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Maître Hassan KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Hassan KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tribunal de commerce de Paris, le 8 avril 2026, n°2026003576

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I. Les conditions de fond encadrant la prorogation du délai de clôture

Le jugement commenté prononce une prorogation de trois mois du délai de clôture de la liquidation judiciaire simplifiée sur le fondement de l’article L. 644-5 du code de commerce. Ce texte prévoit que la clôture doit intervenir dans un délai de six mois à compter de l’ouverture de la procédure simplifiée, porté à un an lorsque les seuils de salariés et de chiffre d’affaires sont dépassés. La faculté de proroger ce délai pour une durée maximale de trois mois est ouverte au tribunal, par un jugement spécialement motivé. En l’espèce, le mandataire judiciaire liquidateur a déposé une requête le 16 janvier 2026 exposant les motifs justifiant le report. Le tribunal des activités économiques de Paris, par son jugement du 8 avril 2026, a estimé que ces motifs étaient suffisants pour accueillir la demande. La décision illustre la marge d’appréciation reconnue au juge pour adapter la durée de la procédure aux circonstances concrètes de la liquidation. « L’article L.644-5 du code de commerce prévoit que le tribunal prononce la clôture de la liquidation judiciaire au plus tard dans le délai de six mois à compter de la décision ayant ordonné ou décidé l’application de la procédure simplifiée, le débiteur entendu ou dûment appelé. Ce délai est porté à un an lorsque le nombre des salariés du débiteur ainsi que son chiffre d’affaires hors taxes sont supérieurs à des seuils fixés par décret. Le tribunal peut, par un jugement spécialement motivé, proroger la procédure pour une durée qui ne peut excéder trois mois » (Cour d’appel de Saint-Denis de la Réunion, 30 avril 2025, n°24/00701). La motivation par référence aux motifs de la requête est admise, le tribunal se contentant de viser « les motifs y exposés justifiant son accueil ». Cette approche pragmatique évite une redondance inutile tout en respectant l’exigence légale.

B. Le respect du contradictoire et l’appréciation souveraine du juge

Le tribunal a statué après avoir convoqué le débiteur à l’audience publique du 8 avril 2026. Ce dernier était absent, mais la procédure est réputée contradictoire en raison de la convocation régulière. Le mandataire judiciaire liquidateur, présent, a soutenu oralement sa requête. Le juge-commissaire a rendu un rapport favorable, élément central dans la décision. Cette formalité garantit que la prorogation n’est pas automatique mais résulte d’un contrôle judiciaire effectif. La Cour d’appel de Toulouse a rappelé que « dans le jugement qui ouvre ou prononce la liquidation judiciaire, le tribunal fixe le délai au terme duquel la clôture de la procédure devra être examinée. Si la clôture ne peut être prononcée au terme de ce délai, le tribunal peut proroger le terme par une décision motivée » (Cour d’appel de Toulouse, 18 février 2025, n°24/00690). En l’espèce, le tribunal a respecté cette exigence en fixant précisément au 8 juillet 2026 la nouvelle date d’examen. Il a également veillé à ce que la prorogation soit limitée à trois mois, soit le maximum autorisé par l’article L. 644-5. Cette mesure permet de concilier la célérité imposée par la procédure simplifiée avec les besoins réels de la liquidation, notamment pour réaliser les actifs ou apurer le passif. Le jugement démontre que la prorogation n’est pas une simple formalité mais une décision soumise à un examen concret des circonstances.

II. Les effets de la prorogation sur le déroulement de la liquidation

A. Le maintien des organes de la procédure et la continuité des opérations

Le tribunal a décidé de maintenir le juge-commissaire et le mandataire judiciaire liquidateur dans leurs fonctions pour la durée de la prorogation. Cette continuité est essentielle pour éviter toute rupture dans le suivi du dossier. Le mandataire pourra ainsi achever les opérations en cours, notamment la vente des actifs ou la distribution des dividendes. Le maintien du même juge-commissaire garantit une connaissance approfondie de l’affaire, gage d’efficacité. En outre, la décision précise que les dépens seront portés en frais privilégiés de procédure collective, ce qui assure leur prise en charge prioritaire. La prorogation ne modifie pas le régime de la procédure simplifiée : les règles de contrôle et de reddition des comptes restent applicables. Le tribunal a donc géré la situation en préservant à la fois la souplesse nécessaire à la liquidation et le cadre légal strict. Cette solution est conforme à l’esprit de l’article L. 644-5, qui offre un outil de gestion temporelle sans compromettre les droits des créanciers ni la célérité de la procédure. Le jugement constitue une application mesurée du pouvoir de prorogation, en phase avec les objectifs de la réforme des procédures collectives.

B. La portée de la décision dans le temps et ses conséquences procédurales

Le délai de prorogation court à compter de la date du jugement jusqu’au 8 juillet 2026, date à laquelle la clôture devra être examinée. À cette échéance, le tribunal pourra soit prononcer la clôture, soit, si les opérations ne sont pas terminées, accorder une nouvelle prorogation dans la limite du même plafond de trois mois. Le caractère exécutoire de plein droit de la décision permet une mise en œuvre immédiate. En pratique, la prorogation offre un répit au mandataire pour finaliser les démarches sans pressions excessives. Cependant, elle retarde d’autant le terme de la procédure, ce qui peut impacter les créanciers en attente de dividende. La décision s’inscrit dans une tendance jurisprudentielle favorable à une gestion pragmatique des liquidations simplifiées, où la durée maximale n’est pas une fin en soi mais un outil modulable. Les juridictions veillent à ce que chaque prorogation soit justifiée par des motifs concrets, comme en témoigne la référence aux « motifs y exposés » dans le jugement. Ainsi, la portée de cette décision dépasse le cas d’espèce : elle rappelle que le juge doit faire un usage raisonné de sa faculté de prorogation, sans jamais perdre de vue l’objectif de célérité propre à la procédure simplifiée.

Jurisprudences utilisées pour enrichir le commentaire

Fondements juridiques

Article L. 644-5 du Code de commerce En vigueur

Le tribunal prononce la clôture de la liquidation judiciaire au plus tard dans le délai de six mois à compter de la décision ayant ordonné ou décidé l’application de la procédure simplifiée, le débiteur entendu ou dûment appelé. Ce délai est porté à un an lorsque le nombre des salariés du débiteur ainsi que son chiffre d’affaires hors taxes sont supérieurs à des seuils fixés par décret..

Le tribunal peut, par un jugement spécialement motivé, proroger la procédure pour une durée qui ne peut excéder trois mois.

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