Tribunal judiciaire de Bobigny, le 26 mai 2025, n°24/08323

Le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bobigny, statuant le 26 mai 2025, a été saisi par un bailleur social aux fins de constat de résiliation d’un bail pour défaut de paiement. Le locataire, en situation d’impayés, bénéficiait d’une clause résolutoire. La juridiction a examiné la recevabilité de la demande, le quantum de la créance, l’application temporelle de la loi du 27 juillet 2023 modifiant le délai de la clause résolutoire, et la possibilité d’accorder des délais de paiement. Elle a constaté la résiliation du bail mais en a suspendu les effets sous conditions, accordant au locataire un échelonnement de sa dette.

Le contrôle strict des conditions procédurales et pécuniaires

La vérification préalable du respect des formalités substantielles a été rigoureuse. Le bailleur a dû justifier du strict respect des délais de notification à l’autorité préfectorale et de saisine de la commission de prévention des expulsions. « Conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi du 6 juillet 1989, une copie de l’assignation aux fins de constat de la résiliation du bail a été notifiée au représentant de l’Etat dans le département le 18 septembre 2024, soit au moins six semaines avant l’audience. » (Motifs de la décision) Ce formalisme protecteur conditionne la recevabilité de l’action en résiliation, garantissant un cadre procédural équilibré. Par ailleurs, le juge a opéré un contrôle minutieux de la créance réclamée. Se fondant sur l’article 1353 du code civil, il a exigé une preuve certaine des sommes dues et a procédé à leur épuration. Il a ainsi retranché du décompte les frais injustifiés, rappelant le principe d’interdiction des clauses abusives en matière de recouvrement. Cette approche restrictive protège le locataire contre toute demande excessive ou non fondée.

L’articulation délicate entre la loi nouvelle et les droits acquis

La décision apporte une précision essentielle sur l’application dans le temps de la réforme du délai de la clause résolutoire. Le bail, conclu en 2004 et tacitement reconduit, contenait une clause prévoyant un délai de deux mois après commandement. La loi du 27 juillet 2023 a réduit ce délai à six semaines. Le juge a dû trancher le régime applicable. Il a retenu le principe de non-rétroactivité de la loi nouvelle, protégeant ainsi les situations contractuelles constituées. « En l’absence de dispositions transitoires, l’application de la loi du 27 juillet 2023 dans le temps est régie par l’article 2 du code civil, selon lequel la loi ne dispose que pour l’avenir et n’a point d’effet rétroactif. » (Motifs de la décision) En conséquence, le délai de deux mois, stipulé contractuellement et conforme à la loi ancienne, demeure applicable. Cette solution préserve la sécurité juridique et les attentes légitimes des parties au contrat en cours.

La conciliation entre sanction du défaut de paiement et prévention de l’expulsion

Le cœur de la décision réside dans l’équilibre trouvé entre la sanction de l’inexécution et la protection du logement. Bien que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire soient réunies, justifiant son constat, le juge a fait usage de son pouvoir d’aménagement. Après avoir constaté la résiliation à compter du 4 juin 2024, il a accordé au locataire des délais de paiement étalés sur trente-six mois. « Il convient d’accorder […] des délais selon les modalités définies dans le dispositif pour le règlement des sommes dues. » (Motifs de la décision) Surtout, il a suspendu les effets de la clause résolutoire pendant cette période. Cette suspension, conditionnée au paiement régulier des échéances et du loyer courant, permet une véritable réhabilitation du contrat. Si le plan est intégralement respecté, « la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais joué » (Motifs de la décision). Ce mécanisme offre une seconde chance au locataire de bonne foi tout en garantissant au bailleur le recouvrement de sa créance.

La portée pratique d’une justice du logement équilibrée

Cette décision illustre le rôle actif du juge des contentieux de la protection dans la gestion des impayés locatifs. Elle affirme avec netteté le principe de non-rétroactivité de la loi réduisant le délai de la clause résolutoire, sécurisant ainsi les baux en cours. Elle démontre ensuite que la constatation de la résiliation n’est pas une fin en soi, mais peut s’accompagner de mesures de temporisation. L’octroi de délais de paiement couplé à la suspension des effets de la résiliation constitue un outil puissant de prévention des expulsions. Il subordonne le maintien dans les lieux à un effort financier soutenu et vérifiable. Enfin, le contrôle strict de la créance et l’élimination des frais abusifs rappellent les limites imposées au bailleur dans son action en recouvrement, renforçant la protection du consommateur locataire.

📄 Circulaire officielle

Nos données proviennent de la Cour de cassation (Judilibre), du Conseil d'État, de la DILA, de la Cour de justice de l'Union européenne ainsi que de la Cour européenne des droits de l'Homme.
Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal

Maître Kohen, avocat à Paris en droit pénal et droit du travail, accompagne ses clients avec rigueur et discrétion dans toutes leurs démarches juridiques, qu'il s'agisse de procédures pénales ou de litiges liés au droit du travail.

Analyse stratégique offerte

Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

Transmettez-nous les pièces de votre dossier pénal. Maître Hassan KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique de votre situation.

  • Première analyse offerte et sans engagement
  • Réponse personnelle de l'avocat sous 24 heures
  • 100 % confidentiel, secret professionnel garanti
  • Jusqu'à 1 Go de pièces, dossiers et sous-dossiers acceptés

Cliquez ou glissez vos fichiers ici
Tous formats acceptes (PDF, Word, images, etc.)

Envoi en cours...

Vos donnees sont utilisees uniquement pour traiter votre demande. Politique de confidentialite.

En savoir plus sur Maître Hassan Kohen, avocat en droit pénal à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture