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Maître Hassan KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Hassan KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Prise d’empreintes en audition libre : peut-on refuser et que risque-t-on ?

Vous êtes convoqué au commissariat ou à la gendarmerie pour une audition libre. À la fin de l’audition, l’enquêteur demande vos empreintes, votre photographie, parfois d’autres relevés. Beaucoup découvrent à ce moment que l’audition n’est pas seulement un échange oral. Elle laisse des traces dans un procès-verbal, mais aussi dans des fichiers de police.

La bonne réaction n’est pas de répondre à chaud. Il faut d’abord comprendre trois choses : sous quel statut vous êtes entendu, quelle infraction est visée, et ce que l’enquêteur veut exactement relever. Une empreinte prise sans discussion peut ensuite nourrir un fichier. Un refus mal formulé peut créer une difficulté pénale secondaire. Une signature du procès-verbal sans observation peut rendre plus difficile la contestation ultérieure.

L’angle est donc pratique : que faire quand la demande arrive, que faut-il vérifier avant de donner ses empreintes, et comment éviter qu’une audition libre devienne un dossier mal maîtrisé.

Pourquoi les empreintes sont demandées pendant une audition libre

L’audition libre permet d’entendre une personne soupçonnée sans la placer en garde à vue. Le régime reste encadré par l’article 61-1 du Code de procédure pénale. La personne doit notamment être informée de l’infraction visée, de son droit de quitter les locaux, de son droit de se taire et, lorsque l’infraction est punie d’emprisonnement, de son droit à l’avocat.

Les relevés signalétiques relèvent d’un autre texte. L’article 55-1 du Code de procédure pénale permet à l’officier de police judiciaire de faire procéder, sous son contrôle, à des relevés comme les empreintes digitales, les empreintes palmaires ou les photographies, lorsqu’ils sont nécessaires à l’enquête et aux fichiers de police.

En pratique, ces relevés servent à plusieurs usages :

  • identifier la personne entendue ;
  • comparer ses traces avec celles trouvées dans le dossier ;
  • alimenter ou consulter les fichiers de police ;
  • conserver une trace de l’enquête si le parquet décide plus tard de poursuivre, de classer ou d’orienter vers une mesure alternative.

Le problème vient rarement de la prise matérielle des empreintes. Le vrai sujet est la suite : quel fichier, quelle durée de conservation, quelle conséquence si le dossier est classé, et quelle demande d’effacement pourra être faite ensuite.

Peut-on refuser la prise d’empreintes ?

La question est plus risquée qu’elle n’en a l’air. Une personne entendue librement peut quitter les locaux. C’est l’un des droits fondamentaux de l’audition libre. Mais le refus de se soumettre à des relevés ordonnés par l’officier de police judiciaire peut être poursuivi lorsque les conditions de l’article 55-1 sont réunies.

Le texte prévoit une peine d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende pour le refus, par une personne soupçonnée, de se soumettre aux opérations visées. Ce risque ne doit pas être traité comme une menace abstraite. Dans certains dossiers, le refus d’empreintes devient une infraction autonome, plus simple à prouver que l’infraction initialement reprochée.

Il existe toutefois une distinction importante. La personne entendue en audition libre n’est pas en garde à vue. Elle n’est pas retenue sous contrainte pour l’audition elle-même. Le Conseil d’État a rappelé, dans le prolongement de la décision constitutionnelle de 2023, que la prise d’empreintes ou de photographies sans consentement dans le cadre de l’audition libre a été censurée pour ce qui concerne la contrainte physique appliquée à ce statut. Autrement dit, il faut distinguer le risque pénal du refus et la possibilité d’imposer matériellement le relevé.

Pour une personne convoquée, cette nuance change la méthode. Il ne faut pas simplement dire « je refuse » puis partir. Il faut demander la base légale, faire préciser le statut, demander l’avocat si l’infraction permet son assistance, et faire inscrire les observations utiles au procès-verbal.

