Licenciement pour inaptitude non professionnelle : quelle indemnité, quel préavis et que vérifier sur le solde de tout compte ?

Licenciement pour inaptitude non professionnelle : quelle indemnité, quel préavis et que vérifier sur le solde de tout compte ?

Le piège est presque toujours le même. Le salarié entend qu’il n’y a « pas de préavis » en cas d’inaptitude non professionnelle. Il en déduit qu’il n’y a rien à discuter sur le départ. Puis il reçoit son solde de tout compte, voit une indemnité de licenciement calculée trop bas, un reçu mal libellé, ou l’absence d’une somme qu’il croyait acquise. À l’inverse, certains employeurs pensent que l’absence de préavis suffit à clore le dossier alors qu’ils oublient un point décisif : la durée théorique de ce préavis non exécuté compte quand même pour calculer l’indemnité légale de licenciement.

Le bon raisonnement n’est donc pas seulement « y a-t-il une indemnité de préavis ? ». La vraie question est plus large : dans un licenciement pour inaptitude d’origine non professionnelle, quelles sommes sont dues à la rupture, comment l’ancienneté doit-elle être recalculée, que vaut la signature du reçu pour solde de tout compte, et dans quels cas le salarié peut finalement obtenir davantage parce que l’employeur a mal géré le reclassement ou s’est trompé d’origine d’inaptitude ?

Cette page sert de spoke transactionnel sur le cluster inaptitude / rupture / reclassement. Pour la version géolocalisée, voir aussi Inaptitude non professionnelle à Paris et en Île-de-France : quel conseil de prud’hommes saisir, quelles pièces et quels délais si l’indemnité est contestée ?. Pour le cadrage métier large, la page d’expertise reste Avocats Licenciement Inaptitude Paris | Origine et Contestation et la pillar éditoriale du cluster est Licenciement pour inaptitude : l’obligation de reclassement de l’employeur et ses trois dispenses.

1. L’inaptitude non professionnelle ne permet le licenciement qu’après la séquence de reclassement

Le point de départ reste l’article L. 1226-2 du code du travail, qui impose à l’employeur de proposer au salarié déclaré inapte un autre emploi approprié à ses capacités, au besoin par mutation, aménagement, adaptation ou transformation de poste, après prise en compte des conclusions du médecin du travail.

L’article L. 1226-2-1 du code du travail ferme ensuite le jeu. L’employeur ne peut rompre le contrat que s’il justifie :

  • soit de l’impossibilité de proposer un emploi dans les conditions prévues par l’article L. 1226-2 ;
  • soit du refus par le salarié de l’emploi proposé dans ces conditions ;
  • soit de la mention expresse, dans l’avis du médecin du travail, selon laquelle tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié ou que son état fait obstacle à tout reclassement.

Ce texte est pratique parce qu’il oblige à raisonner en deux temps. D’abord : le reclassement a-t-il été sérieusement recherché ? Ensuite : les motifs d’impossibilité ont-ils été notifiés par écrit avant la rupture ? Sur ce second point, la chambre sociale a rappelé, dans l’arrêt Cass. soc., 15 déc. 2021, n° 20-18.782, que le défaut de notification écrite des motifs qui s’opposent au reclassement cause un préjudice réparable, mais que cette indemnisation ne se cumule pas avec l’indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse réparant le même préjudice.

Autrement dit, avant même de parler des sommes de rupture, il faut relire la mécanique du licenciement. Si le reclassement a été traité trop vite, trop abstraitement, ou sans explication écrite préalable, le débat financier peut changer de nature.

2. En principe, le salarié perçoit l’indemnité de licenciement, les congés payés, mais pas l’indemnité compensatrice de préavis

Le cadre légal de base peut être lu dans la sous-section Legifrance consacrée à l’inaptitude non professionnelle (L. 1226-2 à L. 1226-4-3) et dans la fiche officielle Service Public : Le salarié perçoit-il des indemnités en cas de licenciement pour inaptitude physique ?.

Pour un CDI, le salarié licencié pour inaptitude consécutive à une maladie ou à un accident non professionnel peut, en principe, prétendre :

  • à l’indemnité légale de licenciement, ou à l’indemnité conventionnelle si elle est plus favorable ;
  • à l’indemnité compensatrice de congés payés sur les jours acquis et non pris ;
  • et aux autres sommes ordinaires de rupture si elles sont dues dans le dossier.

L’article L. 1234-9 du code du travail fixe le socle : sauf faute grave, le salarié en CDI ayant au moins huit mois d’ancienneté ininterrompue a droit à une indemnité de licenciement.

En revanche, l’article L. 1226-4 du code du travail est très clair sur le préavis. En cas de licenciement pour inaptitude non professionnelle, le préavis n’est pas exécuté, le contrat est rompu à la date de notification du licenciement et, par dérogation à l’article L. 1234-5, l’inexécution du préavis ne donne pas lieu au versement d’une indemnité compensatrice.

