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Harcèlement scolaire : plainte, cyberharcèlement et recours des parents en 2026

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Le 7 mai 2026, le Défenseur des droits a publié une enquête qui donne un signal simple aux parents : les atteintes aux droits des enfants à l’école ne se résument pas à des conflits ordinaires entre élèves. Selon cette enquête, 35 % des parents interrogés rapportent qu’au moins un de leurs enfants a été harcelé, 16 % déclarent un cyberharcèlement, et 32 % évoquent un traitement inégalitaire par l’institution scolaire.

La question pratique est donc immédiate : que faire quand l’enfant est harcelé, humilié dans un groupe de messagerie, exclu, menacé, filmé, insulté, ou traité différemment par l’établissement ? Faut-il seulement écrire au collège ou au lycée ? Faut-il appeler le 3018 ? Porter plainte ? Saisir le rectorat, le Défenseur des droits, le juge civil, le juge pénal ?

La réponse courte est la suivante : les parents doivent agir sur deux plans en même temps. D’abord, obtenir une protection scolaire immédiate : rendez-vous avec la direction, trace écrite, protocole de prise en charge, référent harcèlement, mesures concrètes dans l’établissement. Ensuite, préserver les recours : plainte si les faits sont graves ou répétés, signalement des contenus numériques, constitution d’un dossier de preuves, demande d’indemnisation lorsque l’inaction de l’établissement a aggravé la situation.

Pourquoi l’enquête du 7 mai 2026 change la lecture du problème

L’enquête du Défenseur des droits ne crée pas un nouveau recours, mais elle modifie le contexte. Elle montre que les parents identifient massivement des situations de harcèlement, de cyberharcèlement et de différence de traitement à l’école. Elle souligne aussi que les recours institutionnels restent peu utilisés : 16 % en cas de différence de traitement et 7 % en cas de harcèlement ou de cyberharcèlement.

Ce point est essentiel pour les familles. Beaucoup de parents commencent par attendre une réponse informelle : une discussion avec un professeur, un échange dans le carnet, une promesse de surveillance. Cela peut suffire pour un incident isolé. Mais lorsque les faits se répètent, lorsque l’enfant ne veut plus aller en cours, lorsque les captures d’écran s’accumulent ou lorsque la direction minimise, il faut passer à une méthode écrite.

Le but n’est pas de judiciariser chaque difficulté scolaire. Le but est de ne pas laisser disparaître les dates, les alertes, les réponses et les absences de réponse. Dans un dossier de harcèlement scolaire, la chronologie devient souvent la pièce centrale : quand l’établissement a-t-il été informé ? Qu’a-t-il fait ? Quelles mesures ont été annoncées ? Ont-elles été exécutées ? Le harcèlement a-t-il continué après le signalement ?

Première étape : alerter l’établissement, mais par écrit

Le ministère de l’Éducation nationale recommande aux parents de prendre rendez-vous rapidement avec la direction de l’école, du collège ou du lycée. Cette démarche doit être faite, mais elle ne doit pas rester seulement orale.

Les parents peuvent demander un rendez-vous par mail, puis confirmer après l’entretien ce qui a été dit. Le message doit rester factuel. Il faut décrire les faits, les dates, les lieux, les noms connus, les témoins éventuels, les conséquences sur l’enfant et les demandes concrètes : protection dans la cour, changement de groupe, surveillance des trajets, entretien avec les élèves concernés, référent adulte, signalement dans le dispositif interne, information du référent harcèlement.

Service-public rappelle que la direction doit respecter un protocole de prise en charge. Lorsque le chef d’établissement est informé de faits pouvant constituer un harcèlement, il doit échanger avec le coordonnateur harcèlement, entendre l’élève, mettre en place des mesures de protection, informer les parents et suivre l’évolution de la situation.

Il ne faut pas écrire seulement : « mon enfant est harcelé ». Il faut donner au chef d’établissement de quoi agir et de quoi répondre. Un mail utile ressemble à une chronologie courte : telle insulte le 3 mai, telle bousculade le 6 mai, telle vidéo diffusée le 9 mai, tel refus d’aller au collège le 10 mai, telle consultation médicale le 11 mai.

Deuxième étape : appeler le 3018 et utiliser les référents harcèlement

Le 3018 est le numéro national pour les victimes de harcèlement scolaire et de violences numériques. Il est gratuit, anonyme et confidentiel, ouvert 7 jours sur 7 de 9 heures à 23 heures. Il peut orienter l’enfant et les parents, aider à qualifier la situation et conseiller sur les démarches à engager.

