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Plainte pour dénonciation calomnieuse après classement sans suite : peut-on agir tout de suite et quelles preuves faut-il réunir ?

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Recevoir un classement sans suite ou un courrier de type code 61 ne veut pas dire automatiquement que l’accusation était pénalement mensongère. Mais cela ne veut pas dire non plus qu’il faut rester inerte. Le bon réflexe est de distinguer trois sujets que beaucoup de dossiers mélangent: le sens exact du classement, le moment où une plainte pour dénonciation calomnieuse devient procéduralement utile, et les preuves capables de montrer la mauvaise foi du dénonciateur.

Le cadre général du cluster reste notre page-pilier sur la dénonciation calomnieuse et ses éléments constitutifs. Pour comprendre ce que vaut exactement le courrier du parquet, relisez aussi notre guide sur l’avis de classement à auteur ou code 61. Si votre dossier dépend de Paris ou d’un ressort francilien, la déclinaison locale est ici: quel parquet ou tribunal saisir, et quelles pièces préparer ?.

Un classement sans suite ne prouve pas, à lui seul, la calomnie

Le point d’entrée utile est l’article 40-2 du code de procédure pénale. Quand le procureur classe une procédure, il doit aviser les plaignants et les victimes identifiées en indiquant les raisons juridiques ou d’opportunité de la décision.

En pratique, un courrier de classement peut recouvrir des situations très différentes:

  • faits insuffisamment caractérisés;
  • infraction insuffisamment démontrée;
  • auteur non identifié;
  • inopportunité des poursuites;
  • orientation vers une autre voie procédurale déjà engagée.

Autrement dit, le classement vous renseigne sur la décision du parquet. Il ne tranche pas, par lui-même, la question décisive de la dénonciation calomnieuse: la personne qui vous a mis en cause savait-elle que les faits étaient totalement ou partiellement inexacts au moment où elle les a dénoncés ?

L’infraction obéit à des conditions plus strictes que la simple plainte infondée

Le texte central est l’article 226-10 du code pénal. Il vise la dénonciation, dirigée contre une personne déterminée, d’un fait de nature à entraîner des sanctions judiciaires, administratives ou disciplinaires, lorsque son auteur sait ce fait totalement ou partiellement inexact.

Cette définition impose une lecture rigoureuse.

Il faut une dénonciation adressée à une autorité qui peut y donner suite. Il faut ensuite que le fait dénoncé soit inexact. Il faut surtout que la mauvaise foi existe au moment de la dénonciation. C’est le point sur lequel les dossiers échouent le plus souvent.

La chambre criminelle l’a rappelé dans l’arrêt du 19 février 2019, n° 18-80.195: la mauvaise foi ne résulte pas du seul constat d’une légèreté, d’une imprudence ou d’une accusation maladroite. Une plainte imprécise, excessive ou finalement non suivie ne suffit donc pas automatiquement.

Conclusion pratique: le bon angle n’est pas « ma plainte a été classée, donc l’autre a menti ». Le bon angle est « puis-je démontrer, avec des pièces, que l’autre savait ce qu’il avançait faux ou impossible ? »

Peut-on porter plainte tout de suite après le classement ?

Oui, parfois. Mais il faut distinguer ce que le texte interdit de ce qu’il rend seulement difficile.

L’article 226-11 du code pénal pose une règle clé: lorsque le fait dénoncé a donné lieu à des poursuites pénales, il ne peut être statué sur les poursuites contre l’auteur de la dénonciation qu’après la décision mettant définitivement fin à la procédure sur les faits dénoncés.

Cette règle change tout.

Si vous avez seulement reçu un classement sans suite après une plainte simple ou une enquête restée au stade préliminaire, la voie d’une plainte pour dénonciation calomnieuse peut être envisagée. Mais la démonstration reste exigeante, parce qu’il n’existe pas encore nécessairement de décision définitive déclarant que le fait n’a pas été commis ou qu’il ne vous est pas imputable.

En revanche, si l’accusation a débouché sur une mise en mouvement réelle de l’action publique, une information, un renvoi ou un procès, l’article 226-11 impose d’attendre la décision qui met définitivement fin au dossier sur les faits initiaux. Et il faut entendre « définitivement » au sens strict.

La chambre criminelle l’a précisé dans l’arrêt du 21 avril 2020, n° 19-81.089, publié au Bulletin. Lorsque seule la partie civile poursuit encore le dossier sur les intérêts civils après une relaxe, la suspension liée à l’article 226-11 continue tant que cette séquence n’est pas elle-même définitivement terminée. Beaucoup de dossiers sont lancés trop tôt parce que ce point est mal lu.

Ce qu’il faut regarder dans votre courrier avant de décider d’agir

Avant toute plainte nouvelle, il faut qualifier la décision reçue.

Posez-vous quatre questions simples:

  1. Le parquet a-t-il seulement classé une enquête, ou bien existe-t-il une décision juridictionnelle plus forte ensuite ?
  2. Le courrier dit-il pourquoi la procédure a été classée ?
  3. Une autre séquence reste-t-elle ouverte: appel, information, intérêts civils, recours de la partie adverse ?
  4. Disposez-vous d’éléments objectifs qui montrent non seulement l’échec de l’accusation, mais aussi sa fausseté consciente ?

Tant que ces quatre points ne sont pas calés, déposer une nouvelle plainte est souvent prématuré ou mal orienté.