La fiche Indemnité compensatrice de préavis pour un salarié le rappelle aussi : l’indemnité compensatrice de préavis n’est pas due au salarié licencié pour inaptitude d’origine non professionnelle, après une maladie ou un accident non professionnel.

La Cour de cassation l’avait déjà posé de longue date dans l’arrêt Cass. soc., 18 mars 2003, n° 01-40.793, relatif à une salariée licenciée pour inaptitude et impossibilité de reclassement après maladie non professionnelle.

3. Mais le préavis non exécuté compte quand même pour calculer l’ancienneté ouvrant droit à l’indemnité

C’est le point que les bulletins de fin de contrat ratent souvent.

Le même article L. 1226-4 précise que le préavis, bien que non exécuté, est pris en compte pour le calcul de l’indemnité mentionnée à l’article L. 1234-9. En pratique, cela signifie que l’ancienneté retenue pour calculer l’indemnité de licenciement n’est pas arrêtée au seul jour de notification. Il faut y ajouter la durée théorique du préavis non effectué.

Le site Service Public donne un exemple utile : un salarié qui compte huit ans et trois mois d’ancienneté au jour du licenciement et qui aurait eu droit à deux mois de préavis doit voir son indemnité calculée sur une ancienneté de huit ans et cinq mois.

Ce point change concrètement le chiffrage :

  • pour franchir un palier d’ancienneté ;
  • pour augmenter la fraction d’année prise en compte ;
  • et parfois pour corriger un calcul patronal fait trop vite sur la seule présence effective.

Beaucoup d’erreurs se logent ici. L’employeur écrit correctement qu’aucune indemnité compensatrice de préavis n’est due, mais il oublie aussitôt que ce préavis théorique doit quand même majorer l’ancienneté servant de base à l’indemnité de licenciement.

4. Ce qu’il faut vérifier sur le solde de tout compte

Le contrôle ne doit pas se limiter à la ligne « indemnité de licenciement ».

Il faut vérifier, au minimum :

  • la date exacte de notification de la rupture ;
  • l’ancienneté retenue par l’employeur ;
  • la durée théorique du préavis qui aurait été applicable sans l’inaptitude ;
  • la base salariale utilisée pour calculer l’indemnité ;
  • l’existence d’une convention collective plus favorable ;
  • le solde de congés payés acquis et non pris ;
  • et la cohérence entre la lettre de licenciement, le bulletin final, le reçu pour solde de tout compte et l’attestation France Travail.

Le reçu pour solde de tout compte n’est pas neutre. L’article L. 1234-20 du code du travail prévoit que le reçu peut être dénoncé dans les six mois qui suivent sa signature ; au-delà, il devient libératoire pour l’employeur pour les sommes qui y sont mentionnées.

Ce texte appelle deux réflexes pratiques.

Le premier : ne pas confondre le document remis par l’employeur avec la signature du salarié. Un reçu non signé n’a pas le même effet qu’un reçu signé puis non dénoncé.

Le second : relire les lignes une par une. Le délai de six mois joue pour les sommes mentionnées. Il ne faut donc pas signer machinalement un document mal chiffré, mal détaillé ou fondé sur une ancienneté erronée.

Dans un dossier d’inaptitude non professionnelle, trois erreurs reviennent souvent :

  1. l’ancienneté n’intègre pas le préavis non exécuté ;
  2. l’employeur applique l’indemnité légale alors qu’une convention collective est plus favorable ;
  3. le reçu agrège des sommes sans détail suffisant, ce qui complique ensuite la contestation.

5. Les cas où le salarié peut quand même obtenir l’équivalent d’un préavis ou davantage

Dire qu’il n’y a « pas d’indemnité compensatrice de préavis » en principe n’épuise pas le dossier.

A. Si la convention collective est plus favorable

Le premier contrôle doit toujours porter sur la convention collective. Le droit commun exclut l’indemnité compensatrice de préavis. Mais une convention peut prévoir un régime plus favorable.

B. Si le licenciement est jugé sans cause réelle et sérieuse

La fiche Service Public F31225 le rappelle expressément : lorsque le licenciement est requalifié sans cause réelle et sérieuse par le conseil de prud’hommes, par exemple en raison de manquements dans la recherche de reclassement, le salarié peut obtenir une indemnité compensatrice de préavis.

Cela rejoint une logique simple. Le salarié n’est pas privé d’un préavis parce qu’il a « choisi » de ne pas l’exécuter. Il en est privé par l’effet du régime légal de l’inaptitude. Si l’employeur n’avait pas le droit de rompre dans ces conditions, le terrain indemnitaire peut être réouvert.

C. Si le dossier bascule en réalité vers une origine professionnelle

C’est un point de vigilance essentiel.

