Non-assistance à personne en danger : signaler des violences sur mineur après l’affaire Cash Investigation

Une plainte annoncée mi-avril 2026 contre l’équipe de l’émission Cash Investigation, après la diffusion d’une enquête sur des violences présumées dans le périscolaire parisien, a remis au centre du débat une question très concrète : que risque une personne qui voit, filme, reçoit ou conserve des éléments laissant penser qu’un enfant subit des violences, mais qui ne les transmet pas tout de suite aux autorités ?

La réponse dépend de la situation. Il ne faut pas confondre la non-assistance à personne en danger, la non-dénonciation de mauvais traitements sur mineur, le signalement au 119, l’information préoccupante adressée à la CRIP et la plainte au procureur de la République.

Le point commun est simple : lorsqu’un mineur est exposé à un danger actuel ou à des violences connues, l’attente peut devenir pénalement risquée. Elle peut aussi compromettre la preuve, la protection de l’enfant et la suite de l’enquête.

Réponse rapide : que faire si un enfant semble en danger ?

Si le danger est immédiat, il faut appeler les secours ou les forces de l’ordre. Le 17, le 112, les pompiers ou le SAMU peuvent être nécessaires selon la situation. Le 119 est le numéro national de l’enfance en danger. Il est gratuit, confidentiel et joignable 24 heures sur 24.

Si la situation n’est pas une urgence vitale mais révèle des violences, négligences, agressions sexuelles, privations ou humiliations répétées, il faut signaler. Le signalement peut passer par le 119, par la cellule départementale de recueil des informations préoccupantes, appelée CRIP, ou directement par un courrier au procureur de la République lorsque les faits sont graves.

Le signalement ne suppose pas de prouver l’infraction comme le ferait un tribunal. Il faut transmettre des faits datés, concrets et vérifiables : ce qui a été vu, entendu, reçu, filmé, constaté, avec les noms connus, les dates, les lieux et les éléments conservés.

En revanche, il ne faut pas inventer, grossir ou présenter comme certain ce qui n’est qu’une hypothèse. Le droit protège le signalement utile. Il sanctionne aussi la dénonciation volontairement mensongère.

Non-assistance à personne en danger : l’article 223-6 du Code pénal

La requête la plus cherchée par les internautes est “non assistance à personne en danger”. Google Ads mesure environ 2 900 recherches mensuelles en France sur cette formulation, avec une concurrence faible et un CPC haut autour de 2 euros. C’est donc la formulation à reprendre, mais elle ne couvre pas toutes les situations de signalement.

L’article 223-6 du Code pénal vise deux comportements.

Le premier concerne la personne qui peut empêcher immédiatement, sans risque pour elle ou pour les tiers, un crime ou un délit contre l’intégrité corporelle d’une personne, mais qui s’abstient volontairement d’agir.

Le second concerne la personne qui s’abstient volontairement de porter secours à une personne en péril, alors qu’elle pouvait le faire sans risque, soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours.

La peine de principe est de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Elle monte à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende lorsque la personne en péril est un mineur de quinze ans.

En pratique, ce texte vise les situations d’urgence. Une personne voit un enfant se faire frapper. Elle peut appeler la police. Elle ne le fait pas. Une personne constate un malaise, une blessure ou un danger grave. Elle peut provoquer les secours. Elle choisit de ne rien faire.

La difficulté porte souvent sur trois points : le danger était-il actuel ? La personne avait-elle conscience du péril ? Pouvait-elle agir sans risque sérieux pour elle-même ou pour un tiers ?

Non-dénonciation de mauvais traitements sur mineur : l’article 434-3 du Code pénal

La situation est différente lorsqu’une personne apprend l’existence de violences ou de mauvais traitements sans être directement face à une urgence immédiate. C’est ici que l’article 434-3 du Code pénal devient central.

