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Rachat d’entreprise en 2026 : le salarié est-il prioritaire et que devient son contrat ?

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À partir du 27 juillet 2026, les règles d’information des salariés en cas de cession d’entreprise évoluent. La réforme intéresse surtout les dirigeants, les repreneurs et les CSE, mais elle soulève une question très concrète pour les salariés : si l’entreprise est vendue, suis-je prioritaire pour la racheter ? Mon contrat continue-t-il ? Mon ancienneté, mon salaire et mon poste sont-ils protégés ?

La réponse doit être distinguée. Le salarié peut, dans certaines entreprises, être informé d’un projet de cession afin de présenter une offre. Cela ne lui donne pas un droit de priorité automatique, ni un droit de veto sur la vente. En revanche, lorsque l’opération entraîne un transfert d’entreprise au sens du Code du travail, le contrat de travail se poursuit automatiquement avec le nouvel employeur.

Cette différence est décisive. D’un côté, il y a le droit d’information préalable des salariés, souvent appelé dispositif “loi Hamon”. De l’autre, il y a la protection du contrat de travail en cas de transfert d’entreprise. Les deux mécanismes ne répondent pas au même problème.

Le salarié n’a pas un droit de priorité automatique pour racheter l’entreprise

Un salarié peut avoir l’impression que la loi lui donne une priorité lorsque l’employeur vend son fonds de commerce ou les titres de la société. Ce n’est pas exact.

Le dispositif d’information préalable permet aux salariés d’être informés, dans certaines hypothèses, suffisamment tôt pour présenter une offre de reprise. Il ne leur réserve pas la vente. Le propriétaire reste libre de choisir l’acquéreur, sous réserve du respect des règles applicables à l’opération.

En pratique, cela signifie qu’un salarié peut se positionner, seul ou avec d’autres salariés, mais il doit construire une offre réelle : prix, financement, calendrier, garanties, reprise éventuelle des contrats, capacité à exploiter l’activité. Une simple déclaration d’intérêt ne bloque pas la vente.

La réforme issue de la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique modifie ce régime pour les cessions conclues à compter du 27 juillet 2026. Service-Public rappelle notamment que la procédure de la loi Hamon évolue pour les ventes de fonds de commerce et l’information des salariés.

Ce qui change à compter du 27 juillet 2026

La réforme allège le dispositif d’information préalable des salariés. L’idée générale est simple : toutes les entreprises ne sont plus traitées de la même manière.

Dans les petites entreprises, l’information individuelle des salariés conserve une place importante. Le salarié doit pouvoir être informé du projet de cession afin de présenter une offre, mais le délai est réduit dans certaines hypothèses. L’objectif affiché est de ne pas bloquer inutilement les opérations de transmission.

Dans les entreprises dotées d’un CSE exerçant les attributions économiques, le sujet passe davantage par l’information-consultation du comité social et économique. Le salarié n’a donc pas nécessairement une information individuelle directe dans les mêmes conditions qu’avant.

Ce point est souvent mal compris. L’existence d’un CSE ne signifie pas que les salariés perdent toute protection. Elle signifie que l’information peut être organisée dans un cadre collectif, avec des délais, documents et échanges propres à la consultation du CSE.

Si vous êtes salarié et que vous apprenez une vente imminente, il faut donc identifier trois éléments avant toute contestation : la taille de l’entreprise, l’existence ou non d’un CSE, et la nature exacte de l’opération.

Vente du fonds, vente de titres ou simple changement d’actionnaire : les effets ne sont pas toujours les mêmes

Le mot “rachat” recouvre des situations très différentes.

Une vente de fonds de commerce peut transférer une activité, des moyens d’exploitation, une clientèle, des contrats et parfois les salariés affectés à cette activité. Une cession de titres change l’actionnaire ou l’associé qui contrôle la société, mais l’employeur juridique peut rester la même société. Une fusion, une scission ou un apport partiel d’actif peut encore produire d’autres effets.

Pour le salarié, la question centrale n’est pas seulement “qui rachète”. La vraie question est : mon employeur change-t-il juridiquement, et l’entité économique dans laquelle je travaille est-elle transférée ?

Si seule la société qui détient l’entreprise change d’actionnaire, le contrat de travail continue en principe avec la même société employeur. Le bulletin de paie peut rester au même nom. Le salarié ne signe pas un nouveau contrat pour cette seule raison.

