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Véhicule de fonction et démission : l’employeur peut-il réclamer le reliquat du leasing ?

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Une décision récente de la Cour de cassation remet une question très concrète au centre des départs de l’entreprise : que se passe-t-il lorsqu’un salarié démissionne après avoir choisi une voiture de fonction plus coûteuse que le véhicule prévu par son employeur ? L’entreprise peut-elle lui réclamer, après la rupture du contrat, une partie des loyers restant dus au loueur ?

Dans un arrêt du 3 juin 2026, la chambre sociale a admis qu’une clause puisse rester opposable au salarié lorsque celui-ci avait choisi un véhicule de fonction supérieur à l’avantage normalement prévu, avec une participation au surcoût clairement prévue par avenant. La solution ne signifie pas que l’employeur peut toujours faire payer un reliquat de leasing au salarié qui part. Elle impose au contraire de vérifier finement le contrat, l’avenant véhicule, le montant réclamé, la liberté de démissionner et la nature exacte de l’avantage.

Pour le salarié, l’enjeu est immédiat : plusieurs milliers d’euros peuvent être réclamés sur le solde de tout compte, par courrier séparé ou dans une demande reconventionnelle devant le conseil de prud’hommes. Pour l’employeur, l’enjeu est aussi sensible : une clause mal rédigée peut être contestée comme sanction pécuniaire, retenue illicite ou modification déguisée du salaire.

Le point de départ : distinguer véhicule de fonction, véhicule de service et surcoût choisi

Le premier réflexe consiste à qualifier le véhicule. Un véhicule de service sert en principe aux besoins professionnels. Un véhicule de fonction peut être utilisé à titre professionnel et personnel. Dans la pratique, les frontières se brouillent : un véhicule présenté comme « de service » peut devenir un avantage en nature s’il est laissé au salarié de façon permanente, notamment pour rentrer à son domicile et effectuer certains trajets personnels.

La Cour de cassation l’a rappelé dans un arrêt du 14 janvier 2026 : lorsque le salarié dispose en réalité de façon permanente d’un véhicule utilisé pour ses trajets professionnels et personnels, l’avantage peut être qualifié d’avantage individuel en nature. La décision est consultable sur le site de la Cour de cassation : Cass. soc., 14 janvier 2026, n° 24-14.418.

La qualification est importante, mais elle ne suffit pas. Le litige du 3 juin 2026 portait sur un autre point : la salariée avait choisi un véhicule excédant la valeur de l’avantage que l’employeur s’était engagé à fournir. En contrepartie, elle devait payer une partie des loyers correspondant au surcoût. Au moment de sa démission, l’employeur lui a demandé un complément différentiel correspondant à la part des loyers restant dus jusqu’au terme du contrat de location.

Autrement dit, il ne s’agissait pas seulement de savoir si la voiture était un avantage en nature. Il fallait savoir si le surcoût lié au choix personnel du modèle pouvait rester à la charge du salarié après son départ.

Ce que dit l’arrêt du 3 juin 2026

Dans l’affaire jugée le 3 juin 2026, la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de la salariée. Elle retient que les juges du fond pouvaient considérer la clause valable, car plusieurs éléments étaient réunis.

D’abord, la salariée avait choisi un véhicule de fonction excédant l’avantage prévu par l’employeur. Ensuite, l’avenant prévoyait une contrepartie financière correspondant au surcoût de location. Enfin, le montant demandé à la fin du contrat correspondait à la part des loyers restant dus jusqu’au terme du contrat de location. La Cour relève aussi que le paiement du complément n’avait pas concrètement empêché la salariée de démissionner, puisqu’elle avait quitté l’entreprise treize mois après la conclusion de l’avenant.

La décision officielle est disponible ici : Cass. soc., 3 juin 2026, n° 25-11.373.

Cette solution doit être lue avec prudence. Elle ne crée pas un droit général de l’employeur à facturer au salarié le coût restant d’un véhicule de fonction. Elle valide une configuration précise : choix personnel d’un véhicule plus cher, clause écrite, surcoût identifiable, montant cohérent avec les loyers restant dus, absence d’atteinte concrète à la liberté de démissionner.

Quand la clause peut être contestée par le salarié

Un salarié qui reçoit une demande de remboursement ne doit pas payer mécaniquement. Plusieurs points peuvent justifier une contestation.

Le premier point est l’existence d’un écrit. L’employeur doit produire le contrat de travail, l’avenant véhicule, la politique automobile ou tout document signé qui explique clairement la participation du salarié. Une pratique orale, une note interne imprécise ou une ligne obscure dans un règlement flotte ne suffisent pas toujours.

