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Maître Hassan KOHEN
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Tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand, le 27 mars 2026, n°26/00262

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Le 27 mars 2026, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand a été saisi par le représentant de l’État afin de statuer sur la poursuite de l’hospitalisation complète d’un patient détenu, admis en soins psychiatriques sans consentement depuis le 18 mars 2026. Les faits révèlent que l’intéressé, incarcéré au centre pénitentiaire, présentait des troubles du comportement multiples en lien avec une personnalité psychopathique, un délire de persécution et une anosognosie totale. Un certificat médical du 25 mars 2026 a constaté l’impossibilité d’auditionner le patient en raison de son incapacité à maintenir une adhésion aux soins. Le conseil du patient, présent à l’audience, s’en est remis à droit. Le ministère public a formulé des observations écrites. La question de droit soumise au juge était de déterminer si les conditions médicales et procédurales justifiaient la poursuite de l’hospitalisation complète au-delà du délai de douze jours prévu à l’article L. 3211-12-1 du code de la santé publique. Le juge a déclaré la requête recevable et la procédure régulière, puis a ordonné la poursuite de l’hospitalisation complète, estimant que l’état de santé du patient la justifiait.

I. La confirmation de la régularité procédurale et du bien-fondé médical de la mesure

A. Le contrôle rigoureux de la régularité formelle de la procédure

Le juge des libertés et de la détention a d’abord vérifié que la saisine était conforme aux exigences légales. En application de l’article L. 3214-3 du code de la santé publique, l’admission en soins psychiatriques d’une personne détenue nécessite un arrêté préfectoral pris au vu d’un certificat médical circonstancié, lequel ne peut émaner d’un psychiatre exerçant dans l’établissement d’accueil. En l’espèce, le préfet avait prononcé l’admission le 18 mars 2026, et sa requête a été reçue par le tribunal le 24 mars 2026, soit dans le délai de douze jours imparti par l’article L. 3211-12-1. Le juge a expressément déclaré la requête recevable en la forme et la procédure régulière. Ce contrôle formel n’est pas une simple formalité : il garantit que la privation de liberté n’est pas arbitraire et que l’autorité administrative a respecté le cadre légal. En l’absence de contestation sur ce point, le juge a pu constater la régularité de la saisine et des pièces produites.

B. La caractérisation médicale suffisante justifiant la poursuite des soins

Sur le fond, le juge s’est fondé sur le certificat médical du 25 mars 2026, lequel a relevé que le patient présentait des troubles du comportement multiples, un délire de persécution et une anosognosie totale, le rendant incapable de maintenir une adhésion aux soins dans le temps. Le juge a estimé que l’état de santé du patient justifiait la poursuite de l’hospitalisation complète. Cette appréciation rejoint la position de la Cour d’appel de Bourges, qui a jugé que des troubles mentaux suffisamment caractérisés et une adhésion aux soins “très fragile et fluctuante” justifiaient le maintien de l’hospitalisation complète, “la restriction apportée aux libertés individuelles de l’intéressé par la mesure d’hospitalisation complète apparaissant adaptée, nécessaire et proportionnée à son état de santé” (Cour d’appel de Bourges, 6 février 2025, n°25/00099). En l’espèce, l’anosognosie totale et l’incapacité à maintenir les soins constituent des éléments objectifs qui empêchent toute alternative moins contraignante. La décision commentée s’inscrit donc dans une logique de protection du patient contre lui-même, conformément à la finalité thérapeutique des soins sans consentement.

II. La portée de la décision au regard des exigences de protection des libertés individuelles

A. La conciliation entre la nécessité thérapeutique et le droit à la liberté

La mesure d’hospitalisation complète constitue une privation de liberté qui doit être strictement encadrée. Le juge a respecté le délai légal de douze jours et a vérifié que les conditions médicales étaient réunies. Toutefois, la décision soulève la question de l’effectivité des droits de la personne hospitalisée. En l’espèce, le patient était détenu avant son admission, ce qui pourrait relativiser l’atteinte à sa liberté puisqu’il se trouvait déjà incarcéré. Mais le régime juridique des soins psychiatriques sans consentement est distinct de la détention pénale. La Cour d’appel de Rennes a rappelé qu’il appartient au juge du fond d’apprécier souverainement la force probante des éléments qui lui sont soumis (Cour d’appel de Rennes, 7 janvier 2025, n°25/00015). Cette jurisprudence, bien que relative à la langue des pièces, illustre la latitude dont dispose le juge dans l’appréciation des preuves. En l’espèce, le juge a retenu le certificat médical comme suffisant, sans exiger d’expertise complémentaire, ce qui témoigne de sa confiance dans l’évaluation psychiatrique initiale. La conciliation opérée entre nécessité thérapeutique et liberté individuelle apparaît ainsi équilibrée, mais elle repose sur une appréciation médicale souveraine.

B. L’appréciation de la proportionnalité de la mesure face à l’absence d’alternative

Le juge n’a envisagé aucune alternative à l’hospitalisation complète, telles que des soins ambulatoires ou un programme de soins. Le certificat médical faisait état d’une incapacité à maintenir l’adhésion aux soins dans le temps, ce qui excluait de facto toute mesure moins contraignante. La Cour d’appel de Bourges a également souligné que si une évolution favorable est notée, “son apaisement n’est que le résultat de son hospitalisation complète puisqu’il n’admet ni la réalité des troubles graves dont il souffre ni la nécessité de soins” (Cour d’appel de Bourges, 6 février 2025, n°25/00099). Cette observation est transposable à l’espèce : l’anosognosie totale du patient rend illusoire toute perspective de soins volontaires. La proportionnalité de la mesure est donc justifiée par l’urgence thérapeutique et l’absence de solution alternative viable. La décision commentée affirme ainsi que le maintien de l’hospitalisation complète est non seulement nécessaire, mais aussi la seule mesure adaptée à l’état du patient. Cette solution, bien que protectrice pour le patient, renforce la marge d’appréciation du juge dans le contrôle des mesures psychiatriques, sans pour autant affaiblir les garanties procédurales.

Jurisprudences utilisées pour enrichir le commentaire

Fondements juridiques

Article L. 3214-3 du Code de la santé publique En vigueur

Lorsqu’une personne détenue nécessite des soins immédiats assortis d’une surveillance constante en milieu hospitalier en raison de troubles mentaux rendant impossible son consentement et constituant un danger pour elle-même ou pour autrui, le préfet de police à Paris ou le représentant de l’Etat dans le département dans lequel se trouve l’établissement pénitentiaire d’affectation du détenu prononce par arrêté, au vu d’un certificat médical circonstancié, son admission en soins psychiatriques sous la forme d’une hospitalisation complète dans les conditions prévues au II de l’article L. 3214-1. Le certificat médical ne peut émaner d’un psychiatre exerçant dans l’établissement d’accueil.

Le régime de cette hospitalisation est celui prévu pour les hospitalisations ordonnées en application de l’article L. 3213-1.

Les arrêtés préfectoraux sont motivés et énoncent avec précision les circonstances qui ont rendu la mesure de soins psychiatriques nécessaire. Ils désignent l’établissement mentionné à l’article L. 3222-1 qui assure la prise en charge de la personne malade et sont inscrits sur le registre mentionné à l’article L. 3212-11.

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