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IA et recrutement : que faire si votre CV a été refusé par un algorithme ?

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À partir du 2 août 2026, les systèmes d’intelligence artificielle utilisés pour recruter, trier des CV, classer des candidatures ou évaluer des candidats entrent dans une phase de contrôle plus concrète en Europe. Le sujet n’est plus réservé aux directions juridiques ou aux services RH. Il concerne le candidat qui reçoit un refus automatique sans comprendre pourquoi, le salarié qui postule à une mobilité interne et soupçonne un tri opaque, ou l’employeur qui utilise un outil de scoring sans avoir vérifié les critères réellement appliqués.

Le droit français n’a pas attendu le règlement européen sur l’intelligence artificielle pour encadrer le recrutement. Un recruteur ne peut pas demander n’importe quelle information, utiliser n’importe quelle méthode, ni écarter un candidat sur un critère protégé. La nouveauté tient surtout à la généralisation des outils automatisés : un algorithme peut reproduire une discrimination déjà présente dans les données, pénaliser un parcours atypique, écarter un candidat à cause d’un trou dans le CV, d’un âge estimé, d’une adresse, d’un handicap ou d’une formulation jugée « moins performante » par le logiciel.

Lorsqu’un candidat pense que son CV a été refusé par une IA, la bonne réaction n’est pas de demander une explication générale sur l’algorithme. Il faut identifier la décision contestée, les données utilisées, les critères qui peuvent révéler une discrimination, puis constituer un dossier exploitable devant le conseil de prud’hommes ou, dans certains cas, devant le juge pénal.

I. IA recrutement et CV refusé : quels droits demander au recruteur ?

Le premier réflexe consiste à distinguer trois situations. Dans la première, le candidat sait qu’un outil automatisé intervient parce que l’offre, le site carrière ou le recruteur le mentionne. Dans la deuxième, il ne le sait pas, mais le processus le laisse penser : réponse quasi instantanée, classement automatique, test standardisé, entretien vidéo analysé par logiciel, absence totale d’échange humain malgré une candidature parfaitement alignée avec l’offre. Dans la troisième, le candidat ne cherche pas seulement l’information : il soupçonne que le tri a joué contre lui en raison d’un critère interdit.

Ces trois situations ne se traitent pas de la même manière. Une demande trop large, qui réclame « le code source » ou « tous les critères de l’IA », sera souvent rejetée ou noyée dans une réponse technique. Une demande plus précise oblige le recruteur à se positionner : quelles informations ont été collectées, quelle méthode d’aide au recrutement a été utilisée, quels résultats ont été produits, qui a pris la décision finale, et quels éléments objectifs justifient le refus.

A. Le candidat peut demander quelles données et quelles méthodes ont été utilisées

Le droit du recrutement commence par une règle simple : les informations demandées à un candidat doivent rester liées au poste. L’article L1221-6 du Code du travail dispose que « Les informations demandées, sous quelque forme que ce soit, au candidat à un emploi ne peuvent avoir comme finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles ». Le même texte ajoute que « Ces informations doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé ou avec l’évaluation des aptitudes professionnelles ».

Cette règle s’applique aussi lorsque les informations sont collectées par un formulaire en ligne, un outil de matching, un chatbot de recrutement, une plateforme d’entretien vidéo ou un logiciel de tri de CV. Le support technique ne change pas la finalité juridique. Le recruteur doit pouvoir expliquer pourquoi chaque donnée demandée est utile au poste proposé. Un outil qui pondère l’adresse, l’âge supposé, la situation familiale, le rythme de réponse, le niveau d’aisance à l’oral ou la disponibilité immédiate peut devenir problématique si ces critères ne sont pas directement nécessaires à l’emploi.

L’article L1221-8 du Code du travail renforce cette exigence. Il prévoit que « Le candidat à un emploi est expressément informé, préalablement à leur mise en oeuvre, des méthodes et techniques d’aide au recrutement utilisées à son égard ». Il prévoit aussi que « Les résultats obtenus sont confidentiels » et que « Les méthodes et techniques d’aide au recrutement ou d’évaluation des candidats à un emploi doivent être pertinentes au regard de la finalité poursuivie ».

