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Entretien professionnel obligatoire : peut-on réclamer 3 000 euros sur son CPF si l’employeur l’a oublié ?

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Un salarié qui n’a jamais eu d’entretien professionnel se demande souvent s’il peut réclamer automatiquement 3 000 euros sur son compte personnel de formation. La réponse est plus stricte depuis l’arrêt rendu par la chambre sociale de la Cour de cassation le 21 janvier 2026 : l’absence d’entretien ne suffit pas toujours.

La décision intéresse directement les salariés qui découvrent, au moment d’un licenciement, d’une démission, d’une rupture conventionnelle ou d’un bilan de carrière, que leur employeur n’a jamais organisé l’entretien professionnel prévu par le Code du travail. Elle concerne aussi les employeurs qui pensent qu’un simple entretien annuel d’évaluation suffit à couvrir leur obligation.

Le sujet relève du droit du travail et de la formation professionnelle. L’enjeu est concret : savoir si le salarié peut obtenir l’abondement correctif de son CPF, quelles conditions doivent être prouvées, quels documents demander et quelle action engager si l’employeur refuse de régulariser.

Entretien professionnel oublié : l’abondement CPF n’est pas automatique

L’entretien professionnel, désormais appelé entretien de parcours professionnel, ne doit pas être confondu avec l’entretien annuel d’évaluation. L’entretien annuel regarde souvent la performance, les objectifs, les résultats et parfois la rémunération. L’entretien professionnel porte sur les perspectives d’évolution, les formations, les compétences, la qualification et le parcours du salarié.

Lorsque l’employeur oublie cet entretien, le salarié peut avoir un vrai grief. Mais pour obtenir l’abondement correctif du CPF, il faut vérifier un régime précis.

Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le Code du travail prévoit un abondement correctif lorsque les conditions légales sont remplies. Pendant longtemps, le contrôle se faisait sur une période de six ans. La réforme issue de la loi du 24 octobre 2025 a fait évoluer le dispositif vers l’entretien de parcours professionnel et une période de huit ans pour l’article L. 6323-13 du Code du travail.

Pour un litige portant sur une période antérieure, il faut donc regarder les textes applicables à la date des faits. Pour un dossier actuel, il faut aussi tenir compte de la réforme en cours et des règles transitoires, notamment pour les accords collectifs qui organisaient déjà la périodicité des entretiens.

Les deux conditions à prouver pour obtenir les 3 000 euros

La Cour de cassation, dans son arrêt du 21 janvier 2026, a confirmé un point essentiel : les conditions permettant l’abondement correctif sont cumulatives.

En pratique, le salarié doit vérifier au moins quatre questions.

Première question : l’entreprise employait-elle au moins 50 salariés pendant la période concernée ? Si l’entreprise est plus petite, l’abondement correctif de 3 000 euros n’est pas le bon fondement, même si un manquement de l’employeur peut parfois ouvrir une autre demande indemnitaire.

Deuxième question : le salarié a-t-il bénéficié des entretiens professionnels obligatoires ? Il ne suffit pas que l’employeur produise un compte rendu d’évaluation. Il faut regarder le contenu réel : évolution professionnelle, formation, qualification, perspectives, conseil en évolution professionnelle, validation des acquis, besoins de formation.

Troisième question : le salarié a-t-il bénéficié d’au moins une formation non obligatoire pendant la période de référence ? C’est souvent le point décisif. Une formation strictement nécessaire à l’exercice du poste ou imposée par une règle de sécurité ne se traite pas comme une formation de développement des compétences. Inversement, si le salarié a suivi une formation non obligatoire, l’employeur peut soutenir que la condition d’absence de formation n’est pas remplie.

Quatrième question : quelle version du texte s’applique ? Un dossier couvrant 2018-2024 ne se raisonne pas exactement comme un dossier ouvert après la réforme de 2025-2026. Il faut dater la période, les entretiens, les formations et l’éventuel état des lieux récapitulatif.

