Cour d’appel de Nîmes, le 9 septembre 2025, n°24/00619

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Cour d’appel de Nîmes, 9 septembre 2025.

Un salarié, caviste depuis 2008, a été reclassé au 1er avril 2021 lors de l’entrée en vigueur de la CCN Production agricole et CUMA. L’employeur a retenu 29 points au palier 4, tandis que l’intéressé revendiquait le palier 6, coefficient 59, en alléguant un déclassement et une exécution déloyale.

Le conseil de prud’hommes de Nîmes l’a débouté le 30 janvier 2024, en rejetant aussi ses demandes indemnitaires et de reclassification sous astreinte. L’appel visait la régularité de l’information‑consultation du CSE, la cotation retenue au regard des critères conventionnels, et l’étendue des obligations de formation et d’entretien professionnel.

La question tenait à la validité du processus de bascule vers la nouvelle grille et à la qualification effective des fonctions réellement exercées. Elle incluait l’appréciation de la preuve dans un contentieux de classification et la mesure des préjudices invoqués.

La cour confirme l’essentiel, tout en rectifiant la cotation à 35 points palier 4, sans rappel de salaire ni astreinte. Elle écarte le délit d’entrave et l’exécution déloyale, puis refuse l’indemnisation au titre des entretiens et de la formation, tout en accordant une somme sur le fondement de l’article 700.

I – Le sens de la décision

A – La consultation du CSE et son calendrier

La juridiction rappelle la règle de principe applicable à la mise en place des nouvelles grilles. Elle cite que « La mise en place d’une nouvelle classification professionnelle rendue obligatoire à la suite de l’extension d’une convention collective de branche doit être précédée de l’information et de la consultation du comité dès lors qu’elle a un retentissement sur la structure des effectifs. »

Au vu des éléments produits, la cour retient des consultations intervenues après des travaux en commissions, dépourvues d’opposition formelle du CSE. Elle souligne que « Enfin, le fait que les travaux aient débuté après l’entrée en vigueur de la nouvelle convention collective ne saurait constituer un délit d’entrave », ce qui neutralise la critique dirigée contre le calendrier retenu.

La preuve d’une information‑consultation suffisante ressort des procès‑verbaux et des échanges relatifs aux commissions. L’absence d’avis formel n’emporte pas irrégularité en soi, puisque le comité, informé, n’a pas exprimé de volonté de blocage, ni établi un grief distinct et actuel.

B – La méthode de classement et la rectification des critères

La cour s’appuie sur l’économie de la CCN et de son guide, en rappelant que « le principe fondamental des classifications est celui d’une valorisation de l’emploi en fonction de ses exigences objectives de compétences et de responsabilités, et non pas une indexation aux rémunérations réelles des salariés. » Le contentieux se concentre sur la valeur probatoire des fonctions effectivement réalisées.

Elle précise la charge de la preuve en ces termes : « Il appartient au salarié qui se prévaut d’une classification conventionnelle différente de celle dont il bénéficie au titre de son contrat de travail, de démontrer qu’il assure effectivement de façon habituelle, dans le cadre de ses fonctions, des tâches et responsabilités relevant de la classification qu’il revendique. » L’activité principale, non les tâches accessoires, sert de référence.

S’agissant de l’autonomie, la description retenue correspond au degré 2, puisque « Activités définies par des instructions générales, sous surveillance et contrôle intermittents ou périodiques ». À l’issue de la comparaison des critères, la cour aligne la cotation à 35 points au palier 4. Elle décide que « Il convient ainsi de condamner l’employeur à faire figurer sur des bulletins de salaire rectificatifs à compter du 1er avril 2021 jusqu’au mois de juin 2023 le palier 4 coefficient 35, sans qu’il y ait lieu à astreinte. »

II – Valeur et portée de la solution

A – L’absence de rappel et la priorité donnée à la réparation en nature

La cour dissocie la qualification formelle des effets pécuniaires, en déduisant l’inexistence d’une perte de salaire au regard du palier rémunérateur. La rectification des bulletins répare l’atteinte au statut collectif sans générer un rappel automatique, faute d’écart rémunératoire avéré sur la période.

La solution privilégie l’ajustement documentaire et statutaire, proportionné à l’irrégularité de cotation constatée. Elle écarte l’astreinte, ce qui traduit une confiance raisonnable dans l’exécution diligente, et évite une judiciarisation excessive des suites de la reclassification.

Cette approche conforte un office de régulation sobre du juge d’appel en matière de grilles nouvelles. Elle incite les acteurs à objectiver les critères, tout en distinguant l’atteinte au classement de ses incidences salariales effectivement démontrées.

B – Formation, entretiens professionnels et appréciation du préjudice

Sur les obligations de développement des compétences, la cour rappelle l’exigence probatoire pesant sur l’employeur. Elle énonce : « En application de ces textes, il appartient à l’employeur de démontrer qu’il a assuré l’adaptation du salarié à son poste de travail et qu’il a veillé au maintien de sa capacité à occuper un emploi, au regard notamment de l’évolution des emplois, des technologies et des organisations. »

Les éléments produits établissent des actions de formation et des entretiens professionnels dans la période de référence. La juridiction souligne à juste titre que « La cour relève que le salarié ne précise pas en quoi ces formations auraient été insuffisantes pour maintenir ses compétences à exercer son emploi de caviste. »

En l’absence de manquement caractérisé et de préjudice justifié, la demande indemnitaire ne peut prospérer. La cour conclut d’ailleurs que « Sa demande indemnitaire n’est pas fondée et le jugement déféré qui l’a rejetée sera confirmé », maintenant une articulation claire entre l’obligation de moyens renforcée et la preuve d’un dommage personnel.

Ainsi comprise, la décision sécurise la transition conventionnelle en combinant contrôle des critères objectifs et exigence de démonstration, tout en encadrant les suites financières à la mesure du préjudice établi.

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