Cabinet Kohen Avocats · Paris 17ᵉ

Maître Hassan KOHEN intervient en urgence, du commissariat à la cour d'assises. Première analyse stratégique offerte, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Garde à vue, instruction, assises Fiche CNB avocat.fr
Maître Hassan KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Hassan KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Cour d’appel de Nancy, le 29 avril 2026, n°25/00543

Parler à un avocat 06 89 11 34 45

Le 29 avril 2026, la Cour d’appel de Nancy (5e chambre commerciale, n°25/00543) a rendu un arrêt qui interroge sur les conditions d’opposabilité des clauses contenues dans des conditions générales de vente et sur l’étendue de la réparation du préjudice en cas de livraison non conforme. Un vendeur professionnel de matériaux de construction avait livré à un acheteur professionnel des clôtures en béton brut gris au lieu de béton brun teinté dans la masse, et partiellement détériorées. L’acheteur, qui avait accepté la livraison pour des impératifs de sécurité, avait émis des réserves par lettre recommandée quelques jours plus tard. Le vendeur lui opposait ses conditions générales de vente figurant sur la facture, lesquelles imposaient un délai de huit jours pour formuler des réserves, à défaut de quoi les produits étaient réputés conformes. Le tribunal de commerce avait fait droit à la demande indemnitaire de l’acheteur. Le vendeur a interjeté appel, contestant l’opposabilité de ses conditions générales et le montant alloué. La cour a confirmé le jugement sur le principe de la responsabilité du vendeur pour défaut de conformité, mais a infirmé le montant des dommages-intérêts, faute de justificatifs des frais engagés par l’acheteur, et lui a accordé une somme de 5 000 euros en réparation de son seul préjudice moral.

Cette décision présente un double intérêt : elle rappelle les conditions strictes d’opposabilité des clauses insérées dans des conditions générales, conformément à l’article 1119 du code civil, et elle illustre la rigueur avec laquelle la preuve du préjudice matériel est appréciée par les juges du fond. Il conviendra d’étudier, dans un premier temps, l’affirmation du principe selon lequel les conditions générales ne sont opposables que si elles ont été portées à la connaissance du cocontractant et acceptées par lui au moment de la conclusion du contrat (I), puis, dans un second temps, la portée de cette solution sur l’étendue de la réparation, marquée par une exigence probatoire particulièrement stricte s’agissant du préjudice matériel (II).

I. L’opposabilité des conditions générales subordonnée à leur connaissance et à leur acceptation antérieures à la formation du contrat

A. Le rappel des conditions cumulatives posées par l’article 1119 du code civil

La Cour d’appel de Nancy fonde son raisonnement sur l’article 1119, alinéa 1, du code civil, aux termes duquel les conditions générales invoquées par une partie n’ont effet à l’égard de l’autre que si elles ont été portées à sa connaissance et si elle les a acceptées. L’arrêt applique strictement cette règle en relevant que le devis du 27 avril 2022, qui constitue le support de la commande, ne contient pas les conditions générales de vente invoquées par le vendeur. Ces conditions ne figurent que sur la facture, document postérieur à la commande. La cour en déduit que la facture ne vaut pas preuve de la connaissance et de l’acceptation des conditions générales par l’acheteur avant ou concomitamment à la conclusion du contrat. Cette solution s’inscrit dans le droit fil de la jurisprudence antérieure, laquelle exige que les clauses dérogatoires au droit commun soient portées à la connaissance du cocontractant et acceptées par lui au moment de la formation du contrat. La cour reprend ainsi une ligne directrice déjà exprimée par d’autres juridictions, selon laquelle une facture délivrée après la commande ne saurait valoir acceptation des conditions générales.

B. L’inopposabilité des clauses de forclusion et de réserve

La conséquence immédiate de cette analyse est l’inopposabilité de l’article VI des conditions générales du vendeur, lequel imposait à l’acheteur un délai de huit jours à compter de la livraison pour émettre des réserves sur la qualité ou la quantité des produits, à défaut de quoi les produits étaient réputés conformes. La cour considère que cette clause n’a pas été portée à la connaissance de l’acheteur au moment de la conclusion du contrat, de sorte qu’elle ne peut lui être opposée. L’acheteur peut donc se prévaloir du droit commun de la vente, et notamment de l’obligation de délivrance conforme prévue à l’article 1604 du code civil. Le fait que l’acheteur ait accepté la livraison sans réserves immédiates ne lui interdit pas d’agir ultérieurement, dès lors que les défauts étaient apparents mais que le vendeur ne démontre pas une connaissance et une acceptation préalables de la clause de forclusion. La cour rappelle ainsi que, sauf stipulations particulières, les défauts de conformité apparents qui ne font pas l’objet de réserves n’interdisent pas à l’acheteur d’agir à l’encontre du vendeur.