Certaines situations sont présentées comme une inaptitude non professionnelle alors que le salarié soutient que l’inaptitude a en réalité, au moins partiellement, une origine professionnelle. Or ce basculement change fortement le régime des indemnités.

La décision Cass. soc., 4 févr. 2026, n° 24-21.144 le montre bien : la chambre sociale admet qu’une cour d’appel de référé puisse retenir, malgré un refus de reconnaissance par la caisse encore contesté, une origine au moins partiellement professionnelle de l’inaptitude et en déduire qu’une provision au titre des indemnités prévues par l’article L. 1226-14 ne se heurte pas à une contestation sérieuse, sous réserve du reste du litige.

En pratique, cela signifie qu’un dossier classé trop vite en « non professionnel » doit être relu avec méthode si les pièces médicales, la déclaration d’accident, les échanges RH ou l’avis du médecin du travail laissent apparaître un lien avec le travail.

6. Non professionnelle ou professionnelle : ne pas mélanger les deux régimes

Le bon article de comparaison n’est pas L. 1226-4 mais L. 1226-14 pour l’inaptitude d’origine professionnelle.

La différence est décisive :

  • en non professionnel, pas d’indemnité compensatrice de préavis en principe ;
  • en professionnel, indemnité spéciale de licenciement et indemnité d’un montant égal au préavis.

Le risque pratique est double.

Soit l’employeur applique à tort le régime non professionnel alors que le dossier est en réalité au moins partiellement professionnel.

Soit le salarié réclame des sommes du régime professionnel sans avoir verrouillé les éléments permettant d’établir ce changement de qualification.

Le bon travail consiste donc à séparer nettement :

  • le dossier purement non professionnel ;
  • le dossier présenté comme non professionnel mais contesté ;
  • et le dossier où l’employeur connaissait déjà des éléments suffisants sur l’origine professionnelle au moment de la rupture.

7. Le calendrier à surveiller si le salarié veut contester

Il ne faut pas laisser le dossier dormir avec l’idée que « tout est dans le reçu ».

L’article L. 1471-1 du code du travail fixe, depuis le 1er avril 2018, un délai de douze mois pour les actions portant sur la rupture du contrat de travail, à compter de la notification de la rupture. Le même texte prévoit deux ans pour les actions portant sur l’exécution du contrat, sous réserve des exceptions, notamment salariales.

En pratique, dans un dossier d’inaptitude non professionnelle, il faut souvent articuler plusieurs temps :

  • la contestation de la rupture elle-même ;
  • la dénonciation éventuelle du reçu pour solde de tout compte dans les six mois de la signature ;
  • et le contrôle des créances de salaire ou accessoires si d’autres sommes restent dues.

La première erreur consiste à croire qu’un reçu signé ferme tout immédiatement. La seconde consiste à laisser passer le délai de douze mois sur la rupture en se concentrant seulement sur le reçu.

8. Les pièces qui font gagner du temps

Le dossier doit être monté autour de la chronologie et du calcul.

Il faut réunir :

  • l’avis d’inaptitude et les éventuels avis de préreprise ou reprise ;
  • les échanges sur le reclassement ;
  • le courrier exposant les motifs d’impossibilité de reclassement ;
  • la convocation et la lettre de licenciement ;
  • les bulletins de paie récents ;
  • le reçu pour solde de tout compte ;
  • le détail du calcul de l’indemnité transmis par l’employeur, s’il existe ;
  • la convention collective applicable ;
  • et, si besoin, les éléments permettant de discuter l’origine professionnelle éventuelle.

La pièce la plus sous-estimée reste souvent le calcul patronal lui-même. Quand il existe, il révèle très vite la méthode retenue : ancienneté tronquée, salaire de référence discutable, oubli du préavis théorique, ou simple copie d’un modèle RH sans adaptation au dossier.

9. Ce qu’il faut retenir

Le régime de l’inaptitude non professionnelle est plus subtil qu’il n’en a l’air.

Le salarié n’a, en principe, pas droit à une indemnité compensatrice de préavis.

Mais la durée théorique du préavis non exécuté doit être ajoutée pour calculer l’indemnité de licenciement.

Le reçu pour solde de tout compte signé peut être dénoncé dans les six mois.

Et surtout, le dossier peut changer de dimension si :

  • le reclassement a été mal géré ;
  • les motifs d’impossibilité n’ont pas été notifiés correctement ;
  • une convention collective est plus favorable ;
  • ou l’inaptitude est en réalité au moins partiellement d’origine professionnelle.

Pour la compétence territoriale, les pièces et le tempo de saisine en région parisienne, voir aussi Inaptitude non professionnelle à Paris et en Île-de-France : quel conseil de prud’hommes saisir, quelles pièces et quels délais si l’indemnité est contestée ?.

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Pour vérifier le montant inscrit sur le solde de tout compte, consultez aussi notre tableau de calcul de l’indemnité de licenciement pour inaptitude.

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