Le Plan santé au travail 2026-2030, présenté le 5 juin 2026, remet la prévention au centre des obligations de l’employeur. Il insiste notamment sur la santé mentale, les risques psychosociaux, les effets du dérèglement climatique, les accidents graves, les publics exposés et les mutations de l’organisation du travail. Pour un salarié, la question n’est pas théorique : si le document unique d’évaluation des risques professionnels, le DUERP, ne tient pas compte de la surcharge, de la chaleur, du télétravail isolé ou d’une nouvelle organisation, que peut-on faire ?
Le DUERP n’est pas un classeur administratif destiné à dormir dans un bureau. Il doit permettre d’identifier les risques, de les classer, puis de déclencher des actions de prévention. Lorsqu’il est absent, daté ou trop vague, il peut devenir une pièce importante dans un dossier de harcèlement, de burn-out, d’accident du travail, de droit de retrait, de sanction après alerte ou de manquement à l’obligation de sécurité.
DUERP 2026 : pourquoi la mise à jour devient un vrai sujet
L’employeur doit assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. C’est le socle de l’article L. 4121-1 du code du travail. Cette obligation comprend des actions de prévention, d’information, de formation, ainsi qu’une organisation et des moyens adaptés.
L’article L. 4121-2 du code du travail impose aussi des principes généraux de prévention : éviter les risques, évaluer ceux qui ne peuvent pas être évités, combattre les risques à la source, adapter le travail à l’homme, planifier la prévention en intégrant l’organisation du travail, les conditions de travail et les relations sociales.
Le DUERP est l’outil central de cette évaluation. L’article R. 4121-1 du code du travail prévoit que l’employeur transcrit et met à jour dans un document unique les résultats de l’évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs. Cette évaluation comprend un inventaire des risques dans chaque unité de travail, y compris les risques liés aux ambiances thermiques.
Le contexte de 2026 rend cette obligation plus concrète. Le lancement du Plan santé au travail 2026-2030 met l’accent sur la prévention primaire, les risques émergents, la santé mentale et la QVCT. Ce plan vise à préserver la santé des travailleurs face aux mutations du travail, dont le climat, les organisations et les risques psychosociaux.
Quand l’employeur doit-il mettre à jour le DUERP ?
La mise à jour du DUERP n’est pas seulement annuelle. L’article R. 4121-2 du code du travail prévoit trois hypothèses principales :
- au moins chaque année dans les entreprises d’au moins 11 salariés ;
- lors de toute décision d’aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail ;
- lorsqu’une information supplémentaire intéressant l’évaluation d’un risque est portée à la connaissance de l’employeur.
Cette dernière hypothèse est souvent décisive. Un signalement de surcharge, une alerte du CSE, une multiplication d’arrêts maladie, un épisode de forte chaleur, un accident, une réorganisation, une nouvelle cadence, un logiciel de suivi intrusif ou un passage massif au télétravail peuvent révéler un risque nouveau ou mal évalué.
Dans les entreprises de 50 salariés et plus, l’évaluation doit déboucher sur un programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail. Dans les entreprises de moins de 50 salariés, elle doit conduire à une liste d’actions de prévention et de protection. L’article L. 4121-3-1 du code du travail impose aussi la traçabilité collective des expositions et la conservation des versions successives.
Santé mentale et risques psychosociaux : ce qui doit être vérifié
Un DUERP sérieux ne peut pas se limiter aux risques visibles : chute, coupure, manutention, bruit, produits chimiques. La santé mentale fait partie de la santé au travail. Les risques psychosociaux doivent donc être évalués lorsqu’ils existent dans l’entreprise.
Les signaux à examiner sont notamment :
- charge de travail excessive ou objectifs irréalistes ;
- injonctions contradictoires ;
- pression permanente sur les délais ;
- isolement d’un salarié ou d’une équipe ;
- conflits répétés non traités ;
- alertes sur harcèlement moral ou sexuel ;
- contrôle numérique excessif ;
- horaires débordant sur le repos ;
- absence de remplacement pendant les congés ou arrêts maladie ;
- management brutal ou humiliant ;
- multiplication des arrêts pour anxiété, épuisement ou troubles du sommeil.