II. La réparation limitée au préjudice moral, reflet d’une exigence probatoire rigoureuse

A. La défaillance dans la preuve du préjudice matériel

Si la cour confirme le principe de la responsabilité du vendeur pour manquement à son obligation de délivrance, elle écarte l’indemnisation du préjudice matériel tel que retenu par les premiers juges. Ceux-ci avaient alloué à l’acheteur une somme de 10 598,54 euros TTC, correspondant au coût du matériel détérioré et aux frais de main-d’œuvre pour la remise en peinture des clôtures. La cour constate qu’aucune pièce ne vient étayer l’engagement de ces dépenses. L’acheteur se borne à alléguer avoir dû transporter les éléments détériorés en décharge et faire procéder à la mise en peinture, mais il ne produit ni facture, ni devis, ni attestation établissant la réalité et le montant des frais exposés. La cour en déduit que le préjudice matériel n’est pas démontré, et infirme le jugement sur ce point. Cette solution illustre la rigueur avec laquelle les juges du fond apprécient la charge de la preuve en matière de préjudice, conformément à l’article 9 du code de procédure civile et à l’article 1353 du code civil. L’acheteur professionnel, qui se prévaut d’un manquement contractuel, doit prouver l’existence et l’étendue du dommage qu’il invoque.

B. La reconnaissance d’un préjudice moral distinct

En l’absence de préjudice matériel démontré, la cour retient l’existence d’un préjudice moral résultant de la déception causée par la réception d’un matériel non conforme et partiellement endommagé, ainsi que par les démarches entreprises pour tenter de remédier aux défauts de conformité. Elle évalue ce préjudice à la somme de 5 000 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du jugement de première instance. Cette indemnisation vient réparer la seule atteinte morale subie par l’acheteur, distincte du préjudice matériel non prouvé. La cour écarte également la demande de dommages-intérêts pour résistance abusive, faute pour l’acheteur de démontrer un préjudice distinct de celui déjà réparé par les intérêts moratoires et la mauvaise foi du vendeur. Cette solution, bien que sévère pour l’acheteur qui ne parvient pas à justifier ses frais, a le mérite de rappeler que le préjudice moral, en matière contractuelle, peut être indemnisé de manière autonome lorsqu’il est établi. Elle confirme également que la résistance abusive suppose une preuve cumulative d’un préjudice distinct et de la mauvaise foi du débiteur, ce qui n’était pas rapporté en l’espèce.

Jurisprudences utilisées pour enrichir le commentaire

Fondements juridiques

Article 1119 du Code civil En vigueur

Les conditions générales invoquées par une partie n’ont effet à l’égard de l’autre que si elles ont été portées à la connaissance de celle-ci et si elle les a acceptées.

En cas de discordance entre des conditions générales invoquées par l’une et l’autre des parties, les clauses incompatibles sont sans effet.

En cas de discordance entre des conditions générales et des conditions particulières, les secondes l’emportent sur les premières.

Article 1604 du Code civil En vigueur

La délivrance est le transport de la chose vendue en la puissance et possession de l’acheteur.

Article 9 du Code de procédure civile En vigueur

Il incombe à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention.

Article 1353 du Code civil En vigueur

Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver.

Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.

Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

Transmettez les pièces de votre dossier au cabinet. Maître Hassan KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique.

Première analyse offerte
Réponse personnelle sous 24 h
100 % confidentiel
Jusqu’à 1 Go de pièces

📄 Circulaire officielle

Nos données proviennent de la Cour de cassation (Judilibre), du Conseil d'État, de la DILA, de la Cour de justice de l'Union européenne ainsi que de la Cour européenne des droits de l'Homme.

Recherche dans la base juridique

Trouvez une décision, une chambre, un thème

Plus de 100 000 décisions commentées par notre intelligence artificielle, indexées en temps réel.

    Recherche propulsée par Meilisearch sur kohenavocats.com et kohenavocats.fr.
    Analyse stratégique offerte

    Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

    Transmettez-nous les pièces de votre dossier. Maître Hassan KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique de votre situation.

    • Première analyse offerte et sans engagement
    • Réponse personnelle de l'avocat sous 24 heures
    • 100 % confidentiel, secret professionnel garanti
    • Jusqu'à 1 Go de pièces, dossiers et sous-dossiers acceptés

    Cliquez ou glissez vos fichiers ici
    Tous formats acceptes (PDF, Word, images, etc.)

    Envoi en cours...

    Vos donnees sont utilisees uniquement pour traiter votre demande. Politique de confidentialite.

    En savoir plus sur Maître Hassan Kohen, avocat en droit pénal à Paris

    Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

    Poursuivre la lecture