Ce texte punit le fait, pour une personne ayant connaissance de privations, mauvais traitements, agressions ou atteintes sexuelles infligés à un mineur ou à une personne vulnérable, de ne pas informer les autorités judiciaires ou administratives.

La peine est de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Lorsque les faits concernent un mineur de quinze ans, elle monte à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.

Ce texte ne suppose pas forcément que la personne ait assisté à la scène. Elle peut avoir eu connaissance de faits par une vidéo, un message, un témoignage précis, des confidences répétées ou des documents. Plus les éléments sont concrets, plus l’inaction devient difficile à justifier.

La personne n’a pas à mener elle-même l’enquête. Elle n’a pas à interroger l’enfant, confronter l’adulte mis en cause ou organiser une expertise privée. Elle doit transmettre aux autorités ce qu’elle sait, avec prudence et exactitude.

119, CRIP, procureur : quel canal choisir ?

Le Service-Public rappelle que toute personne témoin ou soupçonnant qu’un enfant est en danger doit signaler les faits. Cela peut concerner un parent, un voisin, un professionnel, un membre d’une association, un animateur, un enseignant, un proche ou un tiers qui reçoit une vidéo.

Le 119 est adapté quand il faut évaluer une situation, signaler une inquiétude ou demander une orientation rapide. Le service peut transmettre une information préoccupante aux services du département lorsque la situation l’exige.

La CRIP est le canal administratif de protection de l’enfance. Elle reçoit les informations préoccupantes et permet une évaluation sociale. Elle est utile lorsque le danger doit être analysé dans le cadre de la protection de l’enfance.

Le procureur de la République doit être saisi lorsque les faits paraissent très graves : violences répétées, agression sexuelle, privation grave, menace, séquestration, mise en danger immédiate ou faits commis par une personne ayant autorité sur le mineur.

Le signalement peut être fait par écrit. Il doit être factuel. Une chronologie courte vaut mieux qu’une accusation générale. Il faut indiquer les éléments conservés : vidéos, captures d’écran, messages, dates, témoins, lieux, identité des personnes connues.

Professionnels, associations, médias : le risque n’est pas le même qu’un simple doute

L’actualité du périscolaire parisien montre une zone sensible : que faire lorsque des images ou témoignages sont détenus avant leur diffusion publique ?

Sur le plan pénal, tout dépend de ce que la personne savait réellement, de la gravité apparente des faits, du délai écoulé, des démarches accomplies et de la possibilité d’alerter sans compromettre la sécurité de l’enfant.

Un journaliste, un responsable associatif, un directeur d’établissement, un éducateur ou un professionnel de santé ne se trouve pas dans la même position qu’une personne qui entend une rumeur vague. Lorsqu’il existe des images, des témoignages circonstanciés ou des alertes répétées, le dossier change de nature.

Le secret professionnel peut compliquer l’analyse. L’article 226-14 du Code pénal prévoit toutefois des cas dans lesquels le secret ne s’applique pas au signalement de privations, sévices, agressions ou atteintes sexuelles, notamment lorsqu’ils concernent un mineur ou une personne vulnérable.

Il faut donc éviter deux erreurs. La première consiste à ne rien transmettre parce que le dossier n’est pas “certain”. La seconde consiste à diffuser publiquement des accusations nominatives avant tout signalement utile, au risque d’exposer l’enfant, de dégrader la preuve et de créer un contentieux parallèle.

Quelle différence avec une plainte pour dénonciation calomnieuse ?

Signaler un enfant en danger n’autorise pas à accuser sans base factuelle. Le Service-Public rappelle que l’alerte volontairement mensongère peut relever de la dénonciation calomnieuse.

La différence tient à la bonne foi et à la précision du signalement. Une personne peut se tromper de bonne foi si elle transmet des faits objectivement préoccupants. Elle prend un risque lorsqu’elle affirme comme certains des faits qu’elle sait inexacts, ou lorsqu’elle modifie volontairement la chronologie pour faire accuser quelqu’un.

