Quand un arrêt maladie dure, la question n’est plus seulement de savoir si la CPAM verse des indemnités journalières.
Après plusieurs semaines, le salarié découvre souvent un autre problème : la prévoyance d’entreprise devait compléter la perte de salaire, mais rien n’arrive. L’employeur renvoie vers l’assureur. L’assureur réclame des pièces. Le service paie répond que le dossier est en cours. Pendant ce temps, le salaire baisse.
Cette situation est fréquente dans les arrêts maladie longs, les arrêts liés à une affection lourde, les burn-out, les rechutes, les accidents non professionnels et les dossiers où le salarié ne comprend plus la différence entre IJSS, maintien employeur et prévoyance.
La réforme de 2026 sur la durée des arrêts de travail rend ce suivi encore plus important. Le décret n° 2026-498 du 12 juin 2026 encadre, à compter du 1er septembre 2026, la durée des prescriptions et prolongations d’arrêt maladie. Cette réforme ne supprime pas les droits à prévoyance, mais elle multiplie les moments où une erreur de transmission peut bloquer la chaîne de paiement.
Le salarié doit donc agir vite, par écrit, et demander les bons documents.
Prévoyance, IJSS et maintien de salaire : trois paiements différents
Les indemnités journalières de sécurité sociale sont versées par la CPAM lorsque les conditions sont réunies.
Le maintien de salaire légal ou conventionnel relève de l’employeur. L’article L. 1226-1 du Code du travail prévoit une indemnité complémentaire pour le salarié ayant une année d’ancienneté, dont l’absence est justifiée par une incapacité constatée par certificat médical, pris en charge par la sécurité sociale, et ayant justifié son incapacité dans les quarante-huit heures, sauf exceptions.
L’article D. 1226-1 du Code du travail prévoit, sauf règle plus favorable, 90 % de la rémunération brute pendant les trente premiers jours, puis deux tiers pendant les trente jours suivants. L’article D. 1226-2 augmente ces durées selon l’ancienneté, par périodes entières de cinq ans, dans certaines limites.
La prévoyance collective intervient à un autre niveau. Elle dépend d’un contrat collectif, d’un accord d’entreprise ou d’une convention collective. Elle peut compléter les IJSS et le maintien employeur afin de garantir une partie du salaire pendant l’incapacité temporaire de travail.
Ces trois niveaux ne se remplacent pas automatiquement. Une erreur sur l’un peut bloquer les autres. Un retard d’IJSS peut empêcher le calcul de la prévoyance. Une attestation de salaire absente peut retarder la CPAM. Une notice de prévoyance non communiquée peut empêcher le salarié de connaître ses droits.
Comment savoir si vous avez droit à une prévoyance ?
Le premier document à vérifier est le bulletin de paie.
Il peut mentionner une ligne de cotisation prévoyance, incapacité, invalidité, décès, régime complémentaire ou organisme assureur. Cette ligne ne suffit pas toujours à connaître les garanties, mais elle donne un indice important.
Le deuxième document est la convention collective. Certaines branches imposent une couverture prévoyance, parfois avec un relais après une période de maintien de salaire employeur. D’autres prévoient des garanties différentes selon l’ancienneté, le statut cadre ou non cadre, ou la nature de l’arrêt.
Le troisième document est la notice d’information. Elle doit expliquer les garanties, les conditions, les exclusions, les délais de carence, les pièces à fournir et le mode de calcul. Sans cette notice, le salarié ne peut pas vérifier si le refus de paiement est justifié.
Le salarié peut donc demander par écrit à l’employeur :
la notice de prévoyance applicable ;
le nom et les coordonnées de l’organisme assureur ;
la preuve de son affiliation ;
la date d’ouverture du dossier ;
la liste des pièces déjà transmises ;
la liste des pièces encore réclamées ;
la copie des échanges utiles avec l’organisme de prévoyance.
Cette demande doit rester précise. L’objectif n’est pas de contester à l’aveugle, mais de localiser le blocage.
Employeur ou assureur : qui bloque le paiement ?
Il faut distinguer plusieurs hypothèses.
Si l’employeur n’a pas affilié le salarié à un régime obligatoire, le litige peut relever de sa responsabilité. Il faut alors vérifier la convention collective, l’accord collectif et les cotisations mentionnées sur les bulletins de paie.
Si l’employeur a bien affilié le salarié mais n’a pas transmis le dossier, le problème peut venir d’un défaut de déclaration. Le salarié doit demander la date de déclaration à l’assureur et les pièces transmises.
Si l’assureur refuse la garantie, il doit expliquer le motif : exclusion contractuelle, délai de carence, ancienneté insuffisante, absence de décompte CPAM, arrêt non couvert, pièce médicale manquante, ou difficulté sur le taux d’incapacité.
Si l’assureur attend les décomptes CPAM, le salarié doit vérifier si la CPAM a bien versé les IJSS et si les décomptes ont été envoyés à l’employeur ou à l’assureur. En cas de subrogation, l’employeur peut recevoir directement les IJSS. Il doit alors intégrer correctement ces sommes dans la paie.
La difficulté vient souvent du flou. Le salarié reçoit un salaire réduit, mais personne ne lui dit clairement si le blocage vient de la CPAM, de l’employeur ou de l’assureur. Il faut donc forcer une réponse écrite.
