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Maître Hassan KOHEN
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Chambre criminelle de la Cour de cassation, le 9 juillet 2025, n°25-83.070

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Par un arrêt du 9 juillet 2025, la Cour de cassation, chambre criminelle, statue sur une question prioritaire de constitutionnalité incidente. L’affaire naît d’un placement en détention provisoire confirmé par la cour d’appel de Rennes, 12e chambre, le 9 avril 2025. Le demandeur se pourvoit en cassation et, par mémoire spécial, soulève une QPC visant le régime procédural des pourvois contre les décisions de détention provisoire.

La question est formulée en ces termes : « Les dispositions combinées des articles 397-3 et 567-2 du code de procédure pénale (créées par la loi n° 81-82 du 2 février 1981 renforçant la sécurité et protégeant la liberté des personnes), et 606 du code de procédure pénale, interprétées à la lumière de la jurisprudence dite du « nouveau titre de détention », qui ne permettent pas qu’il soit statué par la Chambre criminelle de la Cour de cassation sur un pourvoi inscrit à l’encontre d’un arrêt confirmatif de placement en détention provisoire lorsqu’un maintien en détention est ultérieurement prononcé, portent-elles atteinte au droit au recours effectif, tel qu’il résulte de l’article 16 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ? ». Entre-temps, un maintien en détention est prononcé, rendant le pourvoi initial sans objet. La Cour juge alors que « Le pourvoi ayant été déclaré sans objet par arrêt de ce jour, la question prioritaire de constitutionnalité doit être déclarée irrecevable, en l’absence d’instance en cours devant la Cour de cassation. »

La question de droit portait sur la compatibilité, au regard de l’article 16 de la Déclaration de 1789, d’un enchaînement procédural conduisant à priver la Cour de cassation d’un examen effectif des pourvois contre les décisions confirmatives de détention. La solution écarte l’examen de fond par une irrecevabilité, faute d’instance pendante, conséquence directe de la perte d’objet du pourvoi initial due à un « nouveau titre » ultérieur.

I. La recevabilité organique de la QPC à l’épreuve de la perte d’objet du pourvoi

A. L’exigence d’une instance pendante devant la juridiction de renvoi
Le contrôle de recevabilité des QPC s’effectue au regard de conditions organiques et procédurales établies. Devant la Cour de cassation, la question doit être soulevée à l’occasion d’une instance en cours, relative à un litige où la disposition contestée trouve à s’appliquer. Cette exigence structure la fonction incidente de la QPC, instrument de contrôle normatif attaché à la solution d’un procès déterminé, et non recours autonome. La Chambre criminelle rappelle la portée de cette condition en se référant à la disparition de l’instance, constatée par la perte d’objet du pourvoi.

La formulation retenue, brève et ferme, manifeste une stricte fidélité au schéma organique. En déclarant la QPC irrecevable pour défaut d’instance pendante, la Cour évite d’examiner les autres conditions, notamment l’applicabilité textuelle ou le caractère sérieux. La logique est connue : la recevabilité incidente présuppose un support contentieux vivant, lequel fait défaut lorsque l’instance de cassation s’éteint avant tout examen.

B. La conséquence procédurale du « nouveau titre de détention »
La perte d’objet procède ici d’un phénomène spécifique aux mesures de détention provisoire. La jurisprudence dite du « nouveau titre » considère que chaque décision ultérieure de maintien crée un titre autonome, qui absorbe les contestations relatives au titre antérieur. Le pourvoi dirigé contre un arrêt confirmatif antérieur devient inutile dès qu’une nouvelle décision de maintien intervient et régit la situation actuelle de la liberté.

Cette construction, pragmatique en matière de sûretés et de contrôle continu de la détention, emporte un effet collatéral important. Elle fragmente les voies de recours et reporte l’examen des griefs sur des décisions successives, potentiellement rendant caduc le recours initial avant sa résolution. La Cour la prend comme un donné procédural, en tirant une conclusion stricte de recevabilité, sans discuter, à ce stade, des garanties afférentes au droit au recours.

II. L’accès effectif au juge de cassation et les limites du contrôle incident

A. Le risque d’éviction contentieuse en matière de détention provisoire
Le cœur de la QPC visait la cohérence de l’accès au juge de cassation. En substance, la critique soutenait que l’articulation entre les articles 397-3, 567-2 et 606 du code de procédure pénale, « interprétées à la lumière de la jurisprudence dite du « nouveau titre de détention » », conduisait à neutraliser, en pratique, le contrôle de cassation des décisions confirmatives de détention. L’argument tirait sa force de l’enchaînement prévisible des maintiens, qui rend souvent les pourvois antérieurs sans objet avant toute audience.

La Cour répond par la forme, non par le fond, et déclare la QPC irrecevable en raison de l’absence d’instance. Ce choix, purement organique, préserve la cohérence du filtre incident, mais laisse ouverte la difficulté pratique. Un justiciable peut voir ses moyens de cassation réitérément déplacés vers des décisions ultérieures, sans obtenir un examen substantiel, si la cadence des maintiens dépasse celle de la procédure de cassation.

B. Les exigences du droit au recours effectif et les pistes d’aménagement
Le texte cité par la Cour est net : « la question prioritaire de constitutionnalité doit être déclarée irrecevable, en l’absence d’instance en cours ». L’énoncé respecte la lettre du contrôle incident, mais n’évalue pas la proportionnalité systémique au regard du droit au recours effectif. Le standard constitutionnel, tel que visé par la question, invite pourtant à apprécier si la combinaison des règles procédurales assure un accès réel, prévisible et utile au juge de cassation.

Des aménagements procéduraux pourraient réduire la tension identifiée par la QPC. Une priorisation renforcée des pourvois dirigés contre les décisions de détention, un traitement accéléré ciblant l’objet vivant du litige, ou une coordination explicite entre les recours et les « nouveaux titres », préserveraient l’utilité du contrôle. À droit constant, la réitération des moyens contre la dernière décision de maintien permet un examen, mais au prix d’une incertitude temporelle peu satisfaisante.

Ainsi, la décision commente la condition organique d’instance pendante avec rigueur, et s’arrête à ce seuil. Elle confirme la prévalence du filtre procédural sur l’examen du grief constitutionnel, dans un contexte où la logique du « nouveau titre » fait écran à un contrôle de cassation stabilisé. L’équilibre entre continuité du contrôle de la détention et effectivité du recours demeure donc tributaire d’ajustements procéduraux, davantage que d’une inflexion jurisprudentielle sur la recevabilité des QPC.

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