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Transparence salariale 2026 retardée : que faire si l’employeur cache les salaires ?

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La transparence salariale devait devenir un sujet concret en 2026. La directive européenne du 10 mai 2023 prévoyait une transposition par les Etats membres au plus tard le 7 juin 2026. En France, cette transposition n’est pas encore totalement en vigueur. Vie-publique a indiqué, le 29 juin 2026, que le ministre du Travail annonçait une transposition avant la prochaine élection présidentielle de 2027.

Ce retard ne signifie pas qu’un salarié ou un candidat doit attendre sans rien faire. Si une offre d’emploi reste vague sur la rémunération, si un recruteur insiste pour connaître l’ancien salaire, si une entreprise interdit de parler salaire ou si un salarié découvre un écart avec des collègues exerçant un travail comparable, il existe déjà des réflexes utiles.

Le droit français contient depuis longtemps des règles sur l’égalité de rémunération, la discrimination, la preuve devant le conseil de prud’hommes et la nullité des clauses contraires à l’égalité femmes-hommes. La directive renforce ces outils, mais elle ne crée pas le sujet à partir de rien.

Ce que la directive européenne change sur les salaires

La directive (UE) 2023/970 vise à renforcer l’application du principe d’égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes pour un même travail ou un travail de même valeur. Le texte est consultable sur EUR-Lex.

Ses mesures les plus attendues concernent trois moments.

D’abord, le recrutement. Le candidat doit pouvoir connaître la rémunération initiale ou la fourchette de rémunération avant l’entretien ou avant la conclusion du contrat. L’objectif est d’éviter une négociation à l’aveugle.

Ensuite, l’entretien d’embauche. La directive prévoit d’empêcher l’employeur de demander au candidat son historique de rémunération. Le salaire précédent ne doit pas servir à reproduire un écart ancien.

Enfin, la relation de travail. Le salarié doit pouvoir obtenir des informations sur son niveau de rémunération individuel et sur les niveaux moyens de rémunération des catégories de salariés accomplissant un même travail ou un travail de même valeur, avec une ventilation utile pour détecter les écarts.

La page officielle de Vie-publique sur la transparence des salaires rappelle aussi que la directive impose des règles sur les écarts de rémunération femmes-hommes, les comptes rendus des employeurs et les mécanismes de réparation.

Le retard de transposition change-t-il vos droits ?

Oui et non.

Oui, parce que certaines obligations précises de la directive ne sont pas encore entièrement intégrées dans le Code du travail français. Un candidat ne peut donc pas toujours invoquer directement, dans les mêmes termes qu’un texte national, l’obligation future de fourchette salariale avant entretien.

Non, parce que les principes déjà applicables restent puissants.

L’article L. 3221-2 du Code du travail impose à tout employeur d’assurer, pour un même travail ou un travail de valeur égale, l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes.

L’article L. 3221-4 du Code du travail explique ce qu’est un travail de valeur égale : il faut comparer les connaissances professionnelles, les capacités, les responsabilités et la charge physique ou nerveuse.

L’article L. 1132-1 du Code du travail interdit les discriminations, notamment en matière de rémunération, de recrutement, d’affectation, de promotion, de qualification ou de classification.

L’article L. 1134-1 du Code du travail aménage la preuve : le salarié présente des éléments laissant supposer une discrimination, puis l’employeur doit justifier sa décision par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.

Le retard de transposition ne neutralise donc pas les actions déjà possibles. Il impose surtout de formuler la demande avec précision : ne pas seulement dire “je veux la transparence salariale”, mais identifier l’écart, les collègues comparables, les fonctions, la période, la classification, les primes et les critères de rémunération.

Offre d’emploi sans salaire : que peut faire le candidat ?

Aujourd’hui, beaucoup d’offres d’emploi restent floues : “rémunération selon profil”, “package attractif”, “salaire à négocier”. Ce flou n’est pas toujours illégal en soi tant que la transposition complète n’a pas fixé toutes les obligations internes. Mais il peut être utilisé pour maintenir une asymétrie d’information.

Le candidat peut adopter une démarche simple.

Avant l’entretien, il peut demander par écrit la fourchette de rémunération prévue pour le poste, en précisant qu’il souhaite vérifier l’adéquation entre les missions, le niveau de responsabilité, la convention collective et ses prétentions. Cette demande doit rester professionnelle. Elle permet de créer une trace.

Pendant l’entretien, si le recruteur demande l’ancien salaire, le candidat peut répondre sur ses attentes plutôt que sur son historique : rémunération cible, niveau de responsabilité, variable, avantages, statut, forfait jours ou heures supplémentaires. Il peut aussi demander si une grille interne existe pour le poste.

Après l’entretien, si l’offre finale est nettement inférieure à ce qui était annoncé oralement, il faut conserver les messages, l’annonce initiale, les échanges avec le recruteur et la proposition écrite.

La difficulté vient rarement d’une seule question posée en entretien. Elle apparaît quand l’historique salarial est utilisé pour proposer une rémunération inférieure à celle accordée à un autre candidat ou salarié comparable, sans justification objective.

L’employeur peut-il interdire de parler de son salaire ?

Une clause générale interdisant au salarié de parler de toute rémunération, en toute circonstance, est fragile. L’employeur peut protéger certaines informations confidentielles de l’entreprise. Il ne peut pas, sous couvert de confidentialité, empêcher toute discussion utile à la défense des droits du salarié, à l’égalité de rémunération ou à la dénonciation d’une discrimination.

Le salarié doit toutefois éviter deux erreurs.

La première consiste à diffuser publiquement des bulletins de paie, documents internes ou informations nominatives de collègues sans précaution. La preuve doit être utile, proportionnée et obtenue loyalement autant que possible.

La seconde consiste à confondre discussion entre collègues et campagne publique contre l’entreprise. Pour préparer un dossier, il vaut mieux conserver des éléments précis : classification, intitulé de poste, ancienneté, niveau de responsabilité, objectifs, primes, variables, mails RH, annonces internes, compte rendu d’entretien annuel.

Si l’employeur sanctionne un salarié uniquement parce qu’il a demandé des explications sur un écart de rémunération ou parce qu’il a témoigné d’une discrimination, la sanction peut être contestée.

Comment prouver un écart de salaire ?

La preuve ne se limite pas au bulletin de paie d’un collègue. Dans beaucoup de dossiers, le salarié ne dispose pas de cette pièce. Il peut toutefois réunir un faisceau d’indices.

Les pièces utiles sont notamment :

  • le contrat de travail et les avenants ;
  • les bulletins de paie du salarié ;
  • la convention collective et la classification ;
  • les fiches de poste ;
  • les organigrammes ;
  • les annonces de recrutement sur le même poste ;
  • les comptes rendus d’entretien annuel ;
  • les objectifs et résultats ;
  • les primes versées ou refusées ;
  • les mails RH sur les augmentations ;
  • les éléments transmis au CSE sur l’égalité professionnelle ;
  • les comparaisons avec des postes réellement équivalents.

La comparaison doit être sérieuse. Deux salariés ne sont pas comparables uniquement parce qu’ils travaillent dans le même service. Il faut regarder les missions réelles, les responsabilités, l’expérience, la classification, le niveau d’autonomie, la charge de travail, la localisation, les objectifs et les contraintes du poste.

La jurisprudence récente illustre cette logique. Une décision de la cour d’appel de Paris du 21 mai 2026, identifiée via Judilibre, rappelle que le principe “à travail égal, salaire égal” suppose d’abord des éléments de fait laissant apparaître une inégalité, puis une justification objective par l’employeur. La décision est consultable sur le site de la Cour de cassation : CA Paris, 21 mai 2026, n° 23/00255.

Que demander à l’employeur avant les prud’hommes ?

Avant de saisir le conseil de prud’hommes, il peut être utile d’adresser une demande écrite et mesurée. L’objectif n’est pas d’accuser sans preuve. L’objectif est d’obtenir une explication et de figer la réponse.

La demande peut porter sur :

  • les critères de rémunération applicables au poste ;
  • la classification retenue ;
  • les éléments variables et primes ;
  • la justification d’un écart constaté ;
  • la grille interne lorsqu’elle existe ;
  • les critères objectifs utilisés pour les augmentations ;
  • les mesures prises pour l’égalité professionnelle.

Il faut éviter les demandes trop larges ou agressives. Une demande ciblée a plus de force : “Je sollicite les critères objectifs ayant conduit à fixer ma rémunération au regard de mon poste, de ma classification et des fonctions comparables exercées dans le service depuis telle date.”

Si l’employeur répond par des éléments précis, il faudra les analyser. Si l’employeur garde le silence, répond de manière vague ou invoque seulement “le profil”, cette réponse peut renforcer le dossier.

Quels recours en cas de discrimination salariale ?

Si le dossier révèle un écart de rémunération injustifié, plusieurs demandes peuvent être envisagées.

Le salarié peut demander un rappel de salaire si l’écart porte sur des sommes qui auraient dû être versées. Il peut aussi demander des congés payés afférents lorsque le rappel porte sur du salaire.

En cas de discrimination, il peut demander la réparation du préjudice subi. L’article L. 1134-5 du Code du travail prévoit que l’action en réparation du préjudice résultant d’une discrimination se prescrit par cinq ans à compter de la révélation de la discrimination et que les dommages et intérêts réparent l’entier préjudice résultant de la discrimination, pendant toute sa durée.

Lorsque l’inégalité concerne l’égalité femmes-hommes, l’article L. 3221-7 du Code du travail prévoit la substitution de la rémunération plus élevée à la disposition qui méconnaît l’égalité de rémunération.

Le recours peut donc viser plusieurs objectifs : obtenir les informations, corriger la rémunération, récupérer un rappel, contester une sanction, faire reconnaître une discrimination ou négocier une issue.

Paris et Ile-de-France : pourquoi agir vite

A Paris et en Ile-de-France, les écarts de rémunération apparaissent souvent dans des secteurs où les salaires sont individualisés : cabinets, sièges sociaux, start-up, finance, tech, commerce, conseil, immobilier, santé privée, restauration, sécurité, logistique ou fonctions support.

Le problème est rarement visible sur une seule fiche de paie. Il ressort d’une chronologie : embauche à un niveau bas, promesse d’augmentation non tenue, collègues mieux rémunérés à fonctions proches, variable réduit sans explication, classification bloquée, retour de congé maternité mal traité, ou promotion sans revalorisation.

Il faut donc agir avant que les preuves disparaissent. Les annonces expirent, les collègues quittent l’entreprise, les organigrammes changent et les échanges RH se perdent.

Pour un salarié francilien, les premières pièces à sécuriser sont les fiches de poste, les annonces de recrutement, les mails sur les objectifs, les évaluations annuelles et les bulletins de paie. Pour un candidat, il faut garder l’annonce, les échanges de recrutement et la proposition finale.

Les erreurs à éviter

Ne partez pas uniquement du ressenti. Un écart de rémunération doit être documenté.

Ne comparez pas des postes qui ne sont pas réellement comparables. Une mauvaise comparaison peut affaiblir un dossier pourtant sérieux.

Ne diffusez pas des bulletins de paie de collègues sans conseil préalable. La preuve doit être maniée avec prudence.

Ne laissez pas l’employeur transformer la discussion en simple négociation individuelle. Si l’écart repose sur le sexe, l’origine, l’âge, la grossesse, l’état de santé, l’activité syndicale ou un autre motif interdit, le sujet est juridique.

Ne signez pas trop vite une transaction ou une rupture conventionnelle sans avoir vérifié les droits salariaux. Une sortie négociée peut fermer des discussions importantes si elle est mal rédigée.

En pratique, que faire maintenant ?

Si vous êtes candidat, demandez la fourchette salariale avant de vous engager trop loin dans le processus. Ne répondez pas nécessairement sur votre ancien salaire. Reformulez sur vos attentes, le poste et la valeur du travail demandé.

Si vous êtes salarié, commencez par réunir vos pièces : contrat, bulletins, classification, fiches de poste, entretiens annuels, objectifs, mails RH, annonces internes et éléments de comparaison. Adressez ensuite une demande ciblée à l’employeur.

Si vous soupçonnez une discrimination, faites analyser le dossier avant de saisir les prud’hommes. Le choix des comparateurs, la formulation de la demande et la chronologie des preuves sont déterminants.

La transposition complète de la directive viendra renforcer la transparence. Mais l’attente du texte définitif ne doit pas servir de prétexte à laisser perdurer un écart de rémunération inexpliqué.

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