Le deuxième point est la cause de la somme réclamée. Si l’employeur demande au salarié de payer parce qu’il part, parce qu’il a démissionné, parce qu’il n’a pas atteint ses objectifs ou parce qu’il aurait commis une faute, la discussion peut basculer vers l’interdiction des sanctions pécuniaires. L’article L. 1331-2 du Code du travail interdit les amendes et autres sanctions pécuniaires.

Le troisième point est le lien entre le montant et le surcoût réel. L’employeur doit pouvoir expliquer le calcul : valeur du véhicule normalement prévu, modèle choisi, loyers du contrat, part personnelle, échéances déjà payées, somme restant due. Une somme forfaitaire disproportionnée, non documentée ou sans rapport avec le surcoût peut être contestée.

Le quatrième point est la liberté de démissionner. Une clause qui rend le départ financièrement très difficile peut être attaquée si elle porte une atteinte excessive à la liberté du salarié de rompre le contrat. L’analyse dépend du montant, du salaire, de l’ancienneté de la clause, de la possibilité réelle de choisir un autre véhicule et de la manière dont l’employeur a présenté l’engagement.

Le cinquième point est la restitution du véhicule. Si le salarié a rendu le véhicule à la rupture du contrat, il faut vérifier ce que l’employeur réclame exactement : un surcoût personnel accepté, une pénalité de départ, des frais de remise en état, des loyers complets, une franchise, ou une retenue sur salaire. Les régimes juridiques ne sont pas les mêmes.

L’employeur peut-il retenir la somme sur le solde de tout compte ?

La prudence est maximale. Même lorsque l’employeur estime avoir une créance, il ne peut pas se faire justice lui-même sans respecter les règles applicables aux retenues sur salaire et à la compensation. Le salaire bénéficie d’une protection particulière. Une retenue opérée sans base claire peut entraîner un contentieux immédiat.

En pratique, le salarié doit vérifier le solde de tout compte, le bulletin de paie de sortie, les indemnités de congés payés, les remboursements de frais, le prorata de prime, l’avantage en nature déclaré et toute ligne intitulée « véhicule », « leasing », « participation », « retenue », « complément différentiel » ou « régularisation ».

Si une somme est déduite, il faut demander par écrit le détail du calcul et les pièces justificatives. Si la somme est seulement réclamée par courrier, il ne faut pas répondre par un refus général. Il vaut mieux demander le fondement contractuel, le mode de calcul, la facture du loueur ou le contrat de location, et la preuve que le montant correspond au seul surcoût choisi par le salarié.

Quelles pièces réunir avant de contester ?

Le dossier doit être construit comme un dossier de rémunération et de rupture, pas seulement comme une discussion automobile. Les pièces utiles sont les suivantes :

  • le contrat de travail et ses avenants ;
  • l’avenant relatif au véhicule de fonction ;
  • la car policy, la note flotte ou le règlement d’utilisation du véhicule ;
  • les échanges sur le choix du modèle ;
  • les simulations de coût communiquées au salarié ;
  • les bulletins de paie avec avantage en nature véhicule ;
  • le solde de tout compte et le bulletin de sortie ;
  • les factures, échéanciers ou documents de leasing si l’employeur les communique ;
  • les messages sur la restitution du véhicule ;
  • les preuves d’usage professionnel et personnel du véhicule ;
  • les courriers de réclamation de l’employeur.

Il faut aussi conserver les éléments montrant comment le choix a été présenté. Le salarié avait-il une alternative raisonnable sans surcoût ? A-t-il compris que le reliquat pourrait être demandé après son départ ? Le montant maximal était-il identifiable ? L’avenant parlait-il seulement d’une participation mensuelle ou aussi d’une somme due en cas de rupture ?

Ces détails peuvent faire la différence.

Que faire si l’employeur réclame plusieurs milliers d’euros ?

La première étape consiste à ne pas signer trop vite une reconnaissance de dette, une transaction ou un échéancier. Signer peut compliquer la contestation, surtout si le document reconnaît sans réserve le principe et le montant de la créance.

La deuxième étape est d’envoyer une réponse courte et précise. Le salarié peut indiquer qu’il conteste la somme en l’état, demander la communication du fondement contractuel et des justificatifs, et réserver ses droits. Si une retenue a déjà été opérée sur le salaire ou les indemnités de sortie, il faut demander la régularisation ou, à défaut, envisager une saisine prud’homale.

