Cour d’appel de Chambéry, le 10 juillet 2025, n°24/00159

La Cour d’appel de Chambéry, statuant le 10 juillet 2025, rejette une demande de reconnaissance d’accident du travail. Un salarié invoquait une lésion au genou survenue après plusieurs jours de travail en position pénible. Les premiers juges avaient retenu la qualification d’accident du travail. La cour d’appel, infirmant ce jugement, écarte cette qualification au motif de l’absence de fait accidentel. Elle souligne la distinction fondamentale entre l’accident et la maladie professionnelle.

La caractérisation exigeante du fait accidentel

L’exigence d’un événement à date certaine. La décision rappelle les conditions légales de l’accident du travail définies par l’article L. 411-1 du code de la sécurité sociale. Elle souligne que l’accident suppose un événement ou une série d’événements survenus à des dates certaines. Cette exigence temporelle vise à distinguer l’accident de la maladie, laquelle résulte normalement d’une évolution lente. La cour reprend ainsi la définition selon laquelle « l’accident du travail est ainsi légalement caractérisé par la réunion de trois éléments : – un fait accidentel, c’est-à-dire que l’accident repose sur la survenance d’un événement qui n’a pas nécessairement les caractéristiques d’un fait soudain, la soudaineté pouvant s’attacher soit à l’événement, soit à la lésion, mais dont la date est certaine » (Cour d’appel de Paris, le 27 février 2026, n°22/02161). La portée de ce point est essentielle pour délimiter les régimes de réparation.

Le rejet de la seule soudaineté de la lésion. La cour précise que la soudaine apparition d’une douleur ne suffit pas à caractériser le fait accidentel. Elle critique les premiers juges pour avoir retenu l’existence d’un accident du travail « en se fondant uniquement sur l’apparition soudaine d’une lésion, sans caractériser un fait accidentel à l’origine d’une douleur subite ». Cette analyse restreint la portée de la présomption d’imputabilité. En effet, celle-ci ne joue qu’après qu’a été établie « la survenance d’un évènement dont il est résulté une lésion aux temps et lieu de travail ». La valeur de cet attendu est de recentrer l’examen sur la cause et non sur le seul effet.

La distinction opérée entre accident et maladie professionnelle

L’analyse des circonstances révèle une pathologie d’usure. En l’espèce, la cour relève que le salarié ne décrit aucun fait précis et soudain. Les éléments du dossier démontrent une exposition prolongée à un risque. Le requérant lui-même décrit des positions accroupies et à genoux prolongées et répétitives sur plusieurs jours. La cour en déduit que « la lésion n’est pas apparue soudainement » mais résulte d’une « dégradation progressive de l’état de santé ». Cette analyse concorde avec la jurisprudence selon laquelle « la qualification d’accident du travail doit être écartée lorsque la date d’apparition de la lésion est incertaine et que l’affection, apparue progressivement, résulte d’une exposition prolongée à un risque » (Civ. 2e, 18 oct. 2005, 04-30.352). Le sens est de refuser la requalification d’une maladie en accident.

La conséquence est le renvoi vers le régime des maladies professionnelles. La décision indique que les faits « tendraient éventuellement à caractériser une maladie professionnelle et non un accident du travail ». Elle ne se prononce pas sur cette qualification, qui relève d’une autre procédure. La portée pratique est significative pour le salarié, dont la lésion pourrait ne pas figurer au tableau des maladies professionnelles. Cet arrêt rappelle ainsi la rigueur nécessaire dans la qualification juridique du dommage. Il protège le périmètre spécifique de chaque branche du risque social, garantissant la cohérence du système.

📄 Circulaire officielle

Nos données proviennent de la Cour de cassation (Judilibre), du Conseil d'État, de la DILA, de la Cour de justice de l'Union européenne ainsi que de la Cour européenne des droits de l'Homme.
Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal

Maître Kohen, avocat à Paris en droit pénal et droit du travail, accompagne ses clients avec rigueur et discrétion dans toutes leurs démarches juridiques, qu'il s'agisse de procédures pénales ou de litiges liés au droit du travail.

Analyse stratégique offerte

Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

Transmettez-nous les pièces de votre dossier. Maître Hassan KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique de votre situation.

  • Première analyse offerte et sans engagement
  • Réponse personnelle de l'avocat sous 24 heures
  • 100 % confidentiel, secret professionnel garanti
  • Jusqu'à 1 Go de pièces, dossiers et sous-dossiers acceptés

Cliquez ou glissez vos fichiers ici
Tous formats acceptes (PDF, Word, images, etc.)

Envoi en cours...

Vos donnees sont utilisees uniquement pour traiter votre demande. Politique de confidentialite.

En savoir plus sur Maître Hassan Kohen, avocat en droit pénal à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture