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Indemnité de licenciement : comment calculer l’ancienneté et éviter une erreur sur le montant

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L’indemnité de licenciement paraît souvent mécanique : une date d’entrée, une date de sortie, un salaire moyen, puis une formule. En pratique, c’est l’un des postes les plus contestés du solde de tout compte. Une erreur de quelques mois d’ancienneté peut priver le salarié de son droit, diminuer l’indemnité légale ou masquer une indemnité conventionnelle plus favorable. La difficulté augmente lorsque le parcours n’a pas été linéaire : temps partiel, arrêt maladie, accident du travail, congé maternité, préavis non exécuté, succession de contrats, inaptitude, salaire variable ou primes annuelles.

Les fiches publiques relatives au licenciement et à l’ancienneté ont remis ce sujet au premier plan en 2026, car les salariés vérifient de plus en plus eux-mêmes le montant indiqué sur le bulletin de paie de sortie. Le bon réflexe n’est pas de se limiter au simulateur : il faut comprendre quelles périodes entrent dans l’ancienneté, quel salaire de référence doit être retenu, puis comparer la loi, la convention collective et les documents remis par l’employeur. Cette vérification doit être faite avant de signer sans réserve, mais elle reste possible après la remise du solde de tout compte lorsque le montant est faux ou incomplet.

I. Indemnité de licenciement : quelles périodes comptent dans l’ancienneté ?

A. Les 8 mois d’ancienneté et le point de départ du calcul

Le premier contrôle porte sur le droit même à l’indemnité. L’article L. 1234-9 du Code du travail ouvre ce droit au salarié en CDI licencié lorsqu’il compte « 8 mois d’ancienneté ininterrompus » au service du même employeur. Cette condition est décisive : un salarié qui atteint ce seuil a droit à l’indemnité légale, sauf faute grave ou faute lourde, tandis qu’un salarié qui reste en dessous doit rechercher une règle conventionnelle, contractuelle ou transactionnelle plus favorable. La date de notification du licenciement sert de repère pour apprécier l’ouverture du droit, mais la fin effective du contrat, notamment avec le préavis, pèse sur le calcul de la durée totale.

La première erreur consiste à confondre la date de convocation, la date de l’entretien préalable, la date d’envoi de la lettre de licenciement, la date de réception de la lettre et la date de fin de contrat. Pour le salarié, cette confusion se traduit par un montant trop bas sur le solde de tout compte. Pour l’employeur, elle crée un risque de rappel d’indemnité, de contestation prud’homale et de coût additionnel. Le contrôle doit donc partir des pièces : contrat initial, avenants, bulletins de salaire, lettre de licenciement, certificat de travail et attestation destinée à France Travail. Si ces documents ne retiennent pas les mêmes dates, la différence doit être expliquée.

L’ancienneté n’est pas seulement une question de nombre d’années pleines. Le calcul de l’indemnité légale tient aussi compte des mois accomplis au-delà des années complètes. L’article R. 1234-1 du Code du travail prévoit que l’indemnité « tient compte des mois de service accomplis ». Une ancienneté de 6 ans et 7 mois ne doit donc pas être ramenée à 6 ans. La pratique du simple arrondi défavorable, parfois vue dans les tableaux internes ou dans un calcul manuel rapide, est dangereuse. Le salarié doit demander la formule utilisée ; l’employeur doit pouvoir produire un calcul lisible, mois par mois si la situation est discutée.

Le préavis mérite une attention particulière. Même lorsque l’employeur dispense le salarié de l’exécuter, le contrat ne prend pas fin immédiatement pour tous les effets indemnitaires. L’article L. 1234-5 du Code du travail précise que « L’indemnité compensatrice de préavis se cumule » avec l’indemnité de licenciement. Cette règle rappelle que le préavis non travaillé n’efface pas les droits de sortie. Le salarié dispensé de présence dans l’entreprise doit donc vérifier que l’ancienneté finale retient la durée de préavis due, sauf situation particulière légalement prévue. Une rupture au 31 juillet avec deux mois de préavis dispensé n’a pas le même effet qu’une rupture immédiate pour faute grave.

La durée du préavis dépend elle-même de l’ancienneté lorsque la convention collective ne prévoit pas mieux. L’article L. 1234-1 du Code du travail distingue notamment le salarié ayant « six mois et moins de deux ans » d’ancienneté et celui ayant « d’au moins deux ans ». Cette articulation peut créer un effet de seuil. Le préavis augmente l’ancienneté prise en compte pour le solde de sortie ; l’ancienneté détermine aussi le préavis. Le calcul doit donc être fait dans le bon ordre, avec la convention collective en parallèle. Dans certaines branches, le préavis et l’indemnité conventionnelle sont plus favorables que le socle légal.

