Porter plainte contre un médecin pour agression sexuelle : pénal, Ordre des médecins et preuves

Le 6 mai 2026, plusieurs médias ont rapporté l’ouverture d’une information judiciaire à Versailles après la garde à vue d’un médecin généraliste des Yvelines, mis en cause pour des viols et agressions sexuelles qui auraient été commis sur des patientes dans le cadre de consultations médicales. Selon Le Parisien, le parquet a visé des faits de viol et d’agression sexuelle par personne abusant de l’autorité conférée par ses fonctions, avec des réquisitions de contrôle judiciaire et d’interdiction d’exercer.

Cette actualité répond à une recherche très concrète : comment porter plainte contre un médecin, faut-il saisir la police, le procureur, l’Ordre des médecins, la commission d’indemnisation ou plusieurs voies à la fois ? La question est encore plus sensible lorsque les faits dénoncés sont sexuels, commis au cabinet, à l’hôpital ou pendant un examen médical.

La réponse pratique tient en quatre points. La plainte pénale sert à déclencher une enquête sur le viol ou l’agression sexuelle. La plainte ordinale sert à faire examiner le comportement déontologique du médecin. Le dossier médical et les preuves périphériques doivent être conservés rapidement. Enfin, il faut distinguer l’indemnisation du préjudice de la sanction pénale ou disciplinaire.

Un dépôt de plainte n’oblige pas à choisir immédiatement entre toutes les procédures. Dans un dossier de violences sexuelles alléguées par un patient ou une patiente, il est souvent utile de construire une stratégie en deux temps : protéger la preuve, puis choisir les saisines utiles sans affaiblir la procédure pénale.

Porter plainte contre un médecin : quelle voie choisir ?

Il existe plusieurs voies, qui ne poursuivent pas le même objectif.

La première est la plainte pénale. Elle peut être déposée au commissariat, à la gendarmerie ou adressée au procureur de la République. Elle vise les infractions pénales : viol, agression sexuelle, harcèlement, violences, abus de faiblesse, violation du secret médical ou faux certificat selon les faits.

La deuxième est la plainte devant l’Ordre des médecins. L’article L. 4123-2 du Code de la santé publique prévoit que le président du conseil départemental accuse réception de la plainte, informe le médecin mis en cause et convoque les parties à une réunion de conciliation dans le délai d’un mois. Si la plainte persiste, elle peut être transmise à la chambre disciplinaire.

La troisième est la voie indemnitaire. En cas de dommage lié à un acte médical, la commission de conciliation et d’indemnisation peut intervenir dans certains dossiers d’accident médical, d’infection nosocomiale ou d’affection iatrogène. Service-Public présente cette voie sur sa fiche relative à la commission de conciliation et d’indemnisation. Mais cette procédure n’est pas le coeur d’un dossier de violences sexuelles : elle ne remplace ni l’enquête pénale ni la plainte ordinale.

La quatrième est la procédure civile, notamment lorsque la victime cherche une expertise, une provision ou une réparation devant le juge. Elle se pense avec prudence, car une action civile mal préparée peut exposer inutilement des éléments alors que l’enquête pénale n’est pas terminée.

Agression sexuelle ou viol par un médecin : ce que dit le Code pénal

L’article 222-22 du Code pénal définit l’agression sexuelle comme une atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise, ou dans certains cas prévus par la loi concernant les mineurs.

L’article 222-23 du Code pénal définit le viol comme un acte de pénétration sexuelle ou un acte bucco-génital commis avec violence, contrainte, menace ou surprise.

Dans un cadre médical, la circonstance aggravante à vérifier est souvent l’abus de l’autorité que confèrent les fonctions. Pour le viol, l’article 222-24 du Code pénal prévoit une peine aggravée lorsque les faits sont commis par une personne abusant de l’autorité liée à ses fonctions. Pour l’agression sexuelle, l’article 222-28 du Code pénal prévoit également cette aggravation.

