée par Meilisearch sur kohenavocats.com et kohenavocats.fr.
    Analyse stratégique offerte

    Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

    Transmettez-nous les pièces de votre dossier. Maître Hassan KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique de votre situation.

    • Première analyse offerte et sans engagement
    • Réponse personnelle de l'avocat sous 24 heures
    • 100 % confidentiel, secret professionnel garanti
    • Jusqu'à 1 Go de pièces, dossiers et sous-dossiers acceptés

    Cliquez ou glissez vos fichiers ici
    Tous formats acceptes (PDF, Word, images, etc.)

    Envoi en cours...

    Vos donnees sont utilisees uniquement pour traiter votre demande. Politique de confidentialite.

    En savoir plus sur Maître Hassan Kohen, avocat en droit pénal à Paris

    Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

    Poursuivre la lecture