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Transparence salariale 2026 : que faire si la loi française tarde à arriver ?

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Depuis le 7 juin 2026, une question revient dans les entreprises : un salarié peut-il déjà demander des informations sur les salaires alors que la directive européenne sur la transparence salariale n’est pas encore transposée en droit français ?

La question est pratique. Un salarié découvre qu’une collègue ou un collègue, placé sur un poste comparable, semble mieux rémunéré. Un candidat voit une offre sans fourchette de salaire. Une salariée soupçonne un écart lié au sexe, à la maternité, à l’ancienneté mal prise en compte ou à une évolution de carrière bloquée. L’employeur répond souvent que les salaires des autres sont confidentiels.

La directive européenne 2023/970 impose aux Etats membres de renforcer la transparence des rémunérations. Vie-publique rappelle que l’échéance de transposition était fixée au 7 juin 2026 et que la France a annoncé une transposition ultérieure. Source officielle : Vie-publique, transparence salariale. Service-Public détaille aussi les obligations attendues : information avant l’embauche, critères de rémunération, comptes rendus sur les écarts et renversement de la charge de la preuve. Source officielle : Service-Public Entreprendre, transparence des salaires.

Mais le retard de la loi française ne signifie pas que le salarié doit attendre sans rien faire. Le droit français contient déjà plusieurs outils pour agir.

La directive n’est pas encore le seul fondement utile

La directive européenne donne une direction claire : rendre les salaires moins opaques et faciliter la preuve des écarts injustifiés.

En pratique, tant que la transposition française n’est pas adoptée, il faut rester précis. Dans un litige entre un salarié et un employeur privé, il est risqué de prétendre que toutes les obligations nouvelles de la directive sont déjà automatiquement opposables dans leur forme complète.

En revanche, le salarié peut déjà s’appuyer sur le Code du travail, le principe d’égalité de rémunération, l’interdiction des discriminations, l’article 145 du Code de procédure civile et la jurisprudence sur le droit à la preuve.

La stratégie n’est donc pas d’attendre une loi parfaite. Elle consiste à documenter l’écart, demander les informations utiles, puis saisir le juge si l’employeur refuse.

Ce que le Code du travail permet déjà

L’article L. 3221-2 du Code du travail prévoit que l’employeur assure, pour un même travail ou pour un travail de valeur égale, l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes.

L’article L. 3221-4 précise que des travaux ont une valeur égale lorsqu’ils exigent un ensemble comparable de connaissances professionnelles, de capacités issues de l’expérience, de responsabilités et de charge physique ou nerveuse.

L’article L. 1132-1 interdit aussi les mesures discriminatoires, notamment en matière de rémunération, en raison du sexe, de l’âge, de l’état de santé, de la grossesse, de l’origine, de l’activité syndicale, du handicap ou d’autres critères protégés.

Enfin, l’article L. 1134-1 aménage la preuve. Le salarié doit présenter des éléments laissant supposer une discrimination. L’employeur doit ensuite prouver que sa décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.

Ces textes sont déjà en vigueur. Le salarié n’a donc pas besoin d’attendre la future loi de transposition pour contester un écart de salaire lorsqu’il peut réunir des indices sérieux.

Peut-on demander le salaire de ses collègues ?

Il faut distinguer deux situations.

La première est une demande informelle ou interne. Le salarié peut demander à l’employeur les critères de rémunération, sa classification, son coefficient, ses objectifs, les règles d’augmentation, les grilles conventionnelles et les éléments objectifs qui justifient sa rémunération. Cette demande doit être écrite, datée et sobre.

La seconde est une demande judiciaire. Si l’employeur refuse de communiquer les éléments de comparaison, le salarié peut demander au juge d’ordonner la production de pièces. C’est souvent le point décisif.

La Cour de cassation admet que le droit à la preuve puisse justifier la production d’éléments concernant d’autres salariés, y compris des données de paie, lorsque cette production est nécessaire et proportionnée. Dans un arrêt du 1er juin 2023, elle rappelle que le RGPD ne constitue pas un obstacle absolu et que le juge doit mettre en balance la protection des données personnelles avec le droit d’accéder au juge.

La formule utile est la suivante : le droit à la preuve peut justifier la production d’éléments portant atteinte à la vie personnelle si cette production est indispensable et proportionnée. Source officielle : Cass. soc., 1er juin 2023, n° 22-13.238.

Cela ne donne pas un droit illimité à recevoir tous les bulletins de paie de l’entreprise. Le juge peut réduire le périmètre : même établissement, même période d’embauche, même niveau de classification, même métier, même type de responsabilités, données occultées lorsque cela suffit.

Quels indices réunir avant d’agir ?

Un dossier de transparence salariale se prépare avant la saisine du juge.

Le salarié doit d’abord réunir ses propres documents : contrat de travail, avenants, fiches de poste, bulletins de paie, entretiens annuels, objectifs, primes, classification conventionnelle, courriels sur les augmentations, refus écrits et échanges avec les ressources humaines.

Il faut ensuite identifier le bon comparateur. Un collègue n’est utile que si sa situation est comparable. Le même intitulé de poste ne suffit pas toujours. Le juge regarde les missions réelles, l’ancienneté, le niveau de responsabilité, la classification, les diplômes, l’expérience, la charge de travail et le périmètre d’activité.

Le salarié peut aussi conserver les offres d’emploi publiées par l’entreprise, les grilles de salaire internes, les annonces mentionnant une fourchette, les communications RH, les accords collectifs, les données d’index égalité professionnelle et les éléments transmis au CSE lorsqu’ils sont accessibles.