Le DUERP ne doit pas seulement nommer le risque. Il doit permettre de comprendre où il se situe, qui est exposé, dans quelles circonstances, avec quelles mesures de prévention. Un document qui se contente d’écrire « stress : faible » sans analyse des postes, des horaires, des objectifs et des alertes internes peut être contesté dans un dossier contentieux.
Pour un salarié, l’enjeu est pratique. Si l’employeur a été alerté et que rien n’a changé, le DUERP peut montrer soit une prévention sérieuse, soit au contraire une absence d’évaluation réelle. Il faut donc demander, quand c’est pertinent, la version applicable au moment des faits, les mises à jour, les comptes rendus CSE, les plans d’action et les échanges avec le service de prévention et de santé au travail.
Chaleur, canicule et ambiances thermiques : l’employeur doit anticiper
Les fortes chaleurs ne sont plus un simple inconfort. Elles doivent être traitées comme un risque professionnel lorsque les conditions de travail exposent les salariés. Le site officiel Entreprendre Service Public rappelle que les mesures de prévention contre la chaleur s’appliquent depuis le 1er juillet 2025 et que l’employeur doit intégrer le risque de fortes chaleurs dans le DUERP.
Les mesures attendues peuvent varier selon le poste : adaptation des horaires, pauses, eau potable fraîche, ventilation, réduction de l’exposition, protection contre le rayonnement solaire, équipements adaptés, information des salariés, organisation du travail en cas de vigilance météo.
Un salarié exposé à la chaleur doit conserver les éléments concrets :
- température constatée ou vigilance météo ;
- poste occupé, horaires, lieu de travail ;
- absence d’eau fraîche ou de pauses ;
- refus d’aménagement d’horaires ;
- malaise, certificat médical, passage aux urgences ;
- messages adressés à l’employeur ;
- photos des conditions de travail, lorsque c’est possible sans faute ;
- témoignages de collègues.
Si le risque est connu mais non évalué, l’absence de mise à jour du DUERP peut renforcer le dossier. Cela ne suffit pas toujours à gagner seul un contentieux, mais c’est un indice important du défaut de prévention.
Télétravail, isolement et outils numériques : les risques ne disparaissent pas à distance
Le télétravail ne retire pas l’employeur de ses obligations de sécurité. Les risques changent de forme : isolement, surcharge, droit à la déconnexion, troubles musculosquelettiques, contrôle numérique, difficultés de communication, confusion entre vie professionnelle et vie personnelle.
Le DUERP doit rester cohérent avec l’organisation réelle. Si une entreprise impose trois jours de télétravail, déploie un outil de suivi de productivité, supprime des réunions d’équipe, modifie les objectifs ou attend une disponibilité permanente sur messagerie, elle ne peut pas évaluer les risques comme si tout se passait encore exclusivement dans les locaux.
Dans les dossiers de burn-out, de sanction après refus de répondre hors horaires ou de harcèlement à distance, il faut regarder si l’employeur a identifié les risques liés à l’organisation numérique du travail. La prévention peut passer par des règles de joignabilité, des plages de repos, des points managériaux, une charge de travail mesurable, un canal d’alerte et des consignes claires sur l’usage des outils.
Le salarié peut-il demander le DUERP ?
Oui, le DUERP et ses versions successives doivent être conservés et tenus à disposition dans les conditions prévues par le code du travail. En pratique, un salarié peut demander l’accès au document ou aux extraits utiles à sa situation. Le CSE, lorsqu’il existe, joue aussi un rôle important : il contribue à l’évaluation des risques et est consulté sur le DUERP et ses mises à jour, conformément à l’article L. 4121-3 du code du travail.
La demande doit rester simple et traçable. Il faut éviter une formule trop générale du type « donnez-moi tous les documents ». Une demande utile peut viser :
- le DUERP en vigueur à la date des faits ;
- les mises à jour depuis la réorganisation ;
- la partie concernant l’unité de travail du salarié ;
- les actions de prévention décidées ;
- les comptes rendus CSE sur la santé, la sécurité et les conditions de travail ;
- les échanges avec le service de prévention et de santé au travail, lorsqu’ils sont communicables.
Si l’employeur refuse sans justification, ce refus peut être versé au dossier. Il peut aussi orienter vers le CSE, l’inspection du travail ou une demande judiciaire de communication de pièces.
Que faire si le DUERP est absent, ancien ou manifestement incomplet ?
