Cour d’appel, le 26 septembre 2025, n°22/05262

La Cour d’appel, statuant sur une décision prud’homale, examine les demandes d’une aide-soignante licenciée pour faute grave. Elle rejette sa requête en harcèlement moral mais retient un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité. Concernant la rupture, la cour juge le licenciement dépourvu de cause réelle et sérieuse et en fixe les conséquences pécuniaires.

La distinction entre harcèlement moral et obligation de sécurité

L’exigence d’agissements personnalisés pour le harcèlement moral

La cour rappelle que la caractérisation du harcèlement moral nécessite des agissements répétés. Elle souligne que le salarié doit présenter des éléments de fait laissant supposer son existence. « Il appartient au juge d’examiner l’ensemble des éléments invoqués par le salarié » (Motifs, 1.1). La décision écarte la qualification de harcèlement car les griefs, bien que décrivant une dégradation collective des conditions de travail, manquent de personnalisation. La salariée « n’allègue pas avoir été personnellement » affectée par plusieurs mesures dénoncées (Motifs, 1.1). Cette analyse restreint la portée de la protection contre le harcèlement moral. Elle exige une démonstration de conséquences individuelles directes, même face à une politique managériale générale délétère.

La persistance de l’obligation de sécurité de résultat

En revanche, l’obligation de sécurité de l’employeur connaît une application plus extensive. La cour rappelle que l’employeur doit « prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs » (Motifs, 1.2). Elle constate que l’employeur, tout en contestant les faits, « ne justifie pas avoir pris des mesures suffisantes » (Motifs, 1.2). Ainsi, un manquement à cette obligation peut être retenu même en l’absence de harcèlement caractérisé. Cette solution confirme le caractère objectif de cette obligation. Elle protège le salarié contre les risques psychosociaux généraux, indépendamment de l’intention ou de la répétition d’agissements ciblés.

Le contrôle rigoureux de la cause réelle et sérieuse

L’appréciation stricte des griefs invoqués

La cour procède à un examen minutieux de chaque grief énoncé dans la lettre de licenciement. Elle exige de l’employeur une démonstration concrète et vérifiable des manquements reprochés. Concernant une erreur liée à une allergie alimentaire, elle note que l’employeur « n’établit pas » qu’un plat contenant l’allergène a été servi (Motifs, 2.2). S’agissant du non-respect d’un protocole suicidaire, elle relève que l’information n’était donnée « qu’oralement » (Motifs, 2.2). Ce contrôle strict protège le salarié contre des licenciements fondés sur des présomptions ou des procédures internes défaillantes. Il impose à l’employeur une rigueur probatoire particulière lorsque les griefs mettent en cause la sécurité des tiers.

La détermination des indemnités consécutives à la rupture

La cour procède à un réajustement précis des indemnités dues. Elle recalcule l’ancienneté en renversant la présomption issue du bulletin de paie. L’employeur a ainsi « renversé la présomption dont la salariée se prévaut » (Motifs, 2.3). Pour l’indemnité pour licenciement sans cause, elle applique le barème légal. Elle estime le préjudice « justement indemnisé par le versement de la somme de 15 000 euros » (Motifs, 2.3), en tenant compte de l’ancienneté et de l’âge. Cette démarche illustre le pouvoir souverain d’appréciation des juges du fond dans l’évaluation du préjudice. Elle assure une réparation concrète et proportionnée à la gravité de l’absence de cause.

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Hassan KOHEN
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