Si l’activité elle-même est transférée à une autre société, l’article L.1224-1 du Code du travail peut s’appliquer. Dans ce cas, les contrats en cours subsistent avec le nouvel employeur.

Quand L.1224-1 s’applique, le contrat continue automatiquement

L’article L.1224-1 du Code du travail prévoit que lorsque survient une modification dans la situation juridique de l’employeur, notamment par vente, fusion ou transformation du fonds, les contrats de travail en cours subsistent entre le nouvel employeur et le personnel de l’entreprise.

Cette règle protège le salarié. Le nouvel employeur ne peut pas imposer une rupture du contrat au seul motif que l’entreprise a été rachetée. Il ne peut pas non plus remettre les compteurs à zéro comme si le salarié venait d’être embauché.

En pratique, le salarié conserve son ancienneté, sa qualification, sa rémunération contractuelle, sa durée du travail et les droits attachés au contrat transféré. Il peut y avoir ensuite des changements d’organisation, mais ils doivent respecter les règles normales de modification du contrat de travail, de changement des conditions de travail et, le cas échéant, de licenciement.

La Cour de cassation a encore rappelé la portée de cette protection dans un arrêt publié au Bulletin du 10 décembre 2025. Elle juge que, lorsque l’activité transférée constitue une entité économique autonome et que le salarié y est affecté de manière permanente, le contrat doit se poursuivre avec le cessionnaire. La formule est nette : “les salariés qui, au jour du transfert, sont affectés de manière permanente à cette entité pour l’exécution de leur tâche habituelle, passent au service du cessionnaire” (Cass. soc., 10 décembre 2025, n° 23-11.819, source Cour de cassation).

Ce point peut devenir déterminant lorsqu’un salarié travaille en pratique pour l’activité cédée, même si son contrat a été signé avec une autre structure du groupe.

Le nouvel employeur peut-il faire signer un nouveau contrat ?

Après un rachat, il est fréquent que le repreneur présente un avenant, une nouvelle organisation, un changement d’intitulé de poste ou une nouvelle grille interne. Tout n’est pas interdit. Mais tout ne peut pas être imposé.

Si le document ne fait que constater le transfert et reprend les éléments essentiels du contrat, il peut être utile. En revanche, un avenant qui réduit le salaire, modifie la durée du travail, change une qualification, supprime une prime contractuelle ou ajoute une mobilité substantielle doit être analysé avec prudence.

Le salarié ne doit pas signer dans l’urgence un document qu’il ne comprend pas. Une signature peut rendre la contestation plus difficile, surtout si le texte présenté comme “administratif” contient en réalité une modification substantielle du contrat.

Avant de signer, il faut comparer l’ancien contrat, les derniers bulletins de paie, les primes habituelles, la fiche de poste et le projet remis par le repreneur. Si l’avenant modifie un élément essentiel, le salarié peut demander un délai et une explication écrite.

Peut-on être licencié parce que l’entreprise est vendue ?

Le rachat de l’entreprise ne permet pas, à lui seul, de licencier les salariés transférés.

Si L.1224-1 s’applique, le contrat se poursuit avec le nouvel employeur. Un licenciement prononcé pour éviter le transfert ou pour écarter un salarié affecté à l’entité cédée peut être contesté.

Cela ne signifie pas qu’aucun licenciement n’est possible après une reprise. Le repreneur peut rencontrer des difficultés économiques, réorganiser l’activité ou supprimer des postes, mais il doit alors respecter le droit commun du licenciement économique ou personnel. Il doit justifier le motif, suivre la procédure et respecter les règles de reclassement lorsqu’elles s’appliquent.

La difficulté pratique consiste souvent à distinguer un vrai motif économique d’un licenciement lié au transfert. Les dates, les échanges internes, l’organigramme, le périmètre de l’activité cédée et la liste des salariés repris deviennent alors essentiels.

Quels droits si le salarié veut présenter une offre de reprise ?

Un salarié qui souhaite racheter l’entreprise, seul ou avec d’autres salariés, doit agir vite et sérieusement.

Il doit d’abord vérifier s’il entre dans le champ du dispositif d’information. Toutes les opérations ne sont pas concernées. Toutes les sociétés ne sont pas traitées de la même manière. La présence d’un CSE peut également modifier le canal d’information.

