Cour d’appel de Paris, le 12 juillet 2024, n°23/04721

La Cour d’appel de Paris, statuant le 12 juillet 2024, examine un litige entre un fournisseur d’énergie et son client. Le client soutient que son consentement au contrat de fourniture de gaz a été vicié par violence économique. Les premiers juges ont annulé le contrat pour ce vice. La cour d’appel confirme cette annulation et rejette la demande en paiement du fournisseur. Elle infirme cependant la condamnation pour procédure abusive.

La caractérisation de l’état de dépendance économique

Les conditions d’établissement de la dépendance. La violence économique nécessite un état de subordination économique et son exploitation abusive. Cet état suppose l’absence de solution de remplacement équivalente pour la partie dépendante. En l’espèce, le fournisseur a maintenu la fourniture après le terme initial en indiquant de nouvelles échéances. Il a ensuite adressé un courriel alarmiste évoquant une procédure de mise hors service imminente. Ce courriel fut envoyé à un ingénieur méthode en période estivale, sans délai pour réagir. Ces man’uvres ont créé une urgence artificielle et contraignante pour le client.

La portée de cette analyse est significative pour les pratiques commerciales. Elle rappelle que la prolongation des relations contractuelles peut engendrer une dépendance. L’exploitation d’une situation créée par le fournisseur lui-même est constitutive d’un état de contrainte. La jurisprudence définit cet état comme une subordination économique sans solution de remplacement. « La violence économique suppose l’existence d’un état de dépendance économique, définie comme la situation dans laquelle une personne, ne bénéficiant pas de solution de remplacement équivalente, se trouve économiquement subordonnée à une autre » (Cour d’appel de Versailles, le 1 octobre 2025, n°23/04721). La cour applique strictement cette définition aux circonstances de l’espèce.

L’exploitation abusive et l’avantage excessif

La démonstration de l’exploitation et de son caractère déterminant. Le fournisseur a profité de la crainte d’une coupure pour imposer des conditions non négociées. Le client a signé le nouveau contrat en moins d’une heure après la réception de la menace. La cour relève que cette réaction démontre la crainte déterminante pour son consentement. Sans cette pression illégitime, le client n’aurait pas souscrit à un engagement aussi déséquilibré. L’élément intentionnel réside dans l’utilisation d’une menace sciemment infondée pour obtenir la signature.

Les conséquences en termes de déséquilibre contractuel. Le contrat imposé présentait une durée de cinquante-quatre mois, inadaptée aux besoins du client. Le prix unitaire du gaz avait augmenté de vingt-sept pour cent entre les deux contrats. Cette hausse intervenait dans un contexte de baisse générale des prix de marché. La cour en déduit que le fournisseur a tiré un avantage manifestement excessif de cette situation. La combinaison d’une durée excessive et d’une tarification surélevée caractérise l’exploitation abusive.

La valeur de cet arrêt est d’articuler clairement les différents éléments de la violence économique. Il précise que l’illégitimité de la menace est établie lorsque le créancier de la menace en connaît le caractère infondé. La décision protège ainsi la partie faible contre les pratiques commerciales agressives exploitant une relation de dépendance. Elle renforce l’exigence de loyauté dans la formation du contrat, même entre professionnels.

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Hassan KOHEN
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