Les questions à poser avant toute empreinte

Avant de donner ses empreintes, la personne entendue ou son avocat doit obtenir des réponses précises.

Première question : suis-je entendu comme suspect ou comme témoin ? Un témoin simple n’est pas dans la même situation qu’une personne contre laquelle il existe des raisons plausibles de soupçonner une infraction. La notification des droits doit être cohérente avec le statut réel.

Deuxième question : quelle infraction est visée ? La convocation peut être vague. Le procès-verbal doit permettre de comprendre la qualification, la date et le lieu présumés des faits. Si l’infraction est punie d’emprisonnement, le droit à l’avocat doit être notifié.

Troisième question : quels relevés sont demandés ? Empreintes digitales, empreintes palmaires, photographie, prélèvement biologique, comparaison avec des traces : ces actes ne se confondent pas. Le fichier concerné n’est pas toujours le même.

Quatrième question : l’acte est-il nécessaire à l’enquête ? Une demande automatique, sans lien avec les faits, doit être interrogée. Dans un dossier de violences, de vol, de stupéfiants ou de dégradation, la logique peut être différente selon l’existence de traces à comparer.

Cinquième question : que va mentionner le procès-verbal ? C’est souvent le point décisif. Le PV ne doit pas transformer une demande de temps, d’avocat ou d’explication en refus sec et hostile. Les mots utilisés dans le PV peuvent ensuite peser plus que l’échange oral.

Pourquoi l’avocat doit intervenir avant la signature du PV

L’audition libre donne parfois une fausse impression de simplicité. La personne est venue seule. Elle n’est pas menottée. Elle pense pouvoir « expliquer ». Puis la situation se déplace : questions suggestives, confrontation avec une plainte, demande d’empreintes, signature d’un procès-verbal, puis attente de plusieurs mois.

L’avocat intervient à trois moments.

D’abord avant l’audition, pour identifier le risque. Une convocation pour « affaire vous concernant » ne dit pas tout. Le cabinet peut préparer une stratégie de silence, de déclarations courtes, de production de pièces ou de demande de report.

Ensuite pendant l’audition, lorsque l’infraction est punie d’emprisonnement. L’avocat vérifie la notification des droits, la formulation des questions, le respect du droit au silence, et la manière dont les réponses sont retranscrites.

Enfin au moment des relevés. Si les empreintes ou la photographie sont demandées, l’avocat peut faire inscrire que la personne demande la base légale, qu’elle entend exercer son droit de quitter les locaux si elle n’est plus d’accord avec les conditions de l’audition, ou qu’elle sollicite que la difficulté soit actée sans formulation aggravante.

Ce travail n’est pas de pure forme. Dans un dossier pénal, le procès-verbal devient la première pièce lue par le parquet, puis parfois par le tribunal.

Les erreurs fréquentes quand les empreintes sont demandées

La première erreur consiste à croire que l’audition libre ne produit aucune conséquence. C’est faux. Les déclarations peuvent être utilisées. Les relevés peuvent être conservés. Le parquet peut poursuivre plusieurs mois après.

La deuxième erreur consiste à refuser de manière brutale, sans demander l’avocat ni faire préciser les textes. Cette réaction peut créer une infraction distincte ou donner au dossier une tonalité défavorable.

La troisième erreur consiste à signer trop vite. Le PV doit être relu ligne par ligne. Si une phrase est inexacte, il faut demander sa correction. Si la correction est refusée, il faut demander que l’observation soit ajoutée. Refuser de signer n’efface pas le PV, mais une signature sans observation rend la contestation plus difficile.

La quatrième erreur consiste à attendre le classement sans suite pour agir. Si le dossier alimente un fichier, il faudra ensuite organiser une demande d’effacement. Cette demande se prépare avec les pièces de procédure, l’avis de classement, la décision de relaxe ou la décision de non-lieu. Sur ce point, l’article sur l’effacement TAJ après classement sans suite complète utilement la stratégie de sortie.

