Cour d’appel de Paris, le 10 avril 2025, n°25/00024

La cour d’appel de Paris, statuant le 10 avril 2025, a examiné un recours contre un jugement déclarant irrecevable une demande de surendettement. La juridiction devait vérifier la bonne foi du débiteur et apprécier sa situation financière. Elle a infirmé le jugement pour déclarer la demande recevable et ordonner un rétablissement personnel sans liquidation.

La bonne foi : une condition substantielle et procédurale

La définition légale et la charge de la preuve

L’arrêt rappelle le principe fondamental issu de l’article L.711-1 du code de la consommation. La recevabilité de la demande est subordonnée à la bonne foi du débiteur, conçue comme une absence de mauvaise foi. La bonne foi est présumée et il appartient au créancier d’apporter la preuve de la mauvaise foi du débiteur. La simple imprudence ou imprévoyance n’est pas constitutive de mauvaise foi. La cour précise que les faits constitutifs de mauvaise foi doivent de surcroît être en rapport direct avec la situation de surendettement.

La portée de cette analyse est de circonscrire strictement la notion de mauvaise foi. Elle exclut les comportements passifs comme la négligence, exigeant une conscience frauduleuse. Cette approche protectrice du débiteur est conforme à l’esprit du dispositif de traitement du surendettement.

L’exigence temporelle et l’appréciation in concreto

La décision insiste sur la dimension continue de l’exigence de bonne foi. « Le débiteur doit donc être de bonne foi pendant la phase d’endettement mais aussi au moment où il saisit la commission de surendettement, ce qui implique sa sincérité, et tout au long du déroulement de la procédure. » (Cour d’appel de Paris, le 10 avril 2025, n°22/00284). Le juge doit vérifier tout au long de la procédure si le débiteur est de bonne foi et doit se déterminer au jour où il statue.

En l’espèce, la cour a validé la possibilité d’invoquer des éléments survenus après la première décision. Elle a cependant écarté le grief de mauvaise foi, estimant qu’une omission minime sur des ressources n’affectait pas l’appréciation globale de l’insolvabilité. Cette application in concreto démontre que l’insincérité doit être substantielle pour être sanctionnée.

L’appréciation de la situation irrémédiablement compromise

L’analyse financière : l’absence de capacité de remboursement

La cour procède à un examen détaillé et actualisé des ressources et charges du débiteur. Elle constate un déficit structurel entre des ressources de 2 011,16 euros et des charges de 2 939 euros. Elle en déduit une absence totale de capacité de remboursement. La juridiction rejette également la prise en compte de ressources potentielles futures, jugées trop aléatoires.

Cette méthode rigoureuse souligne l’importance d’une appréciation réaliste et actualisée. La cour se base sur des éléments certains, refusant de spéculer sur une amélioration hypothétique de la situation financière, ce qui garantit une décision adaptée aux réalités économiques du débiteur.

Les éléments personnels et la clôture immédiate du rétablissement personnel

Au-delà des chiffres, la cour intègre des critères personnels pour qualifier la situation. Elle relève l’âge du débiteur, sa charge de famille importante, son absence de diplôme et de patrimoine. Elle en conclut que sa situation est peu évolutive et irrémédiablement compromise. La cour ordonne en conséquence l’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, immédiatement clôturée.

Cette décision illustre la dimension humaine du droit du surendettement. La qualification de situation irrémédiablement compromise repose sur une appréciation globale, à la fois financière et personnelle. La clôture immédiate, permise par l’absence de biens à liquider, offre au débiteur un effacement rapide de ses dettes et une perspective de nouveau départ.

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Hassan KOHEN
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