Quels recours si la prévoyance ne paie pas ?
Le premier recours est la mise en demeure.
Elle doit être adressée à l’employeur lorsque celui-ci ne justifie pas l’affiliation, ne transmet pas les pièces, ne communique pas la notice, ou ne paie pas les sommes dues au titre du maintien de salaire ou de la subrogation.
Elle peut aussi être adressée à l’organisme de prévoyance si le salarié dispose des coordonnées utiles et si le contrat permet un échange direct.
Le courrier doit reprendre les dates d’arrêt, les bulletins de paie concernés, les IJSS versées, les sommes attendues, les demandes déjà faites et les documents manquants. Il faut éviter les formules vagues. Une demande claire obtient plus facilement une réponse exploitable.
Lorsque le litige concerne l’exécution du contrat de travail, le maintien de salaire, la transmission des documents, l’affiliation ou la responsabilité de l’employeur, le conseil de prud’hommes peut être saisi.
La demande peut porter sur un rappel de salaire, la remise de bulletins rectifiés, la communication de documents, ou des dommages-intérêts si un préjudice distinct est démontré. En cas d’urgence financière et d’obligation peu contestable, une procédure de référé peut être envisagée.
Ce que dit la jurisprudence sur les compléments de salaire
La Cour de cassation a rappelé qu’un complément conventionnel peut dépendre de la qualité d’assuré social et non du versement effectif d’une prestation par la caisse, lorsque le texte conventionnel le prévoit. Elle a jugé que « le bénéfice du dispositif conventionnel de complément d’indemnisation à la sécurité sociale n’implique pas la nécessité pour l’intéressé de percevoir une prestation de la caisse, mais simplement celle d’avoir la qualité d’assuré social » (Cass. soc., 24 juin 2020, n° 18-23.869, publié au Bulletin, source).
Dans un arrêt récent, la cour d’appel de Versailles a condamné un employeur à des rappels de salaire alors que le salarié justifiait d’arrêts de travail et de l’absence d’indemnisation par la CPAM, tandis que l’employeur ne démontrait pas avoir transmis les informations nécessaires à la caisse (CA Versailles, 3 juin 2026, n° 23/00232, source).
Ces décisions ne signifient pas que tout retard de prévoyance engage automatiquement l’employeur. Elles montrent en revanche que l’employeur doit être capable de justifier ce qu’il a fait lorsque le salarié subit une perte de revenu liée à l’arrêt maladie.
Les pièces à préparer avant de contester
Avant toute procédure, préparez un dossier court et ordonné.
Il faut réunir les arrêts de travail et prolongations, les bulletins de salaire des douze derniers mois, les bulletins pendant l’arrêt, les décomptes CPAM, la convention collective, la notice de prévoyance, les preuves d’envoi des arrêts, les échanges avec le service paie, les réponses de l’assureur et tout relevé de paiement.
Il faut ensuite faire un tableau.
Pour chaque mois, indiquez le salaire habituel, les IJSS reçues, le maintien employeur attendu, la prévoyance attendue, le montant réellement versé et l’écart réclamé. Ce tableau permet de transformer un dossier confus en demande vérifiable.
Si vous travaillez à Paris ou en Île-de-France, ce tableau sera utile devant le conseil de prud’hommes compétent. Les litiges de paie et de prévoyance nécessitent souvent une lecture rapide des bulletins, de la convention collective et des justificatifs CPAM. Plus le dossier est clair, plus la demande peut être traitée efficacement.
Les erreurs à éviter
La première erreur consiste à attendre la fin de l’arrêt maladie. Le blocage doit être traité pendant l’arrêt, surtout si la perte de salaire met le salarié en difficulté.
La deuxième erreur consiste à relancer seulement par téléphone. Un appel peut aider, mais il ne prouve rien. Les relances importantes doivent être écrites.
La troisième erreur consiste à demander seulement « où en est mon dossier ». Il faut demander des éléments précis : notice, organisme, date d’ouverture, pièces transmises, pièces manquantes, motif du refus.
La quatrième erreur consiste à confondre le maintien légal et la prévoyance. L’employeur peut avoir rempli une partie de ses obligations tout en laissant un autre volet bloqué. À l’inverse, un assureur peut refuser une garantie sans que cela dispense l’employeur de ses propres obligations.
La cinquième erreur consiste à ne pas vérifier la convention collective. Dans beaucoup de dossiers, le droit du salarié ne vient pas seulement du Code du travail, mais aussi de la branche.
Que faire maintenant ?
Si votre prévoyance d’arrêt maladie n’est pas versée, demandez immédiatement à l’employeur la notice de prévoyance, le nom de l’organisme, la preuve d’affiliation et l’état du dossier.
Comparez ensuite les réponses avec vos bulletins de paie et vos décomptes CPAM. Si la réponse reste floue, adressez une mise en demeure. Si les sommes demeurent impayées ou si les documents ne sont pas communiqués, une saisine prud’homale peut être envisagée.
Pour replacer votre dossier dans le cadre général du droit social, vous pouvez consulter notre page dédiée au droit du travail. Si votre difficulté porte aussi sur le complément employeur, notre article sur le maintien de salaire en arrêt maladie peut compléter cette lecture.
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