La troisième étape est d’évaluer le rapport de force. Si l’employeur dispose d’un avenant clair, d’un calcul solide et d’une preuve que le salarié a choisi un véhicule plus cher en connaissance de cause, la contestation sera plus difficile. Il peut alors être pertinent de discuter une réduction, un étalement ou une transaction globale intégrant les autres postes de rupture.

Si, au contraire, la clause est confuse, la somme forfaitaire, la retenue déjà opérée ou la liberté de démissionner réellement entravée, la contestation peut être plus forte.

Et si le véhicule a été retiré avant la rupture ?

Un autre contentieux existe : le retrait du véhicule pendant l’exécution du contrat. Lorsqu’un véhicule constitue un avantage en nature ou un avantage contractuel, l’employeur ne peut pas toujours le retirer unilatéralement. Le retrait peut entraîner une demande de rappel de salaire, de dommages-intérêts, voire contribuer à une prise d’acte ou une résiliation judiciaire si la situation est grave.

L’arrêt du 14 janvier 2026 illustre ce risque : l’employeur avait retiré un véhicule que le salarié utilisait de façon permanente. La Cour a admis que ce retrait pouvait empêcher le salarié d’exécuter sa prestation et rendre infondé le grief d’abandon de poste. Cette décision est utile lorsque l’entreprise présente le véhicule comme un simple outil de travail alors que l’usage réel révèle un avantage individuel.

Il faut donc distinguer deux questions. Pendant le contrat, le salarié peut contester le retrait ou la modification d’un véhicule qui constitue un avantage. Après la rupture, il peut contester la somme réclamée si elle n’est pas clairement liée à un surcoût accepté et justifié.

Avantage en nature : attention aux bulletins de paie

Le traitement social et fiscal du véhicule peut aussi éclairer le dossier. L’Urssaf rappelle que les avantages en nature sont des biens ou services fournis gratuitement ou avec une participation inférieure à leur valeur réelle. Sa page officielle sur les barèmes est disponible ici : avantages en nature – Urssaf.

Ces informations ne règlent pas à elles seules le litige prud’homal, mais elles permettent de vérifier si l’employeur a traité le véhicule comme un avantage en nature sur la paie. Si le bulletin mentionne un avantage en nature véhicule, cela peut confirmer que la voiture faisait partie de la rémunération globale. Si le véhicule n’apparaît jamais, il faut comprendre pourquoi : usage strictement professionnel, erreur de paie, participation intégrale du salarié ou qualification discutable.

Paris et Île-de-France : agir vite après le départ

À Paris et en Île-de-France, ces litiges apparaissent souvent dans des postes commerciaux, de conseil, d’expertise comptable, de direction ou de fonctions itinérantes. Les sommes réclamées peuvent être importantes parce que les véhicules sont pris en location longue durée et que la rupture intervient avant le terme du contrat de leasing.

Le bon réflexe est de traiter le sujet dès la remise du solde de tout compte ou dès le premier courrier de réclamation. Il faut comparer la somme réclamée avec les autres postes du départ : congés payés, prime, variable, indemnité compensatrice de préavis, clause de non-concurrence, frais professionnels, restitution de matériel et documents de fin de contrat.

Une contestation prud’homale peut porter uniquement sur la retenue véhicule, mais elle peut aussi s’inscrire dans un dossier plus large de rupture du contrat. Le conseil de prud’hommes compétent dépend notamment du lieu de travail, du domicile lorsque le travail est effectué à domicile, ou du siège de l’employeur selon les règles applicables. Le cabinet intervient régulièrement en droit social à Paris pour analyser ces dossiers de rémunération, avantages en nature et rupture du contrat de travail.

La réponse pratique

Si l’employeur réclame un reliquat de leasing après une démission, la question n’est pas : « voiture de fonction ou non ». La vraie question est : le salarié a-t-il accepté clairement de supporter le surcoût d’un véhicule plus cher que l’avantage prévu, et le montant réclamé correspond-il strictement à ce surcoût ?

Lorsque la réponse est oui, l’arrêt du 3 juin 2026 rend la contestation plus difficile. Lorsque la réponse est non, ou lorsque la clause fonctionne comme une pénalité de départ, une retenue sur salaire ou une sanction déguisée, la contestation reste possible.

Avant de payer, il faut donc demander les pièces, vérifier le calcul, contrôler la paie et mesurer l’impact de la clause sur la liberté de démissionner.

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