Le matin du 15 mars 2026, un salarié basé à Nanterre glisse sur une chaussée verglacée en descendant de son véhicule sur le parking de son entreprise. Il se fracture le poignet. Sa caisse d’assurance maladie refuse d’abord la prise en charge au titre de l’accident du travail au motif que l’accident est survenu sur le parking, avant la prise de poste. Pourtant, l’accident de trajet couvre le parcours entre le domicile et le lieu de travail dès lors que le salarié n’est plus soumis aux instructions de l’employeur. En 2024 et 2025, les juridictions du fond ont rappelé que la qualification d’accident de trajet suppose seulement le respect de l’itinéraire protégé défini par l’article L. 411-2 du code de la sécurité sociale. Le salarié dispose d’un délai de deux ans pour saisir la commission de recours amiable et obtenir la reconnaissance de son droit. Le refus initial de la caisse n’épuise pas ses voies de recours.
Qu’est-ce qu’un accident de trajet ?
L’article L. 411-1 du code de la sécurité sociale (texte officiel) définit l’accident du travail comme « l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail » à toute personne salariée. L’article L. 411-2 du même code (texte officiel) élargit cette définition aux accidents survenus pendant le trajet d’aller et de retour entre la résidence principale ou secondaire et le lieu de travail. Le trajet peut inclure la pause repas lorsque le parcours n’est pas interrompu ou détourné pour un motif personnel étranger aux nécessités essentielles de la vie courante.
La Cour de cassation a précisé que la qualification d’accident de trajet suppose que l’accident soit survenu sur l’un des trajets visés par l’article L. 411-2. Le salarié ne doit pas être soumis aux instructions de l’employeur au moment des faits. TJ Paris, 17 janvier 2024, n° 22/00479 (décision), motifs : « la Cour de cassation a précisé, par un arrêt d’assemblée plénière du 5 novembre 1992, que la qualification d’accident de trajet suppose que l’accident soit survenu sur l’un des trajets visés par cet article. Il faut que le salarié ne soit pas encore ou plus soumis aux instructions de l’employeur ».
Le détour est autorisé lorsqu’il est rendu nécessaire par un covoiturage régulier. En revanche, l’accident survenu pendant une interruption de trajet pour un motif personnel étranger à l’emploi ne bénéficie pas de la présomption. La jurisprudence admet toutefois que l’interruption pour faire le plein d’essence conserve le caractère professionnel du trajet. CA Pau, 4 décembre 2025, n° 22/02874 (décision), motifs : « la jurisprudence récente admet que l’accident de trajet survenu durant une interruption de trajet pour faire le plein d’essence conserve son caractère professionnel. Il doit être pris en charge au titre de la législation professionnelle ».
Les obligations de l’employeur après un accident de trajet
L’article L. 441-2 du code de la sécurité sociale (texte officiel) impose à l’employeur de déclarer tout accident dont il a eu connaissance à la caisse primaire d’assurance maladie. L’article R. 441-3 du même code (texte officiel) fixe le délai de déclaration à quarante-huit heures non compris les dimanches et jours fériés. Pour les accidents de trajet survenus hors des locaux de l’entreprise, le délai ne commence à courir que du jour où l’employeur a été informé de l’accident.
L’employeur doit adresser à la caisse une attestation indiquant la période du travail, le nombre de journées et d’heures, ainsi que le montant des salaires perçus par la victime. Cette attestation conditionne le calcul des indemnités journalières. L’omission ou le retard de déclaration expose l’employeur à une amende administrative. Le salarié peut également déclarer lui-même l’accident à la caisse jusqu’à l’expiration de la deuxième année suivant l’événement.
L’indemnisation par la CPAM
L’accident de trajet relève du régime des accidents du travail. L’article L. 433-1 du code de la sécurité sociale (texte officiel) prévoit que l’indemnité journalière est payée par la caisse primaire à partir du premier jour qui suit l’arrêt du travail. Il n’existe pas de carence de trois jours comme en cas d’arrêt maladie ordinaire. L’indemnité est servie sans distinction entre jours ouvrables et dimanches ou jours fériés.