Les preuves vraiment utiles ne sont pas les mêmes que dans le dossier initial

Le dossier de dénonciation calomnieuse n’est pas une simple copie du dossier classé. Il faut un second raisonnement probatoire.

Les pièces les plus utiles sont généralement:

  • le courrier de classement sans suite, avec sa date et sa motivation;
  • la plainte initiale, le signalement ou les procès-verbaux qui vous mettent en cause;
  • les contradictions internes des versions successives;
  • les éléments matériels qui rendent le fait dénoncé impossible ou très peu crédible;
  • les messages, courriels, captures, échanges ou témoignages montrant une intention de nuire;
  • les pièces révélant que le dénonciateur connaissait déjà l’inexactitude du fait au moment où il a parlé;
  • la chronologie complète de la procédure initiale;
  • les décisions judiciaires définitives si le dossier a dépassé le stade du simple classement.

Ce qui convainc rarement, en revanche, c’est la seule indignation. Dire que l’accusation vous a détruit ne suffit pas. Il faut objectiver l’écart entre ce qui a été dénoncé et ce que la personne savait déjà.

Quelle voie choisir après le classement

Il faut éviter un faux réflexe fréquent: confondre toutes les voies de réparation.

La plainte pour dénonciation calomnieuse vise l’infraction prévue par l’article 226-10 du code pénal. Elle suppose donc de travailler la mauvaise foi et le caractère inexact du fait dénoncé.

Mais il existe d’autres mécanismes, qui n’ont pas le même terrain.

L’article 91 du code de procédure pénale permet une action en dommages-intérêts contre le plaignant lorsque, après une information ouverte sur constitution de partie civile, une décision de non-lieu est rendue. Cette voie n’est pas l’équivalent d’une plainte simple pour dénonciation calomnieuse. Elle suppose un dossier d’instruction et un non-lieu définitif, avec un délai de trois mois pour agir.

L’article 177-2 du code de procédure pénale permet en outre au juge d’instruction, quand il rend une ordonnance de non-lieu à l’issue d’une information ouverte sur constitution de partie civile, de prononcer une amende civile contre une partie civile abusive ou dilatoire.

Conclusion pratique: après un simple classement sans suite, la question n’est pas « quelle voie de recours contre la personne qui m’a accusé ? » La vraie question est d’abord « de quel type de décision finale je dispose exactement ? »

Les erreurs qui font perdre du temps

La première erreur est de partir trop tôt.

Quand le dossier initial n’est pas définitivement éteint, l’article 226-11 bloque le traitement utile de la nouvelle plainte. On perd du temps, parfois de la crédibilité, et on fige un dossier encore incomplet.

La deuxième erreur est de mélanger classement et fausseté.

Le classement ne vaut pas constat judiciaire automatique que le fait n’a jamais existé. Le deuxième alinéa de l’article 226-10 ne joue pleinement qu’avec une décision définitive d’acquittement, de relaxe ou de non-lieu déclarant que le fait n’a pas été commis ou ne vous est pas imputable.

La troisième erreur est de surévaluer certains préjudices.

L’arrêt du 27 février 2018, n° 17-81.702 rappelle que le placement sous contrôle judiciaire relève de la seule responsabilité de l’autorité judiciaire. Il ne faut donc pas construire votre demande comme si chaque mesure de procédure pouvait être automatiquement imputée à la personne dénonciatrice.

La quatrième erreur est de négliger les traces annexes.

Même quand il faut attendre avant de déposer plainte, il faut déjà conserver les décisions, demandes d’effacement, courriers, échanges d’avocats et éléments de chronologie. L’inaction documentaire est la meilleure façon d’affaiblir un futur dossier.

Le bon plan d’action en sortie de classement

Dans les jours qui suivent le classement, la méthode utile est la suivante:

  1. obtenir et archiver le courrier exact du parquet;
  2. vérifier s’il existe encore une procédure pendante sur les faits dénoncés;
  3. relire la plainte ou le signalement initial pour repérer les points objectivement faux;
  4. constituer un dossier de preuves de la mauvaise foi, distinct du dossier émotionnel;
  5. vérifier si l’on est dans le champ de l’article 226-10, de l’article 91 CPP, de l’article 177-2 CPP, ou d’aucun de ces trois terrains pour l’instant;
  6. préparer, si nécessaire, les demandes parallèles sur les fichiers et les traces administratives.

Ce qu’il faut retenir

Après un classement sans suite, agir « tout de suite » n’est ni toujours impossible, ni toujours pertinent.

La dénonciation calomnieuse exige davantage qu’un dossier classé: il faut une dénonciation adressée à la bonne autorité, un fait inexact, et surtout une mauvaise foi prouvable. Si des poursuites pénales ont réellement été engagées sur les faits dénoncés, l’article 226-11 impose d’attendre la fin définitive de cette procédure. Si vous sortez d’une information sur constitution de partie civile, l’article 91 CPP et l’article 177-2 CPP ouvrent d’autres outils qu’il ne faut pas confondre avec la plainte simple.

Le bon dossier n’est donc pas celui qui réagit le plus vite. C’est celui qui choisit la bonne voie au bon moment, avec les bonnes pièces.

Après une accusation contestée, il faut distinguer l’accord amiable, le retrait de plainte et une éventuelle dénonciation calomnieuse. plainte retirée après accord amiable.

Lorsque l’accusation a aussi été diffusée publiquement, il faut distinguer le recours pour dénonciation calomnieuse de l’action en diffamation dénonciation calomnieuse ou diffamation après une accusation mensongère.

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