Dans un dossier d’IA appliquée au recrutement, cette phrase est centrale. Elle ne donne pas au candidat un droit abstrait à connaître toute l’architecture informatique de l’entreprise. Elle lui donne un levier pour demander si une méthode d’aide au recrutement a été utilisée, quand elle a été présentée, quelles données personnelles ont été traitées, et comment le résultat obtenu a pesé dans la décision. Lorsque le candidat n’a reçu aucune information avant le test ou l’entretien vidéo, l’employeur ou le cabinet de recrutement prend un risque probatoire.

Le comité social et économique dispose également d’un droit d’information lorsque l’entreprise utilise des méthodes d’aide au recrutement. L’article L2312-38 du Code du travail énonce que « Le comité social et économique est informé, préalablement à leur utilisation, sur les méthodes ou techniques d’aide au recrutement des candidats à un emploi ». Ce texte ne donne pas directement une action au candidat extérieur à l’entreprise. Il peut toutefois révéler une faiblesse du processus : si le CSE n’a jamais été informé d’un outil de tri automatisé utilisé pour les recrutements, la traçabilité interne sera plus difficile à défendre.

Le candidat peut donc adresser une demande sobre au recruteur. Il peut demander la confirmation de l’existence d’un traitement automatisé, la nature des données utilisées, la méthode d’évaluation, les résultats le concernant, les personnes ayant eu accès à ces résultats, et les critères professionnels retenus pour écarter sa candidature. Il doit conserver l’offre, la fiche de poste, les échanges avec le recruteur, les captures d’écran du portail de candidature, les courriels de refus, les tests passés et toute indication sur l’usage d’une IA.

La décision de la chambre sociale de la Cour de cassation du 18 juin 2025, n° 23-19.022, publiée sur Légifrance, a rappelé l’importance du droit d’accès aux données dans la relation de travail. La Cour était saisie d’un litige portant sur des courriels professionnels et des données personnelles. Même si cette décision ne concerne pas directement un tri de CV, elle illustre un mouvement utile au candidat : lorsqu’une décision RH repose sur des données, le débat contentieux porte de plus en plus sur l’accès, la traçabilité et la loyauté du traitement.

Pour un candidat, l’objectif n’est pas de démontrer immédiatement que l’algorithme a discriminé. Il s’agit d’obtenir assez d’éléments pour comprendre si le refus repose sur des critères professionnels. Un refus d’embauche reste libre lorsqu’il est fondé sur l’expérience, la compétence, la disponibilité réellement nécessaire au poste, le niveau de qualification ou l’adéquation au besoin de l’entreprise. Il devient contestable si le tri automatisé masque un critère interdit ou si la méthode utilisée n’a pas été portée à la connaissance du candidat.

B. Le refus automatique devient contestable lorsqu’il révèle une discrimination ou une méthode opaque

Le droit français prohibe la discrimination dès le stade du recrutement. L’article L1132-1 du Code du travail commence par une formule nette : « Aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement ou de nomination ou de l’accès à un stage ou à une période de formation en entreprise » pour un motif prohibé. Le texte vise notamment l’origine, le sexe, les moeurs, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, l’âge, la situation de famille, la grossesse, l’état de santé, le handicap, les opinions, les activités syndicales, la vulnérabilité économique ou le lieu de résidence.

Un algorithme de recrutement peut discriminer sans afficher un critère interdit. Il peut apprendre à partir de recrutements passés et défavoriser les profils qui ressemblent moins aux salariés déjà en place. Il peut pénaliser une interruption de carrière, une reconversion, une adresse située loin du siège, un parcours universitaire étranger, une formulation associée à un âge ou un handicap, ou encore une disponibilité réduite liée à une contrainte familiale. La discrimination ne se mesure donc pas seulement à ce que le logiciel demande explicitement. Elle se mesure aussi aux effets produits par les critères utilisés.

Le Code pénal donne une définition large. L’article 225-1 du Code pénal dispose que « Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques sur le fondement de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille » et d’autres critères protégés. L’article 225-2 du Code pénal vise notamment le fait de « refuser d’embaucher » une personne pour un motif discriminatoire. Ce terrain pénal reste plus exigeant, car il suppose de caractériser une discrimination entrant dans les cas prévus par le texte. Mais il ne doit pas être écarté lorsque le refus d’embauche révèle un critère prohibé net.