Le montant de l’indemnité journalière est calculé sur la base du salaire brut perçu par le salarié au cours du mois précédant l’accident. Il s’élève à 60 % du salaire journalier de base à partir du premier jour, puis à 80 % à partir du vingt-huitième jour d’arrêt. La durée maximale de versement est fixée par décret et calculée de date à date. En cas d’incapacité permanente, la victime peut percevoir une rente proportionnelle au taux d’incapacité.
Attention : la faute inexcusable de l’employeur ouvre droit à une indemnisation complémentaire. L’article L. 452-1 du code de la sécurité sociale (texte officiel) dispose que « lorsque l’accident est dû à la faute inexcusable de l’employeur ou de ceux qu’il s’est substitués dans la direction, la victime ou ses ayants droit ont droit à une indemnisation complémentaire ». Cette hypothèse reste exceptionnelle en matière d’accident de trajet car l’employeur ne contrôle pas le parcours du salarié.
Quand la CPAM refuse la prise en charge
La caisse peut refuser la qualification d’accident de trajet. Elle le fait lorsque le salarié ne rapporte pas la preuve que l’ensemble des conditions de l’article L. 411-2 sont remplies. Le refus est fréquent en cas d’interruption du trajet pour un motif personnel ou d’itinéraire détourné sans justification. Le caractère professionnel du trajet doit être établi par tout moyen de preuve. Le salarié peut produire un constat amiable, des témoignages, des relevés de géolocalisation ou une attestation météo.
La cour d’appel d’Aix-en-Provence a ainsi admis qu’un détour imposé par des conditions météorologiques extrêmes conservait le caractère professionnel du trajet. CA Aix-en-Provence, 10 juin 2025, n° 24/04871 (décision), motifs : « Ce détour n’a donc pas été dicté pour un motif personnel. Il n’était pas étranger aux nécessités essentielles de la vie courante puisque les pièces du dossier attestent des très mauvaises conditions météorologiques de circulation ».
Le refus de la caisse ne vaut pas décision définitive. Le salarié dispose d’un délai de deux ans pour contester la décision devant la commission de recours amiable puis, le cas échéant, devant le tribunal judiciaire.
Checklist des pièces à réunir en cas d’accident de trajet
Le salarié victime d’un accident de trajet doit constituer un dossier solide dès les premiers jours. Voici les pièces indispensables :
- Le certificat médical initial mentionnant les circonstances et la nature des lésions.
- L’attestation de salaire remise par l’employeur pour le calcul des indemnités journalières.
- Le constat amiable ou le procès-verbal de gendarmerie décrivant le lieu, l’heure et les conditions de l’accident.
- Les photographies du lieu de l’accident, du véhicule et des éventuels obstacles.
- Les témoignages écrits de passants ou de passagers mentionnant la date et l’heure précises.
- Les relevés météorologiques du jour en cas de conditions climatiques exceptionnelles.
- L’itinéraire habituel justifié par des relevés de géolocalisation ou des factures de péage.
- La preuve de l’information donnée à l’employeur dans les meilleurs délais.
- La copie de la déclaration de l’employeur auprès de la caisse ou, à défaut, la déclaration personnelle.
- Le courrier de refus de la caisse et la réponse motivée du salarié ou de son conseil.
Que faire en cas de refus de la CPAM ou de l’employeur ?
Lorsque la caisse refuse la prise en charge au titre de l’accident du travail, le salarié peut saisir la commission de recours amiable. Le délai est de deux ans à compter de la date de l’accident. La demande doit être formulée par écrit et accompagnée de l’ensemble des pièces justificatives. La commission se prononce dans un délai de trois mois. Son silence vaut rejet implicite.
Le salarié peut alors former un recours devant le tribunal judiciaire compétent. Le contentieux relève de la juridiction du protection sociale. Le juge statue sur la qualification de l’accident et, le cas échéant, condamne la caisse au versement des indemnités journalières et des rentes correspondantes. Le recours est gratuit pour le salarié qui bénéficie de l’aide juridictionnelle sous conditions de ressources.
