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Maître Hassan KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Hassan KOHEN
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Tribunal de commerce d’Avignon, le 8 avril 2026, n°2026001972

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Le 8 avril 2026, le Tribunal des activités économiques d’Avignon (quatrième chambre, procédures collectives) a rendu une décision relative à la poursuite de la période d’observation d’une société à responsabilité limitée placée en redressement judiciaire. La question centrale portait sur les conditions dans lesquelles le tribunal peut ordonner le maintien de cette phase préparatoire à un éventuel plan de redressement. Une société débitrice, ayant fait l’objet d’une ouverture de redressement judiciaire, se voyait confrontée à l’échéance de la période d’observation. Le mandataire judiciaire et le ministère public ont été entendus. Le rapport établi conformément à l’article L. 631-15 I du code de commerce révélait que la trésorerie de la société apparaissait suffisante pour couvrir les besoins de l’activité pendant les six mois à venir. Aucune partie ne contestait cette analyse. Dès lors, le tribunal devait déterminer si les éléments produits justifiaient la prolongation de la période d’observation ou imposaient, au contraire, une conversion en liquidation judiciaire. Le tribunal a pris acte du rapport et ordonné la poursuite de la période d’observation, renvoyant l’affaire à une audience ultérieure pour statuer sur l’issue définitive. Il convient d’expliquer le sens de cette décision avant d’en apprécier la valeur et la portée.

I. Une décision de maintien fondée sur une appréciation positive de la trésorerie

A. L’exigence de capacités de financement suffisantes comme condition légale

Le tribunal s’est appuyé sur l’article L. 631-15 du code de commerce, lequel encadre les pouvoirs du juge en cours de période d’observation. Il ressort des motifs que  » la trésorerie du débiteur semble être suffisante pour lui permettre de poursuivre son activité jusqu’au terme de la période d’observation de six mois «  (TAE Avignon, 8 avril 2026, n°2026001972). Cette formulation révèle que le juge a opéré un contrôle concret des ressources financières de l’entreprise. Il ne s’est pas contenté d’une simple déclaration du débiteur, mais a examiné le rapport du mandataire judiciaire. La loi exige que le tribunal vérifie si l’entreprise peut faire face à ses charges courantes sans aggraver son passif. En l’espèce, la trésorerie disponible était jugée adéquate. Le tribunal a donc estimé que les conditions légales pour une poursuite de l’observation étaient réunies. Cette appréciation s’inscrit dans la logique de l’article L. 631-15 I, qui impose au juge d’examiner l’évolution de la situation du débiteur. La jurisprudence constante rappelle que le redressement est impossible lorsque la trésorerie fait défaut, comme l’illustre une décision dans laquelle il a été retenu que  » le redressement est donc manifestement impossible «  (Cour d’appel de Toulouse, 18 mars 2025, n°24/02312). À l’inverse, une trésorerie positive justifie la prolongation.

B. Le choix d’une solution provisoire plutôt que d’une liquidation immédiate

En ordonnant la poursuite de la période d’observation, le tribunal a écarté la liquidation judiciaire immédiate. Il a préféré laisser à l’entreprise le temps de consolider sa situation. La décision précise que le dossier sera rappelé à une audience ultérieure, le 8 juillet 2026, afin de fixer l’issue définitive. Le tribunal a ainsi fait usage de sa faculté de maintenir la procédure dans une phase encore souple. Cette solution évite une cessation brutale d’activité et préserve les chances de redressement. Elle répond à l’esprit des procédures collectives, qui privilégient la sauvegarde de l’entreprise lorsque cela est possible. La décision se distingue de celles où l’absence de comptabilité ou une trésorerie négative conduit immédiatement à la liquidation, comme dans une affaire où il a été observé que  » le compte RJ accusant depuis le mois de mai des frais d’impayés et présentant un solde négatif «  (Cour d’appel de Riom, 5 février 2025, n°24/01194). Ici, au contraire, les capacités de financement étaient démontrées.

II. Une solution mesurée mais exposée aux aléas de l’exécution

A. La prudence du tribunal face à une trésorerie seulement  » apparente « 

Le tribunal a pris acte du rapport sans procéder à une vérification plus approfondie des comptes. Il emploie le terme  » semble être suffisante « , ce qui indique une certitude relative. Cette réserve pourrait être interprétée comme une marque de prudence, mais elle expose aussi la décision à une fragilité. Si la trésorerie venait à se dégrader rapidement, le maintien de la période d’observation pourrait s’avérer insuffisant. Le juge s’est appuyé sur des éléments fournis par le mandataire, sans exiger des garanties complémentaires. Cette approche est conforme à la pratique des tribunaux de commerce, qui disposent d’un pouvoir souverain d’appréciation. Cependant, elle pose la question du contrôle effectif de la situation économique réelle. La décision n’impose aucune obligation supplémentaire au débiteur avant l’échéance de juillet. Elle repose sur une confiance dans la continuité de l’exploitation.

B. La portée prospective d’une décision de renvoi et la sanction éventuelle

La décision commentée ne fait que reporter l’issue définitive à une audience ultérieure. Le tribunal conserve la faculté de prononcer la liquidation judiciaire si la situation se détériore. Il s’agit donc d’une décision d’étape, qui ne préjuge pas de l’avenir. En ce sens, elle est conforme à la lettre de l’article L. 631-15, qui permet de renouveler la période d’observation ou d’y mettre fin. La portée de cette décision est double : elle offre une chance supplémentaire à l’entreprise, mais elle fait peser le risque d’une aggravation du passif sur les créanciers. Le tribunal a veillé à rappeler que l’éventualité d’une liquidation judiciaire reste ouverte. Ce mécanisme de  » sursis «  est classique dans les procédures collectives. Il permet d’attendre des résultats concrets tout en évitant une décision irréversible trop précoce. La jurisprudence ultérieure devra confirmer si ce type de décision devient une pratique courante ou si elle reste limitée aux cas où la trésorerie est solidement établie.

Jurisprudences utilisées pour enrichir le commentaire

Fondements juridiques

Article L. 631-15 du Code de commerce En vigueur

I.-Au plus tard au terme d’un délai de deux mois à compter du jugement d’ouverture, le tribunal ordonne la poursuite de la période d’observation s’il lui apparaît que le débiteur dispose à cette fin de capacités de financement suffisantes. Toutefois, lorsque le débiteur exerce une activité agricole, ce délai peut être modifié en fonction de l’année culturale en cours et des usages spécifiques aux productions de cette exploitation.

Le tribunal se prononce au vu d’un rapport, établi par l’administrateur ou, lorsqu’il n’en a pas été désigné, par le débiteur.

II.-A tout moment de la période d’observation, le tribunal, à la demande du débiteur, de l’administrateur, du mandataire judiciaire, d’un contrôleur, du ministère public ou d’office, peut ordonner la cessation partielle de l’activité ou prononce la liquidation judiciaire si le redressement est manifestement impossible.

Il statue après avoir entendu ou dûment appelé le débiteur, l’administrateur, le mandataire judiciaire, les contrôleurs et la ou les personnes désignées par le comité social et économique, et avoir recueilli l’avis du ministère public.

Lorsque le tribunal prononce la liquidation, il met fin à la période d’observation et, sous réserve des dispositions de l’article L. 641-10, à la mission de l’administrateur.

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