Il faut éviter une erreur fréquente : écrire seulement que le collègue gagne plus. L’écart doit être rattaché à un poste comparable ou à un critère interdit.

Comment formuler la demande à l’employeur ?

La demande doit rester ciblée.

Le salarié peut demander la communication des critères utilisés pour déterminer sa rémunération, les règles de progression salariale applicables à son poste, sa classification exacte, les éléments objectifs expliquant l’absence d’augmentation ou l’écart constaté, ainsi que les données de comparaison anonymisées ou cantonnées aux salariés comparables.

La demande doit préciser le motif : soupçon d’inégalité de traitement, discrimination salariale, écart inexpliqué entre salariés exerçant un travail égal ou de valeur égale, ou absence de justification objective.

Il ne faut pas demander toute la paie de tous les salariés. Une demande trop large facilite le refus. Une demande efficace vise un panel restreint et explique pourquoi ce panel est pertinent.

Si l’employeur répond par la confidentialité ou le RGPD, cette réponse ne ferme pas le dossier. Elle signifie simplement que la discussion se déplacera peut-être devant le juge, avec un contrôle de nécessité et de proportionnalité.

Que faire si l’employeur refuse ?

Le refus doit être conservé. S’il est oral, il faut le confirmer par courriel : « Je prends acte de votre refus de me communiquer les éléments permettant d’expliquer l’écart de rémunération évoqué lors de notre échange. »

Ensuite, deux voies sont possibles.

La première consiste à saisir le conseil de prud’hommes au fond pour demander un rappel de salaire, des dommages-intérêts ou la réparation d’une discrimination.

La seconde consiste à demander, avant ou pendant le procès, la production de documents sur le fondement de l’article 145 du Code de procédure civile ou dans le cadre des pouvoirs d’instruction du juge prud’homal. Cette voie est utile lorsque le salarié sait qu’il existe un écart mais ne détient pas les pièces.

Le juge ne demandera pas seulement si le salarié veut les documents. Il vérifiera s’il existe un motif légitime, si les pièces demandées peuvent influencer le litige, si le périmètre est proportionné et si les données personnelles peuvent être protégées par occultation ou limitation.

Les arguments que l’employeur peut opposer

L’employeur peut justifier une différence de rémunération par des raisons objectives.

L’ancienneté peut compter, si elle n’est pas déjà rémunérée par une prime spécifique. L’expérience particulière peut compter. Des responsabilités plus importantes, une charge de travail différente, un portefeuille clients distinct, une mobilité plus étendue, une compétence rare ou une performance objectivée peuvent aussi justifier un écart.

En revanche, une formule générale ne suffit pas. L’employeur doit expliquer et prouver. Il ne peut pas se contenter d’écrire que « les salaires sont individualisés » ou que « chaque parcours est différent ».

La transparence salariale rendra ce débat plus direct, mais le coeur du litige existe déjà : l’écart est-il objectivement justifié ?

Pourquoi l’actualité de 2026 change le rapport de force

Le retard de transposition français crée une période d’incertitude. Les salariés entendent parler de nouveaux droits mais se heurtent encore à des réponses anciennes.

Cette période peut être mise à profit. Les entreprises savent que la transparence salariale deviendra plus structurée. Les salariés peuvent déjà préparer leurs demandes, surtout lorsque l’écart paraît ancien, répété ou lié à un critère protégé.

La question la plus urgente n’est donc pas seulement : « la directive est-elle transposée ? » La question utile est : « quels droits puis-je utiliser maintenant pour obtenir les éléments qui me manquent ? »

Paris et Île-de-France : pourquoi agir vite

À Paris et en Île-de-France, les écarts de rémunération peuvent être importants pour des postes comparables, notamment dans les fonctions commerciales, juridiques, financières, numériques, médicales, de conseil ou de management.

Le salarié doit vérifier le conseil de prud’hommes compétent selon son lieu de travail, l’établissement de rattachement ou les clauses applicables. Il doit aussi tenir compte des délais de prescription. En matière de rappel de salaire, le délai est en principe de trois ans pour les sommes dues. En matière de discrimination, l’analyse peut être différente selon la demande et la période concernée.

Plus le salarié attend, plus les preuves se dispersent : annonces supprimées, managers partis, objectifs non conservés, traces RH difficiles à obtenir. Un dossier salarial doit être figé tôt.

Pour replacer cette demande dans une stratégie plus large, le salarié peut aussi vérifier les autres recours disponibles en droit du travail à Paris, notamment lorsque l’écart de rémunération s’ajoute à une sanction, une mise à l’écart, un retour de congé maternité ou une rupture du contrat.

Plan d’action en 48 heures

Dans les 48 heures, le salarié peut faire trois choses.

D’abord, établir une chronologie : embauche, changements de poste, augmentations, refus, primes, entretiens annuels, maternité, arrêt maladie, mandat, retour de congé ou tout événement pouvant expliquer l’écart.

Ensuite, réunir les pièces : bulletins de paie, contrat, avenants, objectifs, fiche de poste, classification, annonces, grilles conventionnelles, échanges RH.

Enfin, envoyer une demande ciblée à l’employeur. Elle doit porter sur les critères de rémunération, les règles de progression, la classification et les éléments de comparaison pertinents. Si l’employeur refuse, il faudra préparer une demande judiciaire de communication de pièces.

La transparence salariale n’est pas un slogan. C’est un dossier de preuve.

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