Ce numéro ne remplace pas la plainte et ne remplace pas l’établissement. Il sert à ne pas rester seul. Il peut aussi aider à réagir vite lorsque les faits circulent sur Snapchat, Instagram, TikTok, WhatsApp ou un groupe de classe.

Dans les collèges et lycées, le dispositif Phare prévoit des personnels formés et des élèves ambassadeurs. Les parents peuvent demander le nom du référent ou du coordonnateur harcèlement, puis solliciter un retour écrit sur les mesures prises. Cette demande est utile car elle oblige l’établissement à traiter la situation comme un sujet institutionnel, et non comme une dispute passagère.

Troisième étape : conserver les preuves avant qu’elles disparaissent

Le dossier doit être préparé dès le début. Les preuves les plus utiles sont souvent simples :

  • captures d’écran complètes, avec date, heure, nom du compte et URL lorsque c’est possible ;
  • messages, vocaux, commentaires, photos, vidéos, exclusions de groupe ;
  • mails envoyés à l’établissement et réponses reçues ;
  • certificats médicaux ou psychologiques lorsqu’ils existent ;
  • attestations de parents, camarades ou adultes qui décrivent des faits précis ;
  • bulletins ou relevés d’absences montrant une chute scolaire ou un décrochage ;
  • main courante, plainte ou récépissé de dépôt de plainte ;
  • chronologie des rendez-vous avec la direction, le CPE, le professeur principal ou le rectorat.

Pour le cyberharcèlement, il faut agir avant suppression. Signaler une publication à la plateforme peut être nécessaire, mais il faut d’abord conserver la preuve. Service-public indique que les réseaux sociaux disposent de mécanismes de signalement, et qu’un contenu illicite peut aussi être signalé à l’hébergeur. La victime peut en outre demander le déréférencement d’un contenu dans un moteur de recherche, avec des justificatifs.

Il faut éviter de répondre violemment aux auteurs ou à leurs parents. Service-public met en garde contre la tentation de gérer soi-même la situation en contactant directement l’auteur. Dans les dossiers les plus sensibles, cette initiative peut aggraver le conflit, provoquer des accusations croisées et brouiller les responsabilités.

Quand porter plainte pour harcèlement scolaire ?

La plainte devient nécessaire lorsque les faits sont répétés, graves, menaçants, violents, humiliants, diffusés en ligne, ou lorsqu’ils ont entraîné une dégradation réelle de l’état de l’enfant. La plainte peut être déposée au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur de la République.

Le harcèlement scolaire est une infraction. Service-public rappelle que la victime, par son représentant légal lorsqu’elle est mineure, peut porter plainte et se constituer partie civile. Le délai indiqué par Service-public est de 6 ans après les faits.

La plainte doit être précise. Elle doit éviter les généralités. Elle doit raconter les faits, joindre les preuves, identifier les auteurs connus, citer les témoins, décrire les conséquences sur l’enfant et mentionner les démarches déjà effectuées auprès de l’établissement. Si les faits se poursuivent malgré les alertes, il faut le dire clairement.

Lorsque le harcèlement est numérique, la plainte doit aussi viser les comptes, les pseudos, les liens, les groupes, les captures d’écran et les éventuelles demandes de retrait. Le cyberharcèlement peut être poursuivi même si les faits ont lieu hors de l’établissement, dès lors qu’ils s’inscrivent dans la vie scolaire et affectent l’enfant.

Que demander à l’établissement pendant l’enquête ou la plainte ?

Le dépôt de plainte ne suffit pas à protéger l’enfant le lendemain matin. Les parents doivent donc continuer à demander des mesures scolaires concrètes.

Selon la situation, il peut être demandé :

  • un adulte référent pour l’enfant ;
  • une surveillance renforcée aux temps de rupture : cour, cantine, sortie, vestiaires, transports ;
  • des entretiens séparés avec les auteurs présumés et les témoins ;
  • l’ouverture d’une procédure disciplinaire ;
  • une interdiction de contact dans l’établissement lorsque c’est possible ;
  • un changement de classe ou de groupe, si cette mesure protège réellement l’enfant ;
  • une intervention de l’équipe académique ou départementale si la situation persiste ;
  • un accompagnement médical, psychologique ou social.

La demande doit viser la protection, pas seulement la sanction. Une exclusion peut être utile, mais elle ne règle pas toujours les groupes de messagerie, les trajets ou les réseaux sociaux. Il faut donc raisonner en risques concrets : où les faits se produisent-ils ? Qui peut intervenir ? Quel adulte suit la situation ? À quelle date un point sera-t-il fait avec les parents ?

Et si l’école ou le collège ne fait rien ?

