Cour d’appel, le 24 septembre 2025, n°22/05771

La cour d’appel, statuant par mise à disposition au greffe, a confirmé en partie un jugement relatif à un litige de voisinage pour infiltrations. La juridiction a retenu la responsabilité du propriétaire bailleur du logement d’origine des fuites, confirmant son obligation de réparer et d’indemniser le préjudice matériel. Elle a en revanche infirmé l’allocation de dommages-intérêts pour préjudice de jouissance et moral, considérant ces chefs non justifiés. La solution consacre ainsi la responsabilité de plein droit du propriétaire pour trouble anormal de voisinage, indépendamment de sa faute.

La responsabilité de plein droit du propriétaire bailleur

Le fondement juridique du trouble anormal de voisinage

La cour écarte le régime de la responsabilité civile fondée sur la faute pour lui préférer celui du trouble anormal. Elle rappelle que « le dommage causé à un voisin qui excède les inconvénients normaux du voisinage oblige l’auteur du trouble à le réparer, quand bien même aucune faute ne pourrait être reprochée » (Motifs). Cette application de l’article 544 du code civil établit une responsabilité objective. La portée est significative car elle facilite l’indemnisation de la victime, libérée de la preuve d’une faute. La valeur réside dans la protection absolue du droit de propriété contre les empiètements excessifs.

L’imputabilité du trouble au propriétaire non occupant

La cour affirme le principe selon lequel la victime peut agir directement contre le propriétaire bailleur. Elle précise que celui-ci « est responsable de plein droit des désordres d’infiltrations affectant son logement par seule application des dispositions de l’article 544 précité » (Motifs). Le propriétaire dispose ensuite d’un recours contre son locataire s’il est en faute. Le sens de cette solution est de désigner le propriétaire comme garant premier de son bien, assurant une réparation effective. La portée est pratique, offrant à la victime un débiteur solvable sans avoir à rechercher l’occupant.

La réparation du préjudice et le rejet des chefs non justifiés

La confirmation du préjudice matériel étayé

La cour valide l’indemnisation du préjudice matériel en se fondant sur un devis précis. Elle relève que le premier juge a « justement été entériné par le Tribunal pour faire droit à la demande en indemnisation de son préjudice matériel, écartant pour ce faire le devis NBA d’un montant de 6 432,66 euros non justifié en l’état » (Motifs). La méthode impose de rapporter une preuve certaine et proportionnée du dommage. La valeur de cette exigence est de prévenir toute indemnisation excessive, conformément au principe de réparation intégrale sans perte ni profit pour la victime.

L’infirmation des préjudices immatériels non caractérisés

La cour rejette l’indemnisation du préjudice de jouissance et du préjudice moral. Elle motive sa décision par « l’absence de tout élément de nature à justifier du préjudice de jouissance » et souligne que le préjudice moral « n’est étayé par aucune pièce des débats » (Motifs). Cette rigueur probatoire rappelle que tout chef de préjudice, même immatériel, doit être démontré. La portée est d’inciter les parties à documenter précisément toutes leurs demandes. Le sens est de lier strictement la réparation à l’existence d’un préjudice certain, évitant les condamnations arbitraires.

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