Il doit ensuite demander les informations réellement disponibles sans exiger l’impossible. L’employeur n’a pas à transmettre à chaque salarié l’intégralité d’un dossier de cession confidentiel. En revanche, si la procédure d’information préalable est applicable, le salarié doit pouvoir comprendre qu’une cession est envisagée et disposer du délai utile pour présenter une offre.

S’il veut présenter une offre, il doit préparer un document clair : identité des repreneurs, prix proposé ou méthode de valorisation, plan de financement, calendrier, maintien de l’activité, traitement des contrats de travail et garanties. Une offre crédible se juge sur sa consistance, pas sur l’intention affichée.

Quels recours si l’information des salariés n’a pas été respectée ?

Le non-respect du dispositif d’information préalable ne donne pas automatiquement au salarié le droit d’annuler toute la vente. Les sanctions ont évolué au fil des réformes et doivent être vérifiées selon la date de la cession, la taille de l’entreprise et la nature de l’opération.

En pratique, il faut d’abord établir que la procédure était applicable. Ensuite, il faut démontrer le manquement : absence d’information, information trop tardive, mauvais canal, délai non respecté ou confusion volontaire sur l’opération.

Le salarié doit conserver les éléments disponibles : annonce interne, mail de direction, convocation CSE, rumeurs confirmées par écrit, registre du personnel, extrait Kbis, communiqué de cession, nouveau logo, changement de direction, modification des bulletins de paie, avenant présenté par le repreneur.

Si le litige porte surtout sur le contrat de travail, le bon angle n’est pas toujours la loi Hamon. Il peut être plus efficace d’agir sur le transfert du contrat, le maintien de l’ancienneté, la modification imposée du contrat, le licenciement ou le rappel de salaire.

Les erreurs fréquentes après un rachat d’entreprise

La première erreur consiste à croire que le salarié devient prioritaire pour racheter l’entreprise. Il peut parfois présenter une offre. Cela ne signifie pas que le vendeur doit l’accepter.

La deuxième erreur consiste à signer un nouveau contrat sans comparaison. Le changement d’employeur ne justifie pas automatiquement une baisse de salaire, une nouvelle période d’essai ou une perte d’ancienneté.

La troisième erreur consiste à attendre le premier conflit ouvert. Les preuves disparaissent vite après une cession : organigrammes, mails internes, fiches de poste, accès logiciels, listes d’équipes, documents CSE. Il faut les conserver légalement dès que le projet de rachat devient concret.

La quatrième erreur consiste à confondre action individuelle et action collective. Le CSE peut être consulté sur l’opération, mais chaque salarié conserve ses droits propres sur son contrat, son salaire, son ancienneté et un éventuel licenciement.

Paris et Île-de-France : quelles pièces préparer avant d’agir ?

Pour un salarié à Paris ou en Île-de-France, le contentieux peut relever du conseil de prud’hommes si la contestation porte sur le contrat, le transfert, le licenciement, le salaire ou une modification imposée. Si le litige concerne la consultation du CSE, l’analyse peut impliquer d’autres règles et d’autres délais.

Préparez un dossier court mais complet : contrat de travail, avenants, trois à douze derniers bulletins de paie, fiche de poste, mails annonçant le rachat, documents remis par le repreneur, projet d’avenant, changement de société sur le bulletin, organigramme avant et après, preuve de votre affectation réelle à l’activité cédée, échanges avec les représentants du personnel.

Le cabinet intervient en droit du travail à Paris et en contentieux prud’homal pour vérifier si le contrat devait être transféré, contester une modification imposée ou agir après un licenciement lié à une cession d’entreprise.

Ce qu’il faut retenir

Un salarié n’est pas automatiquement prioritaire pour racheter son entreprise. Il peut, dans certains cas, être informé du projet de cession et présenter une offre.

Le rachat ne fait pas disparaître le contrat de travail. Si les conditions de L.1224-1 sont réunies, le contrat est transféré au nouvel employeur avec les droits qui y sont attachés.

Le point décisif est factuel : quelle activité est cédée, quels salariés y sont affectés, qui devient responsable de l’activité et quelles modifications sont imposées après la reprise.

Si un avenant, une baisse de salaire, une perte d’ancienneté ou un licenciement intervient juste après le rachat, il faut faire vérifier le dossier avant de signer ou de laisser passer les délais.

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