Un autre piège concerne les parcours qui commencent avant le CDI : CDD successifs, contrat d’apprentissage suivi d’un CDI, reprise d’ancienneté inscrite dans le contrat, transfert d’entreprise, changement de société dans un groupe ou clause de reprise partielle. Le Code du travail ne règle pas toutes ces situations par une seule formule. Il faut lire le contrat, les avenants, les bulletins et la convention collective. Une ligne « ancienneté reprise au » sur le bulletin de paie peut devenir une pièce importante. À l’inverse, une reprise d’ancienneté déclarative mais jamais appliquée au calcul de sortie doit être discutée. Le salarié ne doit pas abandonner ce point parce que le dernier CDI est récent si la relation de travail est en réalité plus ancienne.

La faute grave constitue la principale exception au versement de l’indemnité légale. L’article L. 1234-9 du Code du travail vise expressément le droit à indemnité « sauf en cas de faute grave ». Cela ne signifie pas que toute faute disciplinaire supprime l’indemnité. Un licenciement pour cause réelle et sérieuse non disciplinaire, pour insuffisance professionnelle, pour motif économique ou pour inaptitude ouvre en principe droit à l’indemnité si les autres conditions sont réunies. Si la lettre de licenciement retient une faute grave, la contestation de cette qualification peut donc avoir un effet financier direct : le salarié peut réclamer l’indemnité de licenciement, le préavis, les congés payés afférents et parfois des dommages-intérêts.

Le contrôle de l’ancienneté doit être documenté, pas seulement estimé. Les pièces à réunir sont simples : contrat de travail et avenants, bulletins de salaire depuis l’entrée ou au moins les douze derniers mois, attestations d’absence, arrêts de travail, décision de dispense de préavis, lettre de licenciement, convention collective applicable, reçu pour solde de tout compte et relevé bancaire du dernier paiement. Lorsque l’entreprise a changé de dénomination, de dirigeant, d’établissement ou de structure juridique, les documents de transfert ou de reprise doivent être ajoutés. Cette méthode évite une discussion vague du type « il manque des mois » et permet de formuler une réclamation chiffrée.

Le salarié doit enfin comparer l’indemnité légale avec l’indemnité conventionnelle. Le montant payé sous l’intitulé « indemnité de licenciement » peut être légal, conventionnel ou transactionnel. Ces qualifications ne produisent pas les mêmes effets. La convention collective peut retenir un mode de calcul plus avantageux, une condition d’ancienneté différente, une majoration pour les cadres, une formule par tranche ou une assiette de salaire plus large. L’employeur doit appliquer le régime le plus favorable lorsqu’il est dû. Le salarié doit donc vérifier la convention indiquée sur son bulletin de salaire et, en cas de doute, demander l’article conventionnel exact qui a servi au calcul.

B. Absences, arrêt de travail et temps partiel : ce qui doit être ajouté ou proratisé

La seconde série d’erreurs concerne les absences. Toutes les absences ne produisent pas le même effet sur l’ancienneté, et toutes ne doivent pas être neutralisées de la même manière. La question posée par le salarié est concrète : mon arrêt maladie, mon congé maternité, mon accident du travail, mon temps partiel ou mon congé parental ont-ils réduit mon indemnité ? La réponse dépend du type d’absence, du texte légal applicable et parfois de la convention collective. Un calcul correct ne peut donc pas se limiter à compter les jours réellement travaillés.

Le temps partiel ne réduit pas l’ancienneté. L’article L. 3123-5 du Code du travail pose une règle claire : pour les droits liés à l’ancienneté, celle-ci est décomptée « comme s’il avait été occupé à temps complet ». Un salarié qui a travaillé cinq ans à mi-temps a donc cinq ans d’ancienneté, pas deux ans et demi. En revanche, le calcul de l’indemnité peut nécessiter une proratisation lorsque le salarié a alterné temps plein et temps partiel. La même disposition prévoit une indemnité calculée proportionnellement aux périodes d’emploi accomplies selon l’une et l’autre de ces modalités. Il faut donc séparer la durée d’ancienneté et l’assiette de rémunération.

