Tribunal judiciaire de Mesnil-Amelot, le 19 septembre 2025, n°25/03696

Le tribunal judiciaire du Mesnil-Amelot, le 19 septembre 2025, statue sur une requête en prolongation de rétention administrative. La personne concernée, titulaire d’un titre de séjour polonais, est retenue en vue de son éloignement. Le juge examine la légalité de la rétention et la régularité de la procédure. Il relève l’impossibilité d’exécuter la mesure due à l’absence de document de voyage. La juridiction ordonne une seconde prolongation de trente jours pour permettre les diligences nécessaires.

Le contrôle du juge sur la légalité de la rétention

Le juge des libertés exerce un contrôle autonome et exhaustif. Il statue en tant que gardien de la liberté individuelle sur la légalité de la rétention. Cette mission persiste indépendamment de tout recours contre la décision de placement initiale. Le contrôle porte ainsi sur le strict respect des garanties procédurales. Il vérifie notamment que la personne a été pleinement informée de ses droits. « Attendu qu’indépendamment de tout recours contre la décision de placement, le juge doit se prononcer en tant que gardien de la liberté individuelle sur la légalité de la rétention » (Motifs). Cette affirmation rappelle le rôle fondamental du juge administratif des libertés. Il constitue une protection essentielle contre l’arbitraire dans un contexte de privation de liberté.

La régularité procédurale est soumise à des règles temporelles strictes. Le législateur a instauré une irrecevabilité pour les irrégularités anciennes. « Attendu que selon l’article L. 743-11 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, à peine d’irrecevabilité, prononcée d’office, aucune irrégularité antérieure à l’audience relative à la première prolongation de la rétention ne peut être soulevée lors de l’audience relative à la seconde prolongation » (Motifs). Cette disposition vise à sécuriser la procédure et à éviter les manœuvres dilatoires. Elle renforce l’économie procédurale des audiences de prolongation. Le juge vérifie cependant le respect continu des droits pendant toute la rétention.

La justification du maintien en rétention par l’administration

L’absence de document de voyage légitime les diligences et le maintien. L’impossibilité d’exécution découle directement du comportement de l’intéressé. « Attendu qu’il ressort des pièces jointes à la requête et des débats que l’impossibilité d’exécuter la mesure d’éloignement résulte de l’absence de présentation par l’étranger de son document de voyage, situation assimilable à sa perte ou à sa destruction au sens de l’article L. 742-4 et L. 742-5 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile » (Motifs). Cette analyse rejoint une jurisprudence constante sur la responsabilité de l’étranger. Un tribunal a déjà jugé que l’absence de présentation équivaut à une perte. « Attendu qu’il ressort des pièces jointes à la requête et des débats que l’impossibilité d’exécuter la mesure d’éloignement résulte de l’absence de présentation par l’étranger de son document de voyage, situation assimilable à sa perte ou à sa destruction » (Tribunal judiciaire de Meaux, le 13 février 2025, n°25/00566). Cette assimilation encadre strictement le pouvoir d’appréciation du juge.

L’administration doit cependant prouver des diligences actives et continues. La décision détaille les démarches entreprises pour établir l’identité. La saisine des autorités consulaires et l’audition programmée démontrent cette activité. La découverte d’un titre de séjour polonais ouvre une nouvelle piste de réadmission. « Attendu en outre, qu’au regard des pièces justificatives produites par l’intéressé, il s’avère que l’intéressé dispose d’un titre de séjour polonais valide jusqu’au 2 avril 2028 ; que ces éléments permettent par conséquent d’envisager une réadmission vers ce pays » (Motifs). Cette découverte n’interrompt pas la rétention mais impose de nouvelles diligences. L’existence d’un titre de séjour dans un pays tiers ne suffit pas à vicier la procédure. Un autre tribunal a déjà écarté un argument similaire faute de justificatif vérifiable. « L’argument soutenu par l’intéressé de bénéficier d’un titre de séjour suisse et de la possibilité pour l’intéressé de résider sur ce territoire, ne peut prospérer non seulement en l’absence de justificatif » (Tribunal judiciaire de Toulouse, le 8 juillet 2025, n°25/01667). La charge de la preuve incombe ici à l’intéressé.

La décision illustre le contrôle concret et exigeant du juge des libertés. Elle valide la prolongation uniquement parce que des diligences précises sont rapportées. L’assignation à résidence est écartée en raison de l’absence de passeport remis. Le juge opère ainsi une balance entre la liberté individuelle et l’exécution de la loi. Cette ordonnance rappelle que la rétention demeure une mesure ultime et strictement encadrée. Son maintien est conditionné à une perspective réaliste d’éloignement dans un délai bref.

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Hassan KOHEN
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