Ce que l’arrêt du 21 janvier 2026 change pour les salariés

L’arrêt de la Cour de cassation du 21 janvier 2026, n° 24-12.972, publié au Bulletin, portait sur un salarié qui demandait un abondement de son CPF parce qu’il n’avait pas bénéficié des entretiens professionnels obligatoires. La Cour a rejeté sa demande car il avait suivi au moins une formation non obligatoire pendant la période examinée.

Le message pratique est clair : l’absence d’entretien professionnel peut être fautive, mais elle ne déclenche pas mécaniquement le versement de 3 000 euros sur le CPF si l’autre condition fait défaut.

Cela ne veut pas dire que l’employeur est libre d’ignorer les entretiens. Cela signifie que le salarié doit choisir la bonne demande. Il peut parfois demander l’abondement correctif. Dans d’autres cas, il faudra plutôt démontrer un préjudice distinct : perte de chance d’évoluer, absence d’accès à une formation utile, stagnation professionnelle, impossibilité de préparer une reconversion, ou difficulté à retrouver un emploi après la rupture du contrat.

La stratégie prud’homale dépend donc des pièces. Une demande automatique et mal ciblée risque d’être rejetée. Une demande construite autour de la période, des formations réellement suivies et du préjudice concret a plus de chances d’être entendue.

Les pièces à demander avant de réclamer l’abondement CPF

Avant d’écrire à l’employeur ou de saisir le conseil de prud’hommes, il faut constituer un dossier simple et vérifiable.

Les pièces utiles sont notamment :

  • le contrat de travail et les avenants ;
  • les bulletins de paie permettant de reconstituer la période travaillée ;
  • les convocations aux entretiens professionnels, si elles existent ;
  • les comptes rendus d’entretien professionnel ;
  • les comptes rendus d’entretien annuel d’évaluation, pour montrer leur différence avec l’entretien professionnel ;
  • les attestations ou certificats de formation ;
  • l’historique CPF du salarié ;
  • les demandes de formation refusées ou restées sans réponse ;
  • les courriels avec le service RH, le manager ou l’employeur ;
  • l’accord d’entreprise ou de branche applicable, s’il prévoit une périodicité particulière ;
  • les documents remis lors d’une rupture conventionnelle, d’un licenciement ou d’un départ.

Le salarié peut aussi demander par écrit à l’employeur la copie de son dossier formation et des éléments relatifs aux entretiens professionnels. Cette demande doit rester précise. Une formule trop générale donne souvent lieu à une réponse incomplète.

Entretien annuel, entretien professionnel : la confusion fréquente

Beaucoup d’employeurs répondent : « vous avez eu un entretien annuel, donc l’obligation est remplie ». Ce n’est pas toujours exact.

Un entretien annuel d’évaluation peut avoir lieu le même jour qu’un entretien professionnel, mais les deux objets doivent être distingués. Si le document ne parle que d’objectifs, de performance, de notation, de chiffre d’affaires, de discipline ou de rémunération variable, il ne prouve pas nécessairement que l’employeur a traité le parcours professionnel du salarié.

À l’inverse, un document intitulé « entretien professionnel » ne suffit pas si son contenu est vide ou purement formel. Le juge regarde les éléments concrets : sujets abordés, formations proposées, souhaits du salarié, évolution du poste, adaptation à l’emploi, perspectives de qualification.

Pour le salarié, l’objectif n’est donc pas seulement de dire « je n’ai pas eu d’entretien ». Il faut montrer que l’employeur n’a pas réellement organisé le suivi professionnel prévu par les textes.

Quelle démarche adresser à l’employeur ?

La première étape consiste à écrire à l’employeur, idéalement par lettre recommandée ou par courriel conservé, en demandant les éléments suivants :

  • les dates des entretiens professionnels organisés pendant la période ;
  • les comptes rendus correspondants ;
  • la liste des formations suivies, avec leur nature obligatoire ou non obligatoire ;
  • la position de l’employeur sur l’abondement correctif du CPF ;
  • le cas échéant, la régularisation ou une proposition de règlement.