L’accident du travail et la maladie professionnelle appellent un contrôle renforcé. L’article L. 1226-7 du Code du travail indique que la suspension du contrat est prise en compte pour « tous les avantages légaux ou conventionnels liés à l’ancienneté ». Cette phrase protège le salarié : une période d’arrêt liée à un accident du travail ne doit pas être retirée de l’ancienneté servant au calcul de l’indemnité. Si l’employeur retranche plusieurs mois d’arrêt, le solde de tout compte doit être corrigé. La difficulté pratique consiste à distinguer les arrêts d’origine professionnelle, les rechutes reconnues et les arrêts de maladie ordinaire.

Lorsque le licenciement intervient pour inaptitude consécutive à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, le salarié bénéficie en outre d’un régime plus favorable. L’article L. 1226-14 du Code du travail prévoit une indemnité spéciale « égale au double de l’indemnité » légale, sauf dispositions conventionnelles plus favorables. Le calcul ne se résume donc pas à une indemnité ordinaire. Il faut vérifier l’origine professionnelle de l’inaptitude, la décision du médecin du travail, les recherches de reclassement, la lettre de licenciement et le montant payé. Une erreur de qualification peut diviser par deux l’indemnité due.

Les congés et certaines absences assimilées à du travail effectif ont aussi une incidence. L’article L. 3141-5 du Code du travail énumère les périodes considérées comme « périodes de travail effectif » pour les congés payés, notamment les congés légaux familiaux et certaines suspensions du contrat. Même si ce texte porte d’abord sur les congés, il alerte sur une idée simple : une absence protégée ne doit pas être traitée comme une rupture de la relation de travail. Pour l’indemnité de licenciement, il faut ensuite croiser cette liste avec les règles propres à l’ancienneté, à la suspension du contrat et à la convention collective.

La maladie non professionnelle est plus délicate. Elle ne rompt pas nécessairement l’ancienneté, mais la période d’absence n’est pas toujours intégralement assimilée à du temps de travail pour tous les droits. Certaines conventions collectives neutralisent l’absence, d’autres l’intègrent partiellement, d’autres encore prévoient des règles selon la durée de l’arrêt ou l’ancienneté acquise avant l’arrêt. C’est souvent là que les erreurs apparaissent : l’employeur applique une règle interne générale alors que la convention collective impose une solution différente, ou il calcule le salaire de référence sur une période diminuée par l’arrêt alors qu’un salaire habituel doit être reconstitué.

Le congé maternité, le congé paternité et d’accueil de l’enfant, le congé d’adoption et les congés liés à certains événements familiaux doivent être traités avec prudence. Une minoration de l’indemnité liée à une absence protégée peut révéler non seulement une erreur de calcul, mais aussi une discrimination ou une atteinte à une protection légale. Le salarié doit repérer les lignes de paie anormales : maintien de salaire incomplet, absence non qualifiée, salaire de référence calculé sur des mois atypiques, prime annuelle ignorée, ancienneté arrêtée avant le congé. L’employeur, de son côté, doit conserver la justification de chaque neutralisation ou proratisation.

Le congé parental, le temps partiel parental et le temps partiel thérapeutique imposent un examen distinct. Le temps partiel parental peut modifier l’assiette de calcul selon la règle applicable, tandis que le temps partiel thérapeutique peut fausser la moyenne salariale si l’on retient uniquement les derniers mois réduits. Le point à vérifier est toujours le même : l’indemnité reflète-t-elle le salaire que le salarié devait normalement percevoir, ou seulement une rémunération temporairement diminuée par une situation protégée ? Les réponses varient selon le texte légal, la convention collective et la jurisprudence applicable, mais un calcul qui baisse mécaniquement l’indemnité sans explication doit être contesté.

Les absences injustifiées, les congés sans solde, les périodes de suspension non assimilées et les interruptions entre contrats peuvent au contraire réduire la durée retenue. Le salarié doit donc éviter l’argument inverse, qui consisterait à demander l’intégration automatique de toute période figurant entre deux dates. Une réclamation solide distingue les périodes incontestables, les périodes discutables et les périodes exclues. Cette distinction est importante devant le conseil de prud’hommes : une demande chiffrée qui mélange toutes les absences sans fondement perd en crédibilité, alors qu’un tableau précis permet au juge d’identifier rapidement l’erreur.