La discrimination liée au sexe ou à la situation familiale fait l’objet d’un texte particulier. L’article L1142-1 du Code du travail interdit notamment de « Mentionner ou faire mentionner dans une offre d’emploi le sexe ou la situation de famille du candidat recherché » et de « Refuser d’embaucher une personne » en considération du sexe, de la situation de famille ou de la grossesse. Un outil de recrutement qui favorise indirectement les profils masculins parce que les données historiques de l’entreprise sont majoritairement masculines peut donc créer une difficulté sérieuse, même si le mot « sexe » n’apparaît jamais dans l’interface.

La preuve est souvent le point décisif. Le candidat n’a pas toujours accès aux données internes de l’entreprise. Il peut toutefois réunir des éléments laissant supposer une discrimination : annonce mentionnant des critères discutables, questions posées sur la vie personnelle, incohérence entre son profil et le refus, absence d’explication malgré une adéquation forte au poste, témoignages d’autres candidats, répétition de refus sur un même profil, ou informations publiques sur l’outil utilisé.

L’article L1134-1 du Code du travail aménage la charge de la preuve. Il prévoit que le candidat présente des éléments laissant supposer l’existence d’une discrimination, puis que, « Au vu de ces éléments, il incombe à la partie défenderesse de prouver que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination ». Cette règle est essentielle dans les dossiers d’IA. Le candidat n’a pas à reconstituer seul le fonctionnement complet de l’algorithme. Il doit apporter des indices sérieux. Le recruteur doit ensuite justifier sa décision par des critères objectifs.

La décision contestée doit donc être documentée avec précision. Un candidat qui écrit seulement « l’IA m’a refusé » aura un dossier faible. Un candidat qui produit l’offre, son CV, la grille de compétences demandées, les messages du portail, la preuve d’un tri automatisé, les questions posées et les incohérences du refus crée un débat juridique plus solide. Il peut aussi demander si une intervention humaine a réellement examiné sa candidature ou si le refus a seulement repris le score de l’outil.

L’arrivée des obligations européennes sur les systèmes d’IA à haut risque renforce ce raisonnement. La CNIL rappelle que le règlement européen sur l’IA prévoit une application progressive et que le 2 août 2026 marque l’application de règles importantes relatives aux systèmes d’IA à haut risque. Les outils destinés au recrutement et à la sélection des personnes font partie des usages les plus sensibles. Cette actualité ne remplace pas le Code du travail. Elle donne un contexte supplémentaire : un recruteur qui utilise une IA de tri doit être capable d’expliquer et de contrôler son outil.

Dans la pratique, le meilleur angle d’attaque dépend du dossier. Si le candidat n’a pas été informé de l’outil, le débat porte d’abord sur l’information préalable et la pertinence de la méthode. Si le refus paraît lié à l’âge, au handicap, à la grossesse, à l’origine, au lieu de résidence ou à la situation familiale, le débat porte sur la discrimination. Si le candidat demande ses données et ne reçoit aucune réponse utile, le dossier peut aussi se déplacer vers la protection des données personnelles. Ces terrains peuvent se cumuler, mais ils doivent rester ordonnés.

II. Recours après un refus de CV par IA : quelles preuves réunir et quelle procédure engager ?

Un recours efficace commence avant toute mise en demeure. Le candidat doit d’abord figer les preuves. Les portails de recrutement changent vite, les annonces expirent, les interfaces disparaissent, les courriels automatiques se perdent. Une capture d’écran doit montrer l’adresse de la page, la date, le texte visible et, si possible, les étapes du parcours. Le CV envoyé doit être conservé dans la version exacte transmise au recruteur. Les réponses automatiques doivent être gardées avec leurs en-têtes, car elles peuvent révéler le logiciel ou le prestataire utilisé.

La démarche doit ensuite rester graduée. Une demande d’explication courtoise peut suffire à obtenir des informations utiles. Elle doit viser les textes applicables sans agressivité. Le candidat peut rappeler qu’il souhaite connaître les méthodes d’aide au recrutement utilisées à son égard, les données traitées, les résultats le concernant, et les raisons professionnelles ayant conduit au refus. Il peut ajouter qu’il conserve la possibilité d’agir si les éléments transmis révèlent une discrimination ou une méthode non pertinente.

