Depuis le 1er janvier 2026, un don manuel ne se déclare plus comme avant. La règle pratique a changé : sauf exception, le bénéficiaire doit déclarer le don en ligne depuis son espace impots.gouv.fr, dans la rubrique dédiée aux dons et cessions de droits sociaux.
Cette actualité fiscale paraît administrative. Elle a pourtant une conséquence très concrète en droit de la famille et des successions : la déclaration du don laisse une trace. Elle fixe une date. Elle permet de calculer les abattements. Elle peut aussi devenir une pièce centrale si, au décès du donateur, un frère, une soeur, un enfant d’un premier lit ou un conjoint survivant conteste les sommes reçues.
Le sujet n’est donc pas seulement de savoir où trouver le Cerfa 2735. La vraie question est plus utile : que faut-il déclarer, qui doit le faire, et que risque-t-on si le don manuel réapparaît au moment du partage de la succession ?
Don manuel 2026 : ce qui a changé depuis le 1er janvier
Le don manuel est la remise d’un bien sans acte notarié : un virement, un chèque, des espèces, des bijoux, un véhicule, des titres ou un objet de valeur. Il est fréquent dans les familles : parents qui aident un enfant à acheter un appartement, grands-parents qui financent des études, frère ou soeur qui reçoit une somme importante avant un partage successoral.
Depuis le 1er janvier 2026, l’administration fiscale indique que les dons manuels et les dons de sommes d’argent doivent, en principe, être déclarés en ligne par le donataire, c’est-à-dire par la personne qui reçoit le don. Cette obligation résulte du décret n° 2025-1082 du 17 novembre 2025 et a été rappelée par impots.gouv.fr et economie.gouv.fr.1
Le Cerfa 2735 n’a pas disparu. Il devient surtout une voie d’exception. Il reste utile lorsque la déclaration en ligne n’est pas possible ou lorsque la situation entre dans l’un des cas de dispense prévus par les textes. En pratique, il faut donc distinguer trois situations :
- le donataire peut déclarer en ligne : il utilise son espace particulier sur impots.gouv.fr ;
- le donataire est dispensé de télédéclaration : il dépose le formulaire papier n° 2735 ;
- le don manuel dépasse 15 000 euros et le bénéficiaire veut opter pour le paiement différé des droits au décès du donateur : le formulaire n° 2734 peut devenir pertinent.
Le point à retenir est simple : même si le don ne déclenche aucun droit à payer, il peut devoir être déclaré. L’administration fiscale précise que la déclaration reste obligatoire même lorsque le don est exonéré ou couvert par un abattement.
Qui doit déclarer le don manuel aux impôts ?
La déclaration incombe au bénéficiaire du don. Si un parent verse 20 000 euros à son enfant majeur, ce n’est donc pas le parent qui accomplit normalement la formalité : c’est l’enfant qui reçoit la somme.
Cette règle est importante dans les familles où la donation est décidée rapidement, parfois sans conseil. Le parent pense avoir « donné ». L’enfant pense avoir « reçu ». Personne ne conserve les justificatifs. Dix ans plus tard, lors de la succession, le notaire découvre un virement ou un autre héritier retrouve des relevés bancaires.
La déclaration en ligne permet d’éviter une partie de cette incertitude. Elle ne règle pas tout, mais elle donne une preuve administrative de l’existence du don, de son montant, de son bénéficiaire et de sa date d’enregistrement.
Il faut néanmoins éviter une erreur : déclarer fiscalement un don ne signifie pas automatiquement qu’il sera neutre dans la succession. Le fiscal et le civil ne répondent pas à la même question.
Fiscalement, on vérifie les droits de donation, les exonérations et les abattements.
Civilement, on vérifie si le don doit être rapporté à la succession, s’il porte atteinte à la réserve héréditaire ou s’il a été dissimulé aux autres héritiers.
Don manuel, abattements et délai de 15 ans : pourquoi la date compte
La déclaration du don manuel sert notamment à faire courir les abattements fiscaux. Entre parent et enfant, l’abattement de droit commun est de 100 000 euros par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans. Pour certains dons familiaux de sommes d’argent, l’article 790 G du Code général des impôts prévoit aussi une exonération spécifique de 31 865 euros lorsque les conditions sont remplies : donateur âgé de moins de 80 ans, bénéficiaire majeur ou émancipé, lien familial prévu par le texte.2
La date de déclaration ou d’enregistrement n’est donc pas un détail. L’article 757 du Code général des impôts prévoit que les droits sont calculés sur la valeur du don au jour de sa déclaration ou de son enregistrement, ou sur la valeur au jour de la donation si elle est supérieure. Les tarifs et abattements applicables sont ceux en vigueur au jour de la déclaration ou de l’enregistrement.3
Un don fait en 2020 mais déclaré seulement en 2026 peut donc créer des difficultés. La famille pensait avoir réglé une transmission. En réalité, elle a seulement fait circuler de l’argent. La formalité fiscale n’a pas été faite. Et, au décès, les héritiers peuvent demander pourquoi ce virement n’apparaissait nulle part.