Pour les salariés travaillant à Paris ou en Île-de-France, l’enjeu pratique tient souvent aux délais et aux pièces. Les entreprises multi-sites, sièges sociaux déplacés, établissements parisiens et groupes franciliens produisent parfois des bulletins avec des conventions collectives ou des établissements différents. Le conseil de prud’hommes compétent dépend notamment du lieu de travail, de l’établissement ou du domicile dans certaines hypothèses. Avant toute saisine, il faut donc vérifier la compétence territoriale, regrouper les pièces de paie et demander à l’employeur le détail du calcul. Cette étape évite un recours mal dirigé ou une demande difficile à chiffrer.

II. Calcul indemnité de licenciement : comment vérifier le montant et agir en cas d’erreur ?

A. Salaire de référence, quart de mois et tiers de mois : refaire le calcul pas à pas

Une fois l’ancienneté contrôlée, le second pilier est le salaire de référence. L’article R. 1234-4 du Code du travail impose de retenir la formule « la plus avantageuse pour le salarié ». Le calcul compare en principe la moyenne mensuelle des douze derniers mois précédant le licenciement et le tiers des trois derniers mois. Si le salarié a perçu une prime annuelle ou exceptionnelle dans les trois derniers mois, elle ne doit être prise en compte que pour la fraction correspondant à cette période. L’erreur fréquente consiste à retenir automatiquement les trois derniers mois parce qu’ils sont plus faciles à lire, alors que les douze derniers sont plus favorables, ou inversement.

Le salaire de référence doit être brut. Il faut y intégrer les éléments de rémunération soumis au calcul : salaire fixe, rémunération variable, commissions, primes régulières, avantages en nature et certains rappels de salaire. Les remboursements de frais ne doivent pas être mélangés à la rémunération. Les primes annuelles doivent être traitées selon leur nature et leur période de rattachement. Une prime de treizième mois versée dans les trois derniers mois ne peut pas toujours être intégrée intégralement ; elle doit souvent être proratisée. Le contrôle nécessite donc les bulletins de salaire, le contrat, les objectifs de rémunération variable, les accords de prime et les usages d’entreprise.

Le barème légal est ensuite fixé par l’article R. 1234-2 du Code du travail. Pour les dix premières années, l’indemnité ne peut pas être inférieure à « un quart de mois de salaire » par année d’ancienneté. À partir de dix ans, le texte retient « un tiers de mois de salaire » par année. Cette distinction par tranches est une source classique d’erreur. Un salarié ayant douze ans d’ancienneté ne reçoit pas un tiers de mois pour les douze ans : il reçoit un quart pour les dix premières années, puis un tiers pour les années au-delà de dix ans. Les mois supplémentaires sont ajoutés au prorata.

Un exemple montre la méthode. Un salarié ayant 7 ans et 6 mois d’ancienneté avec un salaire de référence de 2 800 euros bruts obtient au minimum 2 800 × 1/4 × 7,5, soit 5 250 euros. Si le même salarié a 12 ans et 6 mois d’ancienneté, le calcul devient 2 800 × 1/4 × 10, puis 2 800 × 1/3 × 2,5, soit 7 000 euros plus 2 333,33 euros, donc 9 333,33 euros. La convention collective peut donner davantage. L’employeur doit donc comparer le légal et le conventionnel, puis payer le montant le plus favorable lorsque les conditions sont remplies.

La date retenue pour les douze ou trois derniers mois doit être cohérente. L’article R. 1234-4 du Code du travail vise les mois précédant le licenciement. Dans les dossiers d’arrêt maladie, d’activité partielle, de temps partiel thérapeutique ou de rémunération temporairement réduite, ce point devient sensible. Si la période retenue reflète une baisse exceptionnelle et non la rémunération normale, le salarié doit demander une reconstitution ou une vérification juridique. Les juges sanctionnent régulièrement les calculs qui neutralisent de fait une protection légale en prenant une assiette artificiellement basse.

Les années incomplètes imposent une autre vérification. Une entreprise peut retenir seulement les années pleines dans un tableau automatisé, surtout lorsque le logiciel de paie n’a pas été paramétré pour intégrer les mois supplémentaires. Cette erreur est parfois invisible dans le bulletin de sortie, car seule la somme finale apparaît. Le salarié doit demander la formule : salaire de référence, nombre d’années, nombre de mois, taux retenu, convention collective appliquée. En cas de refus ou de réponse imprécise, un courrier recommandé peut demander le détail du calcul et interrompre la discussion informelle.