A. Les preuves utiles ne sont pas seulement techniques : elles doivent montrer l’écart entre le poste et le refus

Dans un contentieux de recrutement automatisé, la preuve la plus utile n’est pas toujours une preuve informatique. Le candidat doit d’abord montrer que son profil correspondait objectivement aux critères affichés. Il faut comparer l’offre d’emploi et le CV transmis : diplôme demandé, expérience exigée, compétences techniques, secteur, langues, disponibilité, localisation, rémunération et contraintes particulières. Si le candidat remplit les critères essentiels et reçoit un refus instantané, l’incohérence mérite d’être exploitée.

La preuve peut ensuite porter sur les questions posées pendant le recrutement. Certaines questions sont neutres en apparence mais dangereuses dans leur usage. Une question sur la mobilité quotidienne peut révéler le lieu de résidence. Une question sur la disponibilité soir et week-end peut révéler une situation familiale. Une question sur les périodes d’interruption peut révéler une grossesse, une maladie ou un handicap. Le problème n’est pas seulement la question. Le problème est le lien direct et nécessaire avec le poste. C’est pour cette raison que l’article L1221-6 du Code du travail reste si important.

Le candidat doit aussi conserver les résultats des tests. Si un test de personnalité, un test vidéo, un questionnaire comportemental ou un outil d’évaluation a été utilisé, il faut demander le résultat individuel. L’article L1221-8 du Code du travail prévoit que les résultats sont confidentiels, ce qui interdit leur diffusion à des tiers non concernés. Cette confidentialité ne signifie pas que le candidat ne peut jamais obtenir d’information sur ce qui le concerne. Elle oblige surtout le recruteur à traiter ces résultats avec prudence.

Lorsque plusieurs candidats échangent entre eux, les comparaisons peuvent devenir utiles. Si des profils très proches sont traités différemment, ou si un groupe protégé semble systématiquement écarté, l’indice se renforce. Il faut toutefois éviter les accusations générales non documentées. Le juge attend des éléments concrets. Un tableau sobre peut suffire : date de candidature, poste, critères affichés, réponse reçue, information sur l’outil, élément suspect, pièce conservée.

La jurisprudence sociale sur la preuve de la discrimination donne une méthode. Le candidat ou le salarié présente des faits laissant supposer une discrimination ; l’employeur doit démontrer que sa décision repose sur des éléments objectifs. Ce n’est pas un renversement automatique gagné d’avance. C’est un mécanisme probatoire. Il impose au recruteur de sortir du silence lorsque les indices sont sérieux. Dans un recrutement par IA, ce silence peut devenir coûteux si l’entreprise ne sait pas expliquer les critères de tri.

La demande peut également viser le CSE lorsqu’il existe dans l’entreprise et que le candidat est déjà salarié, par exemple dans une mobilité interne. Un salarié refusé pour un poste interne peut interroger les représentants du personnel sur l’existence d’un outil d’aide au recrutement et sur l’information préalable prévue par l’article L2312-38 du Code du travail. Pour un candidat externe, cette voie est plus indirecte, mais elle peut être utile si un contentieux révèle que l’entreprise utilise massivement un outil sans gouvernance sociale.

Le recours doit enfin tenir compte des délais. En matière de discrimination, l’action prud’homale obéit à des règles particulières, notamment lorsque le litige se rattache à l’exécution ou à la rupture d’un contrat de travail. Pour un candidat non embauché, la qualification du litige doit être travaillée dès le départ. Il faut éviter de laisser s’écouler plusieurs mois sans demande écrite, car les données peuvent être supprimées selon les politiques de conservation du recruteur.

B. La mise en demeure, le conseil de prud’hommes et le signalement doivent être choisis selon le dossier

La première étape consiste souvent à envoyer une demande écrite au recruteur ou au délégué à la protection des données lorsqu’il est identifié. Le courrier doit rester factuel. Il rappelle la candidature, le poste, la date du refus, les indices laissant penser à l’usage d’un outil automatisé, puis demande les informations utiles. Il peut viser les articles L1221-6, L1221-8, L1132-1 et L1134-1 du Code du travail. Il peut aussi demander la conservation des données relatives à la candidature le temps de l’examen du litige.