Présent d’usage ou don manuel : la frontière à ne pas banaliser
Tout cadeau familial n’est pas un don manuel à déclarer. Un cadeau d’anniversaire, de mariage, de Noël ou de réussite à un examen peut être un présent d’usage s’il reste proportionné aux revenus et au patrimoine de celui qui donne.
L’administration donne un exemple parlant : un chèque de 200 euros reçu pour un anniversaire ne se traite pas comme une donation de 10 000 euros reçue de grands-parents. Le premier peut rester un cadeau. Le second doit être déclaré.4
La difficulté vient des zones grises. Un parent qui dispose de revenus modestes verse 8 000 euros. Un grand-parent vend un bien immobilier et donne 25 000 euros à un seul petit-enfant. Un enfant reçoit plusieurs virements de 5 000 euros sur deux ans. Dans ces situations, le libellé bancaire « cadeau » ne suffit pas. Ce qui compte est l’intention libérale, le montant, le contexte et la proportion avec la fortune du donateur.
En cas de conflit successoral, le juge examine les relevés bancaires, les messages, les attestations, l’âge du donateur, sa vulnérabilité éventuelle, la répétition des virements et les explications données par l’héritier qui a reçu les fonds.
Ce que la déclaration ne règle pas dans la succession
Déclarer le don manuel ne veut pas dire que les autres héritiers ne pourront jamais rien demander.
En droit civil, l’article 843 du Code civil prévoit qu’un héritier venant à une succession doit rapporter à ses cohéritiers ce qu’il a reçu du défunt par donation, sauf si le don a été fait expressément hors part successorale ou avec dispense de rapport.5
Concrètement, si un père donne 60 000 euros à l’un de ses enfants sans préciser que ce don est hors part successorale, cette somme peut devoir être prise en compte au moment du partage. Le rapport ne signifie pas forcément que l’enfant rembourse immédiatement 60 000 euros. Il signifie que l’on réintègre civilement l’avantage reçu pour rétablir l’égalité entre héritiers, selon les règles applicables.
Si le don est trop important au regard de la réserve héréditaire, un héritier réservataire peut aussi discuter une réduction. Le sujet devient alors plus lourd : il ne s’agit plus seulement de remplir un formulaire, mais d’établir la masse successorale, les donations antérieures, la quotité disponible et la part minimale revenant aux enfants.
Pour une analyse plus large du partage bloqué, vous pouvez consulter notre article sur l’indivision successorale et le partage judiciaire.
Don manuel non déclaré : le risque de recel successoral
Le risque le plus sérieux apparaît lorsque le don a été dissimulé.
Le recel successoral est sanctionné par l’article 778 du Code civil. Il peut viser un héritier qui cache un bien, une somme, une donation rapportable ou une donation réductible afin d’augmenter sa part ou de réduire celle des autres. La sanction est sévère : l’héritier receleur peut devoir rapporter ou réduire le bien dissimulé sans pouvoir prétendre à aucune part dessus.6
La jurisprudence récente montre que les juridictions regardent de près les virements, retraits d’espèces, chèques et procurations bancaires.
La cour d’appel de Versailles a ainsi retenu, dans une décision du 7 avril 2026, qu’un héritier peut s’exposer au recel lorsqu’il dissimule un don manuel ou des sommes devant être rapportées à la succession.7 Le tribunal judiciaire de Troyes a également examiné, en septembre 2025, une donation manuelle ancienne et la demande de rapport formée par un héritier dans un partage successoral.8
Ces décisions ne signifient pas que tout don familial non déclaré devient automatiquement un recel. Il faut des éléments matériels et intentionnels. Mais elles rappellent une chose : plus la preuve est tardive, plus le dossier devient conflictuel.
Comment déclarer un don manuel en ligne sans créer de difficulté
Avant de déclarer, il faut réunir les informations utiles :
- identité du donateur et du donataire ;
- date réelle du don ;
- montant ou valeur du bien donné ;
- mode de transfert : virement, chèque, remise d’un objet, titres ;
- lien familial ;
- dons antérieurs entre les mêmes personnes ;
- justificatifs bancaires ou écrits expliquant l’opération.