Il faut d’abord qualifier le problème. L’absence totale de DUERP n’appelle pas la même stratégie qu’un DUERP existant mais trop général. Un document ancien n’a pas la même portée qu’un document mis à jour la veille d’un accident sans analyse réelle.
Première étape : écrire une chronologie. Date de la réorganisation, première alerte, incident, arrêt maladie, signalement, réponse de l’employeur, consultation du CSE, éventuel accident.
Deuxième étape : réunir les preuves. Les pièces les plus utiles sont les courriels d’alerte, messages Teams ou WhatsApp professionnels, comptes rendus de réunion, plannings, objectifs, certificats médicaux, déclarations d’accident, fiches de poste, attestations, photos, bulletins de paie lorsque les horaires ou primes sont en cause.
Troisième étape : demander une mise à jour ou une communication ciblée. La demande peut être adressée à l’employeur, au service RH, au CSE ou au référent santé sécurité selon l’organisation de l’entreprise.
Quatrième étape : choisir le bon canal. L’inspection du travail peut être saisie si le problème révèle une carence collective ou un risque professionnel non traité. Le conseil de prud’hommes est pertinent si le salarié demande une indemnisation, une résiliation judiciaire, la contestation d’une sanction, la remise de pièces ou la reconnaissance d’un manquement contractuel.
En urgence, le référé prud’homal peut être envisagé lorsqu’il faut faire cesser un trouble manifestement illicite ou obtenir une mesure conservatoire. Dans les situations les plus graves, il faut aussi vérifier les règles relatives au droit de retrait, à l’accident du travail, à la maladie professionnelle ou à la faute inexcusable.
Paris et Île-de-France : quelles démarches concrètes ?
À Paris et en Île-de-France, la compétence dépend du lieu de travail, de l’établissement concerné et de la nature de la demande. Pour un signalement santé-sécurité, le service compétent est en principe déterminé par l’établissement où le risque est constaté. Pour une action prud’homale, il faut raisonner avec le lieu de l’établissement, le lieu d’exécution du travail ou le domicile lorsque le travail est effectué hors établissement.
Dans les dossiers de télétravail, cette question peut devenir sensible : le salarié travaille parfois à domicile, dépend d’un établissement parisien, d’une direction située dans un autre département, et subit une organisation décidée au niveau national. Il faut donc identifier le bon défendeur, le bon conseil de prud’hommes et les pièces qui rattachent le litige à l’établissement.
Pour replacer la demande dans une stratégie plus large, vous pouvez consulter la page du cabinet consacrée aux avocats en droit social à Paris.
Les erreurs à éviter
La première erreur consiste à parler du DUERP sans savoir ce qu’on veut obtenir. Le document sert à prouver une carence de prévention, à demander une mise à jour, à appuyer une alerte, ou à préparer une action. L’objectif doit être clair.
La deuxième erreur est d’attendre l’accident. Un DUERP se discute avant le malaise, avant le burn-out, avant la sanction. Une alerte écrite avant les faits pèse souvent plus qu’une contestation tardive.
La troisième erreur est de confondre risque général et situation individuelle. Un salarié doit expliquer comment le risque l’expose concrètement : poste, horaires, charge, lieu, consignes, outils, incidents.
La quatrième erreur est de se limiter au DUERP. Un dossier solide croise le document unique avec les alertes, les mails, les attestations, les certificats médicaux, les décisions du CSE et les réponses de l’employeur.
La cinquième erreur est d’utiliser des accusations trop larges. Il vaut mieux écrire : « le DUERP n’a pas été mis à jour après le passage en horaires décalés du 15 mai 2026, malgré deux alertes sur la chaleur et un malaise » que « l’employeur met tout le monde en danger ».
Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.
Une consultation téléphonique peut être organisée sous 48 heures avec un avocat du cabinet.
Le cabinet peut vérifier si l’absence ou l’insuffisance du DUERP peut appuyer une alerte, un référé prud’homal, une action au fond, une contestation de sanction ou une demande d’indemnisation.
Appelez le cabinet au 06 89 11 34 45 ou utilisez la page contact du cabinet Kohen Avocats. Le cabinet intervient à Paris et en Île-de-France en droit du travail, notamment en santé au travail, harcèlement, surcharge, chaleur, télétravail, accident du travail, licenciement et contentieux prud’homal.
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