La demande doit éviter les affirmations trop catégoriques lorsque les pièces ne sont pas encore connues. Il vaut mieux écrire : « sauf élément contraire, je n’ai pas bénéficié des entretiens professionnels obligatoires » plutôt que d’avancer un montant sans analyse.

Si l’employeur refuse, ne répond pas ou produit des documents incomplets, le salarié peut envisager une saisine prud’homale. La demande peut viser l’abondement correctif lorsque les conditions sont réunies, ou des dommages-intérêts si le manquement a causé un préjudice distinct.

Que faire si une formation a bien été suivie ?

La présence d’une formation ne ferme pas toujours le dossier, mais elle impose une analyse fine.

Il faut distinguer les formations obligatoires et les formations non obligatoires. Une formation sécurité indispensable au poste, une habilitation imposée ou une formation conditionnant l’exercice de l’activité n’a pas le même effet qu’une formation choisie pour développer les compétences du salarié.

Si l’employeur invoque une formation, le salarié doit demander son intitulé, sa date, son programme, son caractère obligatoire ou non, l’organisme, la feuille d’émargement et l’objectif pédagogique. Une simple demi-journée d’information interne ne suffit pas toujours à établir une vraie action de formation au sens du litige.

Le point important est le suivant : si une formation non obligatoire a effectivement été suivie pendant la période, la demande d’abondement correctif peut devenir fragile. Dans ce cas, il faut se demander si une autre demande est plus pertinente : absence d’accompagnement, refus de formation qualifiante, absence d’évolution, discrimination, stagnation salariale ou perte de chance.

Après un licenciement ou une rupture conventionnelle : le bon moment pour agir

La question de l’entretien professionnel apparaît souvent au moment de la rupture du contrat. Le salarié relit son dossier, découvre qu’aucun entretien n’a été organisé, et veut ajouter cette demande à la contestation du licenciement ou à la négociation de départ.

Il faut alors éviter deux erreurs.

La première consiste à mélanger toutes les demandes sans hiérarchie. Une contestation de licenciement, une demande d’heures supplémentaires, une discrimination, un harcèlement moral ou un rappel de salaire ne se prouvent pas de la même manière qu’un manquement à l’entretien professionnel.

La seconde consiste à réclamer les 3 000 euros sans vérifier la formation. Depuis l’arrêt de janvier 2026, l’employeur opposera presque systématiquement les formations suivies. Il faut donc anticiper cet argument avant d’assigner ou de négocier.

Dans une négociation de rupture, le sujet peut toutefois être utile. L’absence de suivi professionnel pendant plusieurs années peut peser dans l’appréciation globale du dossier, surtout lorsque le salarié a été écarté des formations, maintenu sur un poste sans évolution ou licencié après une dégradation de ses compétences.

Salariés à Paris et en Île-de-France : quel conseil de prud’hommes saisir ?

Pour un salarié travaillant à Paris ou en Île-de-France, la juridiction compétente dépend généralement du lieu de travail, du domicile en cas de travail à domicile, ou du lieu où l’employeur est établi selon les règles prud’homales applicables.

En pratique, un dossier peut relever du conseil de prud’hommes de Paris, Bobigny, Nanterre, Créteil, Boulogne-Billancourt, Montmorency, Évry-Courcouronnes, Meaux ou d’une autre juridiction selon le lieu d’exécution du contrat. Le choix doit être vérifié avant la saisine, surtout en cas de télétravail, de mobilité, de multi-sites ou de siège social hors Île-de-France.

Avant de saisir, il est utile de préparer un tableau chronologique : date d’embauche, changements de poste, entretiens tenus ou absents, formations suivies, demandes refusées, rupture éventuelle et échanges RH. Ce tableau permet de distinguer ce qui relève de l’abondement CPF et ce qui relève d’une demande indemnitaire plus large.

Sources utiles pour vérifier le droit applicable

Les textes et décisions à contrôler sont principalement :

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