Cela ne signifie pas qu’une infraction est automatiquement constituée dès qu’un geste médical est vécu comme intrusif. En droit pénal, il faut analyser le geste, le contexte, l’information donnée, le consentement, la justification médicale, la vulnérabilité éventuelle, les propos tenus, la présence ou non d’un tiers, les antécédents de signalement et les autres témoignages.

La Cour de cassation contrôle cette qualification avec précision. Dans un arrêt du 25 janvier 2023, elle a censuré une condamnation parce que les juges n’avaient pas suffisamment précisé les atteintes sexuelles, ni caractérisé la violence, la contrainte, la menace ou la surprise, ni motivé la circonstance aggravante d’abus d’autorité liée aux fonctions. Voir Cass. crim., 25 janvier 2023, n° 22-82.990.

À l’inverse, dans un arrêt du 21 juin 2023 publié au Bulletin, la chambre criminelle a admis, dans un dossier visant un chirurgien et de très nombreuses victimes, que des patients mineurs confiés à un praticien pouvaient se trouver dans un rapport de dépendance lors de soins ou d’actes chirurgicaux, même temporairement. Voir Cass. crim., 21 juin 2023, n° 23-80.106.

Faut-il saisir l’Ordre des médecins en plus de la plainte pénale ?

Oui, dans beaucoup de dossiers, mais pas automatiquement le même jour ni avec le même contenu.

La plainte ordinale ne remplace pas la plainte pénale. L’Ordre ne condamne pas à une peine de prison et ne mène pas l’enquête pénale. En revanche, il peut examiner si le médecin a respecté les règles déontologiques : dignité de la personne, moralité, probité, secret professionnel, information du patient, comportement pendant l’examen, rédaction des certificats.

L’article R. 4127-3 du Code de la santé publique impose au médecin de respecter, en toutes circonstances, les principes de moralité, de probité et de dévouement indispensables à l’exercice de la médecine. L’article R. 4127-4 du Code de la santé publique rappelle le secret professionnel.

La jurisprudence ordinale du Conseil national de l’Ordre des médecins distingue les examens médicalement justifiés des comportements à connotation sexuelle ou non justifiés par l’état du patient. Le MCP Voyage-medical du cabinet a été interrogé sur trois axes : attouchements sexuels pendant examen clinique, comportement sexuel du médecin avec un patient, et articulation entre plainte ordinale, certificat et signalement. Les décisions identifiées confirment que les chambres disciplinaires examinent les gestes, leur justification médicale, l’information donnée au patient et les éléments de preuve disponibles. Aucune décision CNOM n’est citée mot pour mot ici, faute de vérification PDF officielle complète dans ce run.

Pour une victime, la prudence consiste donc à rédiger une plainte ordinale factuelle : dates, lieux, spécialité du médecin, raison de la consultation, gestes pratiqués, paroles prononcées, information donnée ou non, réaction immédiate, démarches ensuite entreprises. Il faut éviter les formules excessives et joindre les pièces utiles.

Quelles preuves réunir avant de déposer plainte ?

Le premier réflexe est de noter une chronologie. Il faut dater la consultation, indiquer le cabinet ou l’établissement, préciser si la consultation était programmée, urgente ou de suivi, et décrire les gestes dans l’ordre.

Le deuxième réflexe est de demander le dossier médical. La fiche Service-Public sur le dossier médical rappelle que le patient peut accéder aux informations de santé le concernant. Ce dossier peut contenir le motif de consultation, le compte rendu, les prescriptions, les examens demandés, les comptes rendus d’imagerie, les courriers adressés à d’autres praticiens et parfois des éléments horaires.

Le troisième réflexe est de conserver les preuves périphériques : rendez-vous Doctolib ou autre plateforme, SMS, mails, appels, ordonnance, feuille de soins, carte bancaire, témoignage d’une personne à qui les faits ont été racontés immédiatement, consultation ultérieure chez un autre médecin, certificat psychologique ou psychiatrique si un retentissement existe.

Le quatrième réflexe est de consulter rapidement une unité médico-judiciaire ou un médecin, surtout si les faits sont récents. L’objectif n’est pas de fabriquer une preuve, mais de constater l’état physique et psychologique, d’orienter vers les soins nécessaires et de conserver une trace.