Si l’employeur refuse de déclarer l’accident, le salarié peut déclarer lui-même l’événement à la caisse dans le délai de deux ans. Il doit alors joindre tout élément de preuve établissant le lien entre l’accident et le trajet professionnel.
Accident de trajet à Paris et en Île-de-France
La densité du réseau routier et la multiplicité des moyens de transport en Île-de-France créent des situations complexes de qualification. Un salarié qui emprunte le RER D puis effectue un trajet à pied de dix minutes jusqu’à son entreprise à La Défense bénéficie de la protection sur l’ensemble du parcours. De même, l’accident survenu sur le parking de l’entreprise relève de l’accident de trajet. Il en va de même pour la rue adjacente au siège social dès lors que le salarié n’a pas encore repris son activité.
Le tribunal judiciaire de Paris et ceux des départements limitrophes (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne) connaissent des contentieux importants en la matière. Les délais d’attente pour une audience devant le tribunal judiciaire de Nanterre ou de Bobigny peuvent atteindre douze à dix-huit mois. Le salarié doit donc constituer son dossier avec rigueur dès le premier refus de la caisse pour éviter une interruption dans le versement des indemnités.
Questions fréquentes
L’accident survenu en faisant du covoiturage est-il un accident de trajet ?
Oui, lorsque le détour effectué est rendu nécessaire dans le cadre d’un covoiturage régulier. L’article L. 411-2 du code de la sécurité sociale prévoit expressément cette hypothèse. Le trajet peut ne pas être le plus direct dès lors que le covoiturage est habituel et non occasionnel.
L’employeur peut-il refuser de déclarer un accident de trajet ?
L’employeur est tenu de déclarer tout accident dont il a eu connaissance dans les quarante-huit heures. Son refus n’empêche pas le salarié de déclarer lui-même l’accident à la caisse dans le délai de deux ans. Le refus de l’employeur peut toutefois retarder le versement des indemnités.
Le 1er jour d’arrêt est-il payé en cas d’accident de trajet ?
Oui. Contrairement à l’arrêt maladie ordinaire, l’accident du travail et l’accident de trajet ouvrent droit à une indemnité journalière dès le premier jour d’arrêt. Le salarié perçoit 60 % de son salaire journalier de référence à compter du premier jour.
Un accident sur le parking de l’entreprise relève-t-il de l’accident de trajet ?
Oui, lorsque le salarié n’a pas encore commencé sa journée de travail ou l’a terminée. La Cour de cassation considère que le trajet se poursuit jusqu’à la prise de poste effective. L’accident survenu sur le parking relève donc de l’article L. 411-2 tant que le salarié n’est pas soumis aux instructions de l’employeur.
Que faire si la CPAM qualifie l’accident de trajet en accident de la vie privée ?
Le salarié doit saisir la commission de recours amiable dans le délai de deux ans en apportant la preuve que l’accident est survenu sur l’itinéraire protégé. Il peut joindre des relevés de géolocalisation, des témoignages ou des constats. Le contentieux devant le tribunal judiciaire est gratuit sous conditions de ressources.
Le télétravail modifie-t-il la notion d’accident de trajet ?
Lorsque le salarié travaille depuis son domicile, le trajet domicile-lieu de travail n’existe plus. L’accident survenu en sortant de chez lui pour une course personnelle ne relève pas de l’accident de trajet. En revanche, le déplacement entre le domicile et un autre lieu de travail imposé par l’employeur conserve le caractère professionnel.
Besoin d’un avis rapide sur votre dossier ?
Vous avez été victime d’un accident de trajet et la CPAM refuse la prise en charge ? Notre cabinet examine votre dossier sous 48 heures ouvrées.
- Téléphone : 06 89 11 34 45
- Contact en ligne : prendre rendez-vous
L’article chute de plain-pied au travail : preuve et indemnisation complète cette analyse pour les accidents survenus sur le lieu de travail. Notre page avocat accident du travail à Paris détaille l’accompagnement juridique du cabinet en matière de protection sociale.