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Cour d’appel de Bastia, le 29 avril 2026, n°25/00691

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Par un arrêt du 29 avril 2026, la chambre civile section 2 de la cour d’appel de Bastia (n° RG 25/691) a statué sur une requête en rectification d’erreur matérielle visant un précédent arrêt du 3 décembre 2025. Les faits révèlent que dans cet arrêt initial, le dispositif avait condamné à paiement une personne au lieu d’une autre, confondant ainsi deux individus distincts. La section de la cour s’est saisie d’office de cette erreur. Le syndicat des copropriétaires intéressé s’est associé à la requête. Les deux personnes concernées, bien qu’informées, n’ont pas présenté d’observations. La question de droit soumise à la cour était de savoir si une erreur portant sur l’identité du débiteur de condamnations pécuniaires constitue une erreur matérielle susceptible d’être rectifiée selon l’article 462 du code de procédure civile. La cour a répondu par l’affirmative : elle a ordonné la rectification en substituant le nom du véritable débiteur à celui mentionné par erreur. Cette décision, simple en apparence, mérite une analyse approfondie tant sur le mécanisme utilisé que sur sa portée. Elle conduit à examiner d’abord les conditions de mise en œuvre de la rectification pour erreur matérielle (I), puis les effets et les limites de cette correction sur l’autorité de la chose jugée (II).

I. Les conditions de mise en œuvre de la rectification pour erreur matérielle

La cour d’appel de Bastia a fait application des dispositions de l’article 462 du code de procédure civile. Ce texte permet à la juridiction qui a rendu une décision de réparer les erreurs ou omissions matérielles qui l’affectent. L’arrêt commenté illustre la mise en œuvre de ce pouvoir correcteur, tant dans son fondement que dans les circonstances ayant justifié la rectification.

A. Le fondement textuel et la saisine d’office

L’article 462 du code de procédure civile constitue le socle juridique de la décision. Ce texte énonce que  » les erreurs et omissions matérielles qui affectent un jugement, même passé en force de chose jugée, peuvent toujours être réparées par la juridiction qui l’a rendu « . La cour d’appel de Douai, dans un arrêt du 16 janvier 2025 (n° 24/05737), a rappelé cette règle en précisant que le juge peut être saisi par simple requête ou se saisir d’office. En l’espèce, la section de la cour d’appel de Bastia a relevé d’office l’existence de l’erreur, avant que le syndicat des copropriétaires ne s’y associe. Cette saisine d’office est prévue par le texte et confirme que le juge peut corriger ses propres décisions sans attendre une initiative des parties. Elle garantit l’efficacité et la sécurité juridique en évitant qu’une décision erronée ne produise indéfiniment ses effets. La cour a donc agi dans le cadre strict de ses prérogatives, en se fondant sur une disposition claire et sur une jurisprudence constante.

B. La caractérisation de l’erreur matérielle

L’erreur en question portait sur l’identité du débiteur des condamnations. Dans l’arrêt du 3 décembre 2025, le dispositif avait mentionné une personne comme redevable des sommes, alors que c’était une autre personne qui aurait dû être condamnée. La cour relève qu’ » il existe une erreur matérielle relativement au redevable des sommes à payer « . Cette erreur est purement matérielle : elle ne résulte pas d’une appréciation juridique erronée, mais d’une inadvertance dans la rédaction du dispositif. L’arrêt commenté souligne que le dossier révélait sans ambiguïté qui était le véritable débiteur. La rectification ne modifie en rien le sens de la décision initiale : elle se borne à substituer un nom à un autre. Ainsi, la condition de l’erreur matérielle est remplie, car il s’agit d’une simple méprise d’écriture, objective et démontrée par le dossier. La cour d’appel de Rouen, dans un arrêt du 16 avril 2025 (n° 25/01135), a également jugé que l’identité erronée d’une partie constitue une erreur matérielle rectifiable. La solution de l’arrêt commenté s’inscrit donc dans une jurisprudence bien établie.

II. La portée et les limites de la rectification

Au-delà de la simple correction, l’arrêt du 29 avril 2026 a des conséquences sur l’autorité de la chose jugée et sur la pratique judiciaire. Il convient d’examiner comment la rectification préserve la stabilité des décisions tout en fixant ses propres limites.

A. La préservation de l’autorité de la chose jugée

La rectification d’une erreur matérielle ne remet pas en cause le jugement sur le fond. Elle en assure au contraire la cohérence et l’exactitude formelle. En substituant le nom du véritable débiteur, la cour ne modifie ni le montant des condamnations ni les motifs qui les justifient. Elle rend seulement l’arrêt conforme à ce qui avait été réellement décidé. L’autorité de la chose jugée s’attache à la décision rectifiée, à condition que la correction ne porte pas atteinte à son substance. En l’espèce, l’erreur était purement typographique et n’affectait pas le raisonnement juridique. La solution retenue par la cour d’appel de Bastia est donc respectueuse du principe de l’immutabilité de la chose jugée : elle ne crée pas un nouveau droit, elle ne fait que rétablir la vérité matérielle. Cette approche est conforme à l’esprit de l’article 462, qui vise à corriger sans réformer.

B. Les limites et implications pratiques de la rectification

Si la rectification est un instrument utile, elle ne peut être utilisée pour remettre en cause une appréciation juridique ou pour modifier la portée d’une décision. En l’espèce, la cour s’est contentée de changer un nom, sans toucher aux obligations. La décision commentée fixe une limite claire : l’erreur doit être évidente, non contestée sérieusement, et le dossier doit permettre de la corriger sans équivoque. Les deux personnes concernées sont restées taisantes, ce qui a facilité la tâche de la cour. Toutefois, si une contestation avait surgi sur le fond du droit, la rectification aurait été impossible et il aurait fallu recourir aux voies de recours ordinaires. L’arrêt rappelle ainsi que le juge de la rectification n’est pas juge du fond. Il se cantonne à un rôle de correcteur matériel. Cette décision illustre la vigilance nécessaire dans la rédaction des décisions, mais aussi la souplesse offerte par le code de procédure civile pour remédier aux inadvertances, sans compromettre la sécurité juridique.

Jurisprudences utilisées pour enrichir le commentaire

Fondements juridiques

Article 462 du Code de procédure civile En vigueur

Les erreurs et omissions matérielles qui affectent un jugement, même passé en force de chose jugée, peuvent toujours être réparées par la juridiction qui l’a rendu ou par celle à laquelle il est déféré, selon ce que le dossier révèle ou, à défaut, ce que la raison commande.

Le juge est saisi par simple requête de l’une des parties, ou par requête commune ; il peut aussi se saisir d’office.

Le juge statue après avoir entendu les parties ou celles-ci appelées. Toutefois, lorsqu’il est saisi par requête, il statue sans audience, à moins qu’il n’estime nécessaire d’entendre les parties.

La décision rectificative est mentionnée sur la minute et sur les expéditions du jugement. Elle est notifiée comme le jugement.

Si la décision rectifiée est passée en force de chose jugée, la décision rectificative ne peut être attaquée que par la voie du recours en cassation.

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