La déclaration se fait dans l’espace particulier impots.gouv.fr, rubrique « Déclarer », puis « Déclarer un don ou une cession de droits sociaux ». Selon l’administration, le service délivre un récépissé et calcule, le cas échéant, les droits dus.
Pour un don simple, transparent et accepté par tous, cette formalité suffit souvent. Pour un don important ou familialement sensible, il faut aller plus loin : écrire clairement si le don est fait en avance de part successorale ou hors part successorale, vérifier la réserve héréditaire, conserver les échanges et, si nécessaire, passer par un acte notarié.
Le don manuel est pratique. Il n’est pas toujours prudent.
Quand faut-il consulter avant de déclarer ?
Un avis juridique est utile dans cinq situations :
- le don dépasse 15 000 euros ;
- un seul enfant reçoit une somme importante ;
- le donateur a plusieurs unions ou des enfants de lits différents ;
- le bénéficiaire est mineur, majeur protégé ou non résident ;
- le don porte sur des titres, un véhicule de valeur, des bijoux ou des fonds dont l’origine pourrait être discutée.
Il faut aussi consulter si un héritier découvre, après un décès, des virements au profit d’un autre membre de la famille. Dans ce cas, le bon réflexe n’est pas d’accuser immédiatement. Il faut d’abord reconstituer les flux, demander les relevés utiles au notaire, qualifier les sommes et vérifier si elles constituent un présent d’usage, un prêt, un remboursement ou une donation.
La stratégie n’est pas la même si l’on demande seulement le rapport d’un don, si l’on conteste une donation qui porte atteinte à la réserve, ou si l’on invoque un recel successoral.
Pour une contestation structurée, vous pouvez lire notre analyse sur la contestation de testament et la réserve héréditaire, ainsi que notre article sur la requalification d’une donation-partage en donation simple.
Paris et Île-de-France : pièces à préparer en cas de litige familial
À Paris et en Île-de-France, les litiges liés aux dons manuels apparaissent souvent au moment de l’ouverture d’une succession ou d’un partage judiciaire. Les pièces utiles sont les mêmes partout, mais les délais imposent d’arriver avec un dossier clair :
- relevés bancaires du donateur et du bénéficiaire ;
- copie de la déclaration en ligne ou du Cerfa 2735 ;
- récépissé fiscal ;
- échanges familiaux sur la nature du versement ;
- actes de donation antérieurs ;
- projet d’état liquidatif du notaire ;
- liste des donations connues et des avantages contestés.
Le cabinet intervient en droit de la famille et des successions pour qualifier les flux, préparer la discussion devant notaire, engager une demande de rapport ou défendre un héritier accusé de recel.
Que faire maintenant ?
Si vous avez reçu un don manuel en 2026, ne laissez pas la formalité en attente. Vérifiez d’abord si le don doit être déclaré en ligne, puis conservez le récépissé et les justificatifs. Si le don est important, il faut aussi vérifier son effet sur la succession future.
Si vous découvrez un don manuel après un décès, la priorité est différente : il faut obtenir les pièces bancaires, comprendre la chronologie, qualifier juridiquement l’opération et décider s’il faut demander le rapport, la réduction ou une sanction pour recel.
Le formulaire n’est qu’une étape. Le vrai sujet est la preuve.
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Voir impots.gouv.fr, « Dons entre particuliers : seul le mode de déclaration change le 1er janvier 2026 », et economie.gouv.fr, « Comment faire une donation ? », citant le décret n° 2025-1082 du 17 novembre 2025. ↩
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Article 790 G du Code général des impôts : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041471332 ↩
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Article 757 du Code général des impôts : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000006197319/ ↩
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Impots.gouv.fr, actualité du 28 novembre 2025 modifiée le 10 décembre 2025 : https://www.impots.gouv.fr/actualite/dons-entre-particuliers-seul-le-mode-de-declaration-change-le-1er-janvier-2026 ↩
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Article 843 du Code civil : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006432754/2004-06-22 ↩
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Article 778 du Code civil : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006431329 ↩
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CA Versailles, 7 avril 2026, n° 24/01399 : https://www.courdecassation.fr/decision/69d5e2d7cdc6046d477b0656 ↩
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TJ Troyes, 23 septembre 2025, n° 22/01255 : https://www.courdecassation.fr/decision/690d01aa1f8a20b9100074a3 ↩