Les licenciements économiques, les licenciements pour inaptitude, les licenciements disciplinaires non qualifiés de faute grave, les licenciements pour insuffisance professionnelle et les licenciements après refus de modification du contrat obéissent tous au même réflexe de contrôle : vérifier d’abord si l’indemnité est due, puis vérifier son montant. Le motif de licenciement peut modifier d’autres droits, comme le préavis ou certaines indemnités spécifiques, mais il ne dispense pas de refaire le calcul légal. Dans un licenciement économique, le contrat de sécurisation professionnelle, l’éventuelle priorité de réembauche et les indemnités conventionnelles doivent aussi être examinés.

Le reçu pour solde de tout compte n’éteint pas automatiquement le débat. Il peut avoir un effet libératoire pour les sommes qui y sont mentionnées avec précision si le salarié ne le dénonce pas dans le délai applicable, mais il ne transforme pas un mauvais calcul en calcul juste. Le salarié doit donc agir vite lorsqu’il découvre une erreur. Le plus sûr est de demander le détail par écrit, de contester les sommes identifiées et de conserver une preuve d’envoi. Signer « sous réserve de vérification » n’est pas toujours suffisant ; la dénonciation écrite et chiffrée reste plus robuste.

B. Solde de tout compte, préavis, convention collective et recours prud’homal

La contestation d’une indemnité de licenciement commence rarement par une assignation immédiate. Une première étape consiste à envoyer une demande structurée à l’employeur : rappel des dates d’entrée et de sortie, préavis dû ou dispensé, ancienneté retenue, salaire de référence, formule légale, comparaison conventionnelle et montant réclamé. Cette lettre doit rester factuelle. Elle peut demander la régularisation sur le bulletin de paie de sortie, le paiement du complément, la remise de documents rectifiés et, si nécessaire, une attestation France Travail corrigée. L’objectif est de créer une trace claire avant le contentieux.

La convention collective doit être lue avant de saisir le conseil de prud’hommes. Certaines conventions prévoient une indemnité supérieure après deux ans, cinq ans ou dix ans d’ancienneté ; d’autres distinguent cadres et non-cadres ; d’autres encore retiennent une assiette de salaire plus favorable. Le bulletin de salaire mentionne normalement la convention collective applicable, mais cette mention peut être erronée ou incomplète. Une entreprise peut aussi appliquer un accord d’entreprise plus favorable. Le salarié doit donc comparer le montant légal minimal avec le montant conventionnel, sans supposer que la ligne payée par l’employeur correspond au meilleur régime.

Le préavis doit être intégré au raisonnement financier. L’indemnité compensatrice de préavis, les congés payés sur préavis, l’indemnité de licenciement, l’indemnité compensatrice de congés payés et les éventuels rappels de salaire sont distincts. Un solde de tout compte peut être correct sur l’indemnité légale mais faux sur le préavis, ou inversement. L’article L. 1234-5 du Code du travail rappelle le cumul entre préavis et indemnité de licenciement, ce qui interdit de compenser l’un par l’autre sans base claire. Le salarié doit donc lire chaque ligne, pas seulement le total net versé.

Lorsque le licenciement est contesté sur le fond, l’indemnité de licenciement n’est qu’un poste parmi d’autres. L’article L. 1235-3 du Code du travail prévoit que le juge octroie au salarié « une indemnité à la charge de l’employeur » lorsque le licenciement est dépourvu de cause réelle et sérieuse, dans les limites du barème applicable. Cette indemnité de licenciement abusif ne remplace pas automatiquement les indemnités de rupture déjà dues. Il faut donc distinguer le rappel d’indemnité de licenciement, l’indemnité compensatrice de préavis et les dommages-intérêts liés à la rupture injustifiée.

Dans les cas de nullité du licenciement, le raisonnement change encore. L’article L. 1235-3-1 du Code du travail prévoit notamment une indemnité qui « ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois » dans les hypothèses qu’il énumère. Le texte précise aussi que cette indemnité s’ajoute, selon les cas, aux indemnités légales, conventionnelles ou contractuelles de licenciement. Cette précision est essentielle dans les dossiers de discrimination, harcèlement, violation d’une protection, accident du travail ou maternité : le salarié ne doit pas laisser l’employeur présenter une indemnité minimale comme une réparation globale.