Dans une lettre de signalement, il faut donc distinguer trois niveaux.

Premier niveau : les faits constatés personnellement. Exemple : “J’ai vu l’enfant sortir de la salle en pleurant le 12 avril à 17 h 10.”

Deuxième niveau : les propos rapportés. Exemple : “L’enfant m’a dit que…”

Troisième niveau : les pièces disponibles. Exemple : “Une vidéo reçue le 14 avril montre…”

Cette méthode protège le mineur, mais aussi l’auteur du signalement.

Que risque la personne accusée de non-assistance ou de non-dénonciation ?

Une enquête peut commencer par une plainte, un signalement au parquet ou une transmission administrative. La personne mise en cause peut être entendue en audition libre ou placée en garde à vue si les conditions légales sont réunies.

Dans ce type de dossier, la défense porte rarement sur un seul point. Il faut vérifier la date exacte de connaissance des faits, le contenu des informations reçues, la gravité apparente, les démarches déjà accomplies, les contraintes professionnelles, les échanges internes et les risques liés à une alerte immédiate.

Une personne peut aussi démontrer qu’elle a agi : appel au 119, transmission à la hiérarchie, information au procureur, saisine de la CRIP, appel aux secours, conservation des éléments et absence de volonté de dissimulation.

L’erreur fréquente consiste à préparer sa défense trop tard. Quand les faits concernent un mineur, les enquêteurs recherchent la chronologie précise : qui savait quoi, depuis quand, et pourquoi l’autorité compétente n’a pas été saisie plus tôt.

Paris et Île-de-France : à qui écrire en pratique ?

À Paris et en Île-de-France, l’urgence commande d’abord les mêmes réflexes qu’ailleurs : 17, 112 ou 119 selon la situation.

Pour un signalement écrit, le procureur territorialement compétent est en principe celui du lieu des faits. À Paris, il s’agit du tribunal judiciaire de Paris. En petite couronne ou grande couronne, il faut identifier le tribunal judiciaire du département concerné.

Pour une information préoccupante, le canal départemental dépend du lieu de résidence ou de prise en charge de l’enfant. Il peut s’agir de Paris, des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, des Yvelines, de l’Essonne, du Val-d’Oise ou de la Seine-et-Marne.

Dans un dossier sensible, il est préférable de préparer un signalement court, daté, sourcé, avec les pièces jointes utiles. Un avocat peut aider à éviter les formulations excessives, à protéger les pièces et à choisir entre CRIP, parquet et plainte avec constitution de partie civile lorsque l’inertie persiste.

Les pièces à conserver avant de signaler

Il faut conserver les messages originaux, captures d’écran, vidéos, métadonnées disponibles, noms des témoins, dates de réception, échanges avec la hiérarchie et preuves d’appel ou de transmission.

Il ne faut pas modifier les fichiers, couper une vidéo ou supprimer des passages gênants. Si une copie est transmise, l’original doit rester disponible.

Il faut aussi garder la preuve de l’alerte : accusé de réception, courriel envoyé, récépissé, numéro d’appel, nom du service contacté, date et heure.

Cette traçabilité devient décisive si une plainte ultérieure reproche une non-assistance, une non-dénonciation ou une inertie fautive.

Ce qu’il faut retenir

La non-assistance à personne en danger vise l’urgence : une personne pouvait agir ou appeler les secours face à un péril actuel, mais ne l’a pas fait.

La non-dénonciation de mauvais traitements sur mineur vise la connaissance de privations, violences, agressions ou atteintes sexuelles subies par un enfant ou une personne vulnérable, lorsque les autorités ne sont pas informées.

Le signalement doit être rapide, factuel et vérifiable. Il ne doit pas se transformer en accusation publique incontrôlée. La bonne stratégie consiste à protéger l’enfant, préserver les preuves et saisir le bon canal.

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