Cour d’appel, le 4 mars 2025, n°21/00828

La cour d’appel, statuant le 4 mars 2025, a examiné une demande d’indemnisation suite à un accident du travail survenu en 2008. La victime, un conducteur de travaux, avait subi une fracture ouverte du tibia gauche. La juridiction devait se prononcer sur la validité d’une expertise et évaluer l’ensemble des préjudices corporels. Elle a rejeté les demandes d’injonction contre l’expert et a procédé à une indemnisation détaillée, fixant le préjudice total à 99 582 euros.

L’encadrement procédural de l’expertise judiciaire

La cour écarte d’abord les critiques sur le déroulement de l’expertise. Les intimés reprochaient des incertitudes sur la transmission de pièces et l’absence de pré-rapport. La cour constate que l’expert “n’a pas évoqué de difficultés dans la transmission” des documents médicaux. Elle souligne aussi que la mission “ne prévoyait pas le dépôt d’un pré-rapport”. En l’absence de saisine du juge des difficultés et sans demande d’annulation, les griefs sont irrecevables. Cette analyse affirme l’autorité des conclusions d’expertise non contestées en temps utile. Elle rappelle que les parties doivent activement surveiller le déroulement de la mesure d’instruction. La cour se fonde ainsi sur un rapport qu’elle estime régulier et suffisant pour statuer.

La méthode d’évaluation des préjudices patrimoniaux

La juridiction opère une évaluation concrète et détaillée des préjudices économiques. Pour l’assistance par tierce personne, elle retient un taux horaire de 20 euros, entre la demande de la victime et l’offre des défendeurs. Elle justifie ce choix “au regard des indications de l’expert” et de “la nature de l’aide nécessaire”. Concernant les frais d’aménagement de véhicule, elle suit le devis produit. L’expert “a clairement fait état de la nécessité” d’une boîte automatique. La cour estime que la victime “disposant déjà d’un véhicule n’a pas à se voir imposer l’achat d’un autre”. Cette approche privilégie la réparation en nature adaptée aux besoins spécifiques. Elle impose à la partie adverse la charge de prouver l’exagération du devis, charge qu’elle n’a pas remplie.

La quantification des préjudices extra-patrimoniaux

La cour applique une grille d’évaluation raisonnée pour chaque chef de préjudice. Elle calcule le déficit fonctionnel temporaire avec un barème journalier de 27 euros, qu’elle module selon les taux d’incapacité. Pour le déficit fonctionnel permanent, elle retient une valeur de 2 550 euros par point d’incapacité, suivant le référentiel invoqué. Elle alloue 12 000 euros pour des souffrances endurées fixées à 4/7. La cour indemnise également le préjudice d’agrément lié aux sports, justifié par des attestations. Elle reconnaît un préjudice sexuel “d’origine positionnel” à hauteur de 6 000 euros. Cette évaluation démontre une recherche d’équité entre les prétentions des parties. Elle s’appuie systématiquement sur les constatations expertales tout en exerçant son pouvoir souverain d’appréciation.

La portée d’une indemnisation intégrale et personnalisée

Cette décision illustre une réparation complète et adaptée aux conséquences professionnelles. La cour indemnise l’incidence professionnelle à hauteur de 10 000 euros, malgré un changement de métier. Elle note que l’expert a retenu une gêne “en prenant en considération les contraintes liées au métier de conducteur de travaux”. La réparation couvre ainsi la perte de capacités dans l’emploi initial, même si la victime s’est réorientée. Le principe est celui d’une indemnisation forfaitaire du préjudice subi, et non d’une perte de revenus. La méthode aboutit à une somme globale significative, reflétant la gravité des séquelles et leur impact durable. Elle assure une compensation à la fois patrimoniale et personnelle pour l’ensemble des préjudices subis.

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Hassan KOHEN
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