Le tribunal judiciaire de Paris, dans un jugement du 4 mars 2025, statue sur la responsabilité d’un mandataire immobilier. La propriétaire d’un appartement neuf soumis au dispositif Pinel reprochait à son gestionnaire un manquement au devoir de conseil concernant le loyer. Elle invoquait également des fautes dans la gestion de la relocation et de la restitution du dépôt de garantie. Le tribunal retient la responsabilité du mandataire pour défaut de conseil sur le loyer Pinel. Il rejette en revanche les autres griefs, indemnisant le préjudice sous la forme d’une perte de chance évaluée à soixante-dix pour cent.
Le manquement au devoir de conseil du mandataire professionnel
L’obligation de conseil du mandataire en gestion locative. Le tribunal rappelle que le mandataire professionnel en matière de location immobilière est tenu d’un devoir d’information et de conseil envers son mandant. Cette obligation pesait sur le gestionnaire, lequel connaissait le caractère Pinel du logement. Le manquement est établi par l’aveu même du mandataire dans sa correspondance. “Elle admettait ainsi qu’elle n’avait pas communiqué à Mme [M] le montant maximum de loyer compatible avec le dispositif Pinel” (Motifs). La responsabilité contractuelle du mandataire est donc engagée pour ce manquement.
L’étendue et les limites du devoir de conseil en contexte réglementé. Le juge précise la portée de cette obligation dans le cadre d’un dispositif fiscal spécifique. Il est légitime d’attendre du professionnel qu’il assure le respect de toutes les conditions du dispositif. “il est raisonnable et légitime d’attendre du mandataire professionnel […] qu’il s’assure du respect de toutes les conditions requises du dispositif Pinel, et notamment du montant du loyer” (Motifs). Le mandataire ne peut s’exonérer en arguant de l’acceptation du loyer par la propriétaire, privée d’une information essentielle. Ce point rejoint la solution d’une cour d’appel récente. “L’agent immobilier en charge d’un mandat de gestion locative est tenu d’un devoir de conseil envers son mandataire, quelle que soit la compétence de ce dernier” (Cour d’appel de Grenoble, le 7 octobre 2025, n°24/00780).
La réparation du préjudice sous forme de perte de chance
La qualification juridique du préjudice résultant du manquement. Le tribunal applique la théorie de la perte de chance pour indemniser le préjudice subi. Le préjudice résultant d’un manquement au devoir de conseil s’analyse en une perte de chance. Cette perte doit être certaine et correspondre à la disparition d’une éventualité favorable. “la perte de chance doit correspondre à la « disparition actuelle et certaine d’une éventualité favorable »” (Motifs). La réparation ne peut donc couvrir l’intégralité du manque à gagner mais seulement la valeur de la chance perdue.
L’évaluation concrète et proportionnée de la chance perdue. Le juge procède à une appréciation souveraine des circonstances pour fixer le taux de perte de chance. Il pondère les éléments favorables et défavorables à une location au loyer plafond. L’état du marché et les caractéristiques du bien sont pris en compte. “Dès lors, la perte de chance peut être évaluée à 70%” (Motifs). Cette évaluation aboutit à une condamnation à payer une somme correspondant à soixante-dix pour cent du préjudice financier allégué. Le rejet des autres griefs concernant la gestion locative montre que la responsabilité reste circonscrite au défaut de conseil initial.