La cinquième erreur consiste à confondre TAJ, empreintes et ADN. Les fichiers n’ont pas les mêmes règles. Une photographie, une mention d’antécédent, une empreinte digitale et une trace biologique ne soulèvent pas les mêmes démarches.

Que faire si les empreintes ont déjà été prises ?

Il faut repartir du dossier, pas du ressenti.

Première étape : récupérer ou demander les pièces disponibles. Convocation, procès-verbal d’audition, mention des droits, référence de l’infraction, récépissé ou avis de classement s’il existe. Sans documents, la discussion reste trop vague.

Deuxième étape : vérifier la régularité du statut. La personne a-t-elle été informée de son droit de quitter les locaux ? A-t-elle demandé un avocat ? L’infraction était-elle punie d’emprisonnement ? La demande de relevés a-t-elle été expliquée ?

Troisième étape : suivre la décision du parquet. L’issue peut être un classement sans suite, une composition pénale, une ordonnance pénale, une convocation devant le tribunal correctionnel, une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, ou une poursuite plus lourde.

Quatrième étape : préparer l’effacement éventuel. Si le dossier se termine favorablement, il faut analyser la demande d’effacement auprès de l’autorité compétente. Si le dossier est encore ouvert, la priorité peut être de sécuriser la défense pénale avant d’engager une démarche de fichier.

Et si l’audition libre se transforme en garde à vue ?

La demande d’empreintes peut arriver dans un climat tendu. La personne veut partir. L’enquêteur estime que l’enquête doit continuer. Le statut peut alors basculer vers la garde à vue si les conditions légales sont réunies.

Ce basculement n’est pas automatique. Vouloir garder le silence ou demander un avocat ne suffit pas, en soi, à justifier une garde à vue. Mais la garde à vue peut être décidée si l’officier de police judiciaire estime qu’elle répond à l’un des objectifs légaux : poursuivre les investigations, empêcher une pression sur les témoins, éviter une concertation, garantir la présentation devant le procureur, ou prévenir le renouvellement de l’infraction.

Dans cette hypothèse, il faut immédiatement demander l’avocat. Le régime des droits change. Le droit à un entretien confidentiel, l’accès à certaines pièces, l’assistance pendant les auditions et les observations écrites deviennent centraux.

Pour les dossiers parisiens, le satellite consacré à la prise d’empreintes en audition libre à Paris et en Île-de-France détaille les réflexes pratiques selon le lieu de convocation.

La méthode à suivre avant l’audition

Avant de vous présenter, rassemblez les éléments simples :

  • la convocation ou le message reçu ;
  • le nom du commissariat ou de la brigade ;
  • le nom de l’enquêteur si vous l’avez ;
  • les faits que vous pensez concernés ;
  • les messages, documents, justificatifs ou témoins utiles ;
  • les antécédents éventuels de plainte, classement, composition pénale ou condamnation.

Ensuite, il faut décider de la ligne. Parler sans stratégie est rarement utile. Se taire sans explication peut aussi être mal compris si des pièces à décharge existent. La bonne ligne dépend du dossier : parfois une déclaration courte suffit, parfois il faut produire des pièces, parfois il faut demander un report, parfois il ne faut rien déclarer avant d’avoir accès au dossier.

La prise d’empreintes doit être intégrée à cette stratégie. Elle n’est pas un détail administratif. Elle peut devenir le point de départ d’une discussion sur les fichiers, l’effacement, l’image professionnelle, la mobilité, les agréments ou la suite de l’enquête.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier

Le cabinet peut relire votre convocation, préparer l’audition libre et vous assister si une demande d’empreintes, de photographie ou de relevés est envisagée.

Une consultation téléphonique peut être organisée sous 48 heures avec un avocat du cabinet afin d’identifier le risque pénal, la stratégie de déclaration et les suites possibles sur les fichiers.

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