Enfin, il faut éviter de contacter directement le médecin mis en cause pour obtenir des explications avant d’avoir pris conseil. Une conversation improvisée peut être mal comprise, non enregistrable dans des conditions sûres, ou utilisée contre la victime.

Que risque le médecin mis en cause ?

Sur le plan pénal, les risques dépendent de la qualification. Une agression sexuelle simple, une agression sexuelle aggravée, un viol, un viol aggravé ou une infraction connexe n’emportent pas les mêmes peines. Lorsque l’abus de l’autorité liée aux fonctions est retenu, le dossier change d’échelle.

Sur le plan procédural, l’enquête peut conduire à une garde à vue, une confrontation, une perquisition, une saisie de matériel, une expertise, une ouverture d’information judiciaire, une mise en examen, un contrôle judiciaire ou une interdiction d’exercer à titre de contrôle judiciaire. L’affaire des Yvelines illustre ce point : d’après la presse, le parquet de Versailles a requis un contrôle judiciaire avec interdiction d’exercer et interdiction de contact avec les victimes.

Sur le plan ordinal, les sanctions peuvent aller de l’avertissement à la radiation, en passant par le blâme ou l’interdiction temporaire d’exercer. L’issue dépend des faits retenus, de leur preuve, de leur gravité, de l’existence d’autres signalements, du comportement du médecin pendant la procédure et du risque pour les patients.

Il faut aussi rappeler la présomption d’innocence. Une plainte ou une mise en examen n’est pas une condamnation. Pour la victime, cela ne retire rien au droit de déposer plainte. Pour le médecin mis en cause, cela impose une défense construite, fondée sur le dossier médical, les éléments objectifs et les règles de preuve.

Paris et Île-de-France : où agir en pratique ?

Si les faits ont eu lieu à Paris, dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, les Yvelines, l’Essonne, le Val-d’Oise ou la Seine-et-Marne, la plainte pénale peut être déposée auprès d’un service de police ou de gendarmerie, ou adressée au procureur territorialement compétent.

La plainte ordinale se dépose auprès du conseil départemental de l’Ordre du lieu d’inscription du médecin. Pour Paris, le Conseil départemental indique qu’une personne peut porter plainte contre un médecin devant le conseil départemental, avec une procédure de conciliation.

En pratique, il faut préparer deux dossiers proches mais distincts. Pour le pénal : chronologie, qualification possible, preuves, identité du médecin, coordonnées des témoins, retentissement, demande d’actes utiles. Pour l’Ordre : manquements déontologiques, déroulement de la consultation, absence d’information, comportement, secret, certificats, pièces médicales.

Un avocat de victime d’agression sexuelle à Paris peut aider à éviter les contradictions entre ces deux démarches. Si la personne est au contraire mise en cause, un avocat en défense d’accusation d’agression sexuelle doit reprendre le dossier médical, les horaires, les gestes cliniques et les éléments de consentement ou de surprise allégués.

Ce que les contenus concurrents ne traitent pas assez

Le benchmark de ce run a porté sur trois pages françaises accessibles : Service-Public sur la commission d’indemnisation, le Conseil départemental de l’Ordre des médecins de Paris sur la plainte et le signalement, et un contenu d’avocat généraliste sur la plainte contre un médecin.

Ces contenus expliquent correctement les voies générales : indemnisation, conciliation ordinale, plainte, expertise. Leur limite est ailleurs : ils ne répondent pas directement à la situation d’une patiente ou d’un patient qui dénonce un geste sexuel dans un cabinet médical. Ils articulent peu le pénal, l’Ordre, l’accès au dossier médical, la preuve du geste, la circonstance aggravante d’abus d’autorité et l’interdiction d’exercer.

C’est précisément le besoin pratique après l’affaire des Yvelines : ne pas se perdre entre responsabilité médicale, plainte ordinale et plainte pénale. Un dossier de violences sexuelles alléguées contre un médecin n’est pas seulement un litige de soins. C’est un dossier pénal et disciplinaire qui doit être sécurisé dès les premières démarches.

Sources utiles

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