Cour d’appel, le 19 septembre 2025, n°24/04754

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La Cour d’appel, statuant sur une décision rendue en première instance, examine la responsabilité d’un notaire et d’une société de commercialisation à la suite de l’acquisition d’un lot en l’état futur d’achèvement au sein d’une résidence médicalisée. Les acquéreurs invoquent plusieurs préjudices liés à des défauts d’information et de conseil. La cour infirme partiellement le jugement pour condamner solidairement les deux professionnels.

Le devoir de conseil du notaire et ses limites

L’obligation du notaire en matière de garantie d’achèvement est au cœur de la faute retenue. L’officier ministériel doit vérifier la régularité des conditions de mise en œuvre de la garantie intrinsèque choisie par le vendeur. La cour relève que le notaire n’a pas satisfait aux prescriptions légales, malgré leur rappel textuel dans l’acte. « Cette faute est aggravée par la mention en page 31 de l’acte authentique des trois privilèges inscrits » alors que leur existence imposait une vérification renforcée. La portée de cette obligation est étendue, car elle conditionne la sécurité juridique et financière de l’acquéreur dans une vente en VEFA. Le manquement est d’autant plus grave qu’il prive les parties d’un consentement pleinement éclairé sur un risque essentiel.

Le lien de causalité entre cette faute et le préjudice des acquéreurs est établi de manière rigoureuse. La cour estime que l’absence de vérification a privé les acquéreurs d’une chance sérieuse de renoncer à l’opération. « La faute du notaire, en vertu de l’équivalence des conditions, est donc à l’origine de l’entier préjudice ». Cette analyse consacre une conception extensive du préjudice réparable, incluant la perte d’une chance de réaliser un meilleur investissement. La valeur de cette solution réside dans la protection renforcée de la partie faible, l’acquéreur, face à un professionnel du droit dépositaire d’une mission de service public.

Les obligations de l’intermédiaire immobilier commercialisateur

Le devoir d’information et de conseil de l’agent immobilier est apprécié au regard de son rôle actif dans la présentation de l’opération. La société commercialisatrice a manqué à son obligation de qualifier correctement la nature de la vente. Elle a présenté le programme comme achevé et immédiatement disponible, avec un taux de rentabilité annoncé, alors qu’il s’agissait d’une vente en l’état futur d’achèvement. Ce manquement constitue une faute délictuelle engageant sa responsabilité envers les acquéreurs, même non mandatés par eux. La cour rappelle que l’agent immobilier doit « s’assurer que se trouvent réunies toutes les conditions nécessaires à l’efficacité juridique de la convention » (1ère Civ. 17 janvier 1995 n° 92-21.193).

La solution retenue confirme la solidarité des responsabilités entre le notaire et le commercialisateur pour un même préjudice. Les deux manquements, distincts mais convergents, ont concouru à priver les acquéreurs de la même chance de ne pas contracter. La cour fixe le taux d’occurrence de cette perte de chance à cinquante pour cent du prix de vente pour les deux débiteurs. Cette condamnation in solidum a une portée pratique importante pour les victimes, qui peuvent en réclamer l’intégralité à l’un ou l’autre des professionnels. Elle souligne la complémentarité et la cumulabilité des obligations d’information pesant sur les différents intervenants d’une opération complexe.

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