La cour d’appel de Paris, statuant le 12 décembre 2025, examine un litige entre un entrepreneur principal et son sous-traitant. Le sous-traitant réclame le paiement de prestations et des dommages-intérêts suite à une résiliation unilatérale. L’entrepreneur principal conteste ces demandes en invoquant des manquements dans l’exécution. La cour doit déterminer la validité de l’exception d’inexécution et le bien-fondé des demandes indemnitaires. Elle confirme partiellement le premier jugement en accordant certaines créances mais rejette les demandes de dommages-intérêts.
La consécration conditionnelle de l’exception d’inexécution
La reconnaissance d’un droit à suspension pour défaut de paiement. La cour admet que le sous-traitant pouvait légitimement suspendre sa prestation face à un défaut de paiement de l’entrepreneur principal. Elle constate que ce dernier avait accepté une situation de paiement partielle. « Il résulte de l’ensemble de ces éléments que la société Edile a accepté la situation de paiement de la société Athex en la réduisant à 20% » (Réponse de la cour, A/). Ce manquement contractuel fonde légalement la suspension des livraisons par le sous-traitant. La portée de cette solution est de rappeler que l’acceptation d’une créance, même réduite, engage son débiteur. La valeur réside dans la protection du sous-traitant face aux retards de paiement abusifs.
Le rejet de la suspension pour défaut d’agrément du sous-traitant. La cour écarte en revanche l’argument tiré de l’absence d’agrément par le maître d’ouvrage. Elle applique strictement l’article 3 de la loi du 31 décembre 1975. « la méconnaissance par la société Edile de son obligation de faire accepter la société Athex et agréer ses conditions de paiement par le maître de l’ouvrage n’autorisait pas la société Athex à suspendre l’exécution de ses travaux » (Réponse de la cour, B/). Ce manquement ouvre seulement une faculté de résiliation, non un droit de suspension immédiat. La sens de cette analyse est de distinguer clairement les sanctions attachées à chaque obligation. La portée limite les moyens de pression du sous-traitant aux seuls manquements directs à son égard.
La réparation limitée du préjudice contractuel
L’octroi du solde dû malgré l’absence de réception formelle. Sur le second chantier, la cour condamne l’entrepreneur principal au paiement du solde. Elle estime que celui-ci a empêché la réalisation de la condition suspensive. « la société Edile ayant empêché l’accomplissement de la condition suspensive relative au paiement du solde des travaux, cette dernière est réputée accomplie » (Réponse de la cour, B/). Cette application de l’article 1304-3 du code civil assure au sous-traitant le paiement intégral de sa prestation. La valeur est de sanctionner le comportement dolosif de l’entrepreneur principal. La portée étend la protection du sous-traitant même en l’absence de réception amiable.
Le refus systématique des dommages-intérêts complémentaires. La cour rejette toutes les demandes indemnitaires au-delà du paiement des créances principales. Elle exige une preuve précise du préjudice distinct. « La seule allégation de la société Athex selon laquelle la société Edile aurait manqué à son obligation de bonne foi […] ne suffit pas établir la preuve d’un quelconque préjudice » (Réponse de la cour, C/). Cette exigence rigoureuse évite une indemnisation disproportionnée. Le sens est de cantonner la réparation à la perte subie, déjà couverte par les intérêts moratoires. Cette solution rejoint une jurisprudence constante sur la charge de la preuve. « Compte tenu de ce qui précède la société Salini immobilier ne caractérise pas un manquement suffisamment grave […] pour justifier qu’une résiliation aux torts exclusifs de celle-ci soit prononcée » (Tribunal judiciaire de Paris, le 12 décembre 2025, n°22/05865). La portée rappelle que la mauvaise foi contractuelle ne se présume pas.