Si la réponse confirme qu’un outil a été utilisé mais refuse toute explication, le candidat peut demander une motivation plus précise. Si la réponse nie l’existence d’une IA alors que les éléments disponibles montrent un tri automatisé, il faut conserver cette contradiction. Si la réponse fournit des critères objectifs cohérents avec le poste, le recours sera plus difficile. L’objectif n’est pas de transformer tout refus en contentieux. L’objectif est d’identifier les refus qui ne reposent pas sur une évaluation professionnelle loyale.

Le conseil de prud’hommes peut être saisi lorsque le litige relève de sa compétence, notamment pour une discrimination liée à l’accès à l’emploi ou à une mobilité professionnelle. Le candidat demandera alors la production de pièces, l’indemnisation du préjudice, et parfois la reconnaissance d’une discrimination. La demande doit être construite autour des faits : candidature, adéquation au poste, méthode utilisée, absence d’information, indices discriminatoires, refus d’explication, préjudice subi.

Le référé peut être envisagé lorsqu’il faut obtenir rapidement une pièce ou préserver une preuve. Dans certains dossiers, une mesure d’instruction peut être demandée avant tout procès au fond, notamment si le candidat dispose d’indices sérieux mais ne peut pas accéder seul aux documents internes. Cette stratégie suppose une préparation rigoureuse. Le juge n’ordonnera pas une exploration générale du système d’information de l’entreprise. Il faut demander des pièces ciblées : grille de tri, résultat individuel, critères de scoring, documentation d’information du candidat, notice transmise au CSE, identité du prestataire, durée de conservation des données.

Le signalement à la CNIL peut être pertinent lorsque le problème porte sur les données personnelles : absence d’information, refus d’accès, conservation excessive, décision automatisée mal expliquée, ou utilisation de données manifestement étrangères au poste. Le signalement au Défenseur des droits peut être pertinent lorsque le dossier révèle une discrimination. La voie pénale doit être réservée aux situations où le refus d’embauche paraît reposer sur un motif discriminatoire clairement identifiable. L’article 225-2 du Code pénal vise le refus d’embauche discriminatoire ; ce terrain est sérieux, mais il exige une preuve plus dense.

Le candidat doit aussi mesurer le préjudice demandé. Il peut s’agir d’une perte de chance d’obtenir le poste, d’un préjudice moral, d’un préjudice financier lorsque la candidature était très avancée, ou d’un préjudice lié à l’atteinte au principe de non-discrimination. Les montants varient selon les pièces. Un simple refus automatique sans élément discriminatoire identifié donnera rarement lieu à une indemnisation élevée. Un refus appuyé sur un critère prohibé, répété ou assumé, expose davantage le recruteur.

Pour l’employeur, la prévention passe par une documentation écrite. Il doit identifier les outils utilisés, vérifier les critères, informer les candidats, former les recruteurs, contrôler les résultats, prévoir une intervention humaine et conserver une preuve des décisions. Il doit aussi éviter de promettre que l’IA est « neutre ». Aucun outil ne l’est par nature. Le bon réflexe consiste à prouver que les critères sont professionnels, vérifiables et proportionnés au poste.

Pour le candidat, la stratégie tient en une phrase : demander les informations utiles avant d’accuser. Une demande précise oblige le recruteur à répondre sur le terrain du droit. Elle prépare le dossier si un recours devient nécessaire. Elle évite aussi de perdre du temps lorsque le refus repose réellement sur une compétence manquante ou sur un critère professionnel objectif.

Conclusion

Un CV refusé par une IA n’est pas automatiquement illégal. Le recrutement peut intégrer des outils numériques, des tests, des filtres et des méthodes d’évaluation. Mais ces outils doivent rester transparents, pertinents et non discriminatoires. Le candidat doit être informé des méthodes utilisées. Les données demandées doivent présenter un lien direct avec le poste. Le refus ne peut pas reposer sur l’âge, l’origine, le sexe, la grossesse, l’état de santé, le handicap, la situation familiale, les opinions ou un autre critère protégé.

Le bon dossier repose sur des preuves simples : l’offre, le CV envoyé, la réponse reçue, les captures d’écran du processus, les tests passés, les messages du recruteur, les indices d’automatisation et les éléments montrant que le profil correspondait au poste. À partir de ces pièces, le candidat peut demander des explications, solliciter ses données, saisir le conseil de prud’hommes lorsque la discrimination est sérieusement étayée, ou alerter la CNIL ou le Défenseur des droits selon la nature du blocage.

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