Le salarié doit également vérifier l’inaptitude. En cas d’inaptitude non professionnelle, l’indemnité de licenciement suit le régime ordinaire, sauf règle plus favorable. En cas d’inaptitude d’origine professionnelle, l’article L. 1226-14 du Code du travail impose l’indemnité spéciale doublée. La différence peut représenter plusieurs milliers d’euros. Les pièces déterminantes sont l’avis d’inaptitude, les échanges avec la médecine du travail, les arrêts initiaux, la reconnaissance de l’accident du travail ou de la maladie professionnelle, les recherches de reclassement et la lettre de licenciement. Sans ces pièces, le débat risque de rester abstrait.

Devant le conseil de prud’hommes, la demande doit être chiffrée. Le juge n’a pas vocation à reconstruire seul tout le calcul si le salarié n’explique pas sa méthode. Un tableau clair doit comporter les dates, l’ancienneté totale, les périodes exclues ou intégrées, le salaire de référence sur douze mois, le salaire de référence sur trois mois, la formule légale, la formule conventionnelle et le montant déjà payé. Le salarié peut ensuite demander le différentiel, avec les intérêts au taux légal à compter de la demande, selon les règles applicables. L’employeur doit produire ses propres bases de calcul et justifier les exclusions.

La prescription doit être surveillée. Les demandes relatives à l’exécution du contrat et aux sommes dues obéissent à des délais qui varient selon la nature de la demande. Le délai de contestation du licenciement lui-même est court. Il ne faut donc pas attendre plusieurs mois en espérant une régularisation spontanée. Une demande amiable peut être utile, mais elle ne remplace pas une saisine dans les délais lorsque l’employeur refuse ou garde le silence. Le dossier doit être préparé rapidement après la remise des documents de fin de contrat.

Le recours le plus efficace est souvent ciblé. Si seul le montant de l’indemnité est faux, la demande peut rester limitée au rappel et aux documents rectifiés. Si le licenciement est lui-même contesté, le rappel d’indemnité doit être intégré à une stratégie plus large : cause réelle et sérieuse, préavis, congés payés, indemnité conventionnelle, nullité éventuelle, dommages-intérêts, remboursement d’indemnités chômage dans certains cas. Le salarié doit éviter de signer une transaction sans avoir recalculé chaque poste, car une transaction rédigée largement peut éteindre des demandes non identifiées.

Un employeur peut prévenir le litige par une méthode simple : calcul écrit, convention collective citée, détail de l’ancienneté, salaire de référence comparé sur trois et douze mois, prise en compte des absences protégées, explication des exclusions et contrôle avant remise du solde. Cette transparence réduit le risque prud’homal. Elle est aussi utile lorsque le salarié demande des explications : une réponse documentée peut éviter une action. À l’inverse, un montant global sans détail, surtout après une longue ancienneté ou un arrêt de travail, nourrit la contestation.

Le salarié doit donc lire le solde de tout compte comme un dossier de preuve. La question n’est pas seulement « combien ai-je reçu ? », mais « quelle méthode a produit ce montant ? ». Les erreurs les plus fréquentes sont l’oubli des mois incomplets, l’exclusion injustifiée du préavis, la minoration liée au temps partiel, l’absence de comparaison entre trois et douze mois, la mauvaise prise en compte d’un arrêt professionnel, l’oubli de l’indemnité spéciale d’inaptitude et l’absence de comparaison conventionnelle. Chacune peut être chiffrée et corrigée.

Pour approfondir les droits liés à une rupture du contrat après une inaptitude, le lecteur peut aussi consulter l’analyse du cabinet sur le licenciement pour inaptitude et l’obligation de reclassement. Ce lien permet de distinguer le calcul de l’indemnité de licenciement, traité ici, des conditions propres au reclassement et à la validité de la rupture.

Conclusion

L’indemnité de licenciement doit être vérifiée avec méthode : ancienneté exacte, mois incomplets, préavis, temps partiel, absences protégées, salaire de référence, convention collective et motif de rupture. Les articles L. 1234-9, R. 1234-2 et R. 1234-4 du Code du travail donnent le socle, mais ils ne suffisent pas toujours à résoudre les cas concrets. Le vrai contrôle consiste à refaire le calcul à partir des pièces et à comparer le montant payé avec le montant légal ou conventionnel le plus favorable.

Lorsqu’une erreur apparaît, il faut agir par écrit, demander le détail du calcul, chiffrer le différentiel et surveiller les délais de recours. Une contestation bien préparée porte sur des dates, des bulletins, des textes et une formule vérifiable. Elle a beaucoup plus de poids qu’une demande générale de régularisation.

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