Lorsque la direction ne répond pas, minimise ou annonce des mesures qui ne sont pas exécutées, les parents peuvent escalader. La première étape consiste à écrire de nouveau, en rappelant les précédents signalements et en demandant une réponse datée. La deuxième peut être la saisine du rectorat ou des services académiques, avec les pièces.

Si l’inaction de l’établissement a aggravé le dommage, une action indemnitaire peut être discutée. Elle n’est pas automatique. Il faut prouver le harcèlement, les alertes, l’insuffisance des mesures et le préjudice. Ce type de recours se prépare avec méthode, car l’administration se défend souvent en soutenant qu’elle a réagi ou que les faits n’étaient pas établis.

Le Défenseur des droits peut aussi être saisi lorsque la situation révèle une atteinte aux droits de l’enfant, une discrimination ou un dysfonctionnement du service public. Cette voie ne remplace pas les procédures urgentes, mais elle peut être utile lorsque le dossier montre un blocage institutionnel.

Harcèlement, discrimination à l’école : faut-il distinguer les deux ?

Oui. Le harcèlement vise des violences répétées qui dégradent les conditions de vie de l’enfant. La discrimination vise un traitement défavorable fondé sur un critère protégé : handicap, état de santé, origine, couleur de peau, religion, apparence physique, sexe, orientation sexuelle, milieu social selon les situations traitées.

L’enquête du Défenseur des droits insiste sur les traitements inégalitaires par l’institution scolaire : notation, orientation, sanctions, manière de parler aux élèves. Pour les parents, cela change la preuve à réunir. Il ne suffit pas de dire que l’enfant est mal traité. Il faut comparer : quels autres élèves ont été traités autrement ? Quelle décision a été prise ? Sur quel critère l’enfant paraît-il ciblé ? Quels mails, bulletins, sanctions, refus d’aménagement ou propos le montrent ?

Dans certains dossiers, les deux dimensions se cumulent. Un enfant peut être harcelé par des élèves et ne pas être protégé correctement par l’établissement. Il peut aussi subir des moqueries liées au handicap ou à l’origine, puis une réponse institutionnelle insuffisante. Il faut alors structurer le dossier en deux colonnes : les faits entre élèves, et la réponse de l’institution.

Paris et Île-de-France : comment organiser les démarches ?

À Paris et en Île-de-France, les parents doivent souvent agir vite car les délais de rendez-vous, les trajets et les changements d’établissement compliquent la protection de l’enfant. Le réflexe utile est de préparer un dossier court, classé par date, avant toute consultation ou saisine.

Le dossier peut contenir :

  • une chronologie d’une page ;
  • les captures d’écran regroupées par date ;
  • les mails envoyés à l’établissement ;
  • les réponses de la direction ;
  • les certificats médicaux ;
  • les coordonnées des témoins ;
  • les démarches 3018, plateforme, rectorat, plainte ;
  • les demandes précises encore nécessaires pour protéger l’enfant.

Si les parents sont séparés, il faut également anticiper l’autorité parentale. En principe, les décisions importantes concernant l’enfant doivent être prises conjointement. Mais un parent ne doit pas rester inactif si l’enfant est en danger ou si l’autre parent minimise. Selon les cas, il peut être nécessaire de saisir le JAF, notamment si une décision sur la scolarité, la résidence ou les modalités de protection est bloquée. Notre article distinct sur le sujet traite du cas où des parents séparés veulent changer l’enfant d’école en urgence et saisir le JAF.

Pour le cadre général, vous pouvez également consulter notre page sur le droit de la famille à Paris et notre article sur l’autorité parentale et la résidence de l’enfant.

Les erreurs à éviter

La première erreur consiste à attendre que l’établissement règle seul la situation sans trace écrite. Une promesse orale ne permet pas de prouver l’alerte ni l’inaction.

La deuxième erreur consiste à ne garder que les captures d’écran les plus choquantes. Un dossier de harcèlement repose souvent sur la répétition. Les messages moins spectaculaires montrent la durée, l’isolement et l’accumulation.

La troisième erreur consiste à déposer plainte sans chronologie. La plainte doit être lisible. Un enquêteur doit comprendre rapidement qui a fait quoi, quand, où, avec quelles preuves et quelles conséquences.

La quatrième erreur consiste à confondre plainte pénale et protection scolaire. La plainte lance une enquête. Elle ne remplace pas les mesures immédiates à demander à l’établissement.

La cinquième erreur consiste à exposer l’enfant à des confrontations inutiles. Il faut protéger sa parole, limiter les répétitions traumatisantes et privilégier les professionnels compétents : médecin, psychologue, direction, référent harcèlement, enquêteur, avocat.

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