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Séparation et crédit immobilier en cours : qui paie les mensualités, qui peut rester dans la maison, et que faire si l’autre arrête ?

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Quand un couple se sépare alors qu’un crédit immobilier court encore, la même angoisse revient très vite : qui doit continuer à payer, qui peut rester dans le logement, et que se passe-t-il si l’autre cesse brutalement les virements ? C’est un sujet de crise, parce que la rupture affective ne suspend ni la banque, ni l’assurance, ni les échéances, ni le risque d’incident de paiement.

Le premier piège consiste à confondre deux plans qui ne fonctionnent pas pareil. D’un côté, il y a la relation avec la banque. De l’autre, il y a le règlement du conflit entre les ex-conjoints. Ce n’est pas parce que vous vivez séparément que le prêt disparaît. Et ce n’est pas parce qu’un juge décide provisoirement que l’un des époux occupera le logement ou assumera certaines charges que la banque est automatiquement privée de tout recours contre l’autre.

Si vous cherchez une vue d’ensemble sur les premières urgences de la rupture, vous pouvez aussi relire notre guide Séparation ou divorce : que faire en premier pour protéger enfants, logement, comptes et preuves ?. Le sujet du crédit immobilier mérite toutefois un traitement séparé, parce qu’il mélange droit de la famille, dette bancaire, logement familial et liquidation patrimoniale. Pour la déclinaison locale, voir aussi notre version Paris et Île-de-France : quel JAF saisir, quelles preuves garder et comment demander la jouissance du logement ?.

I. La séparation ne met pas fin au prêt immobilier

Le point de départ est simple : tant que le prêt n’est pas remboursé, renégocié ou désolidarisé avec l’accord de la banque, l’engagement bancaire continue. La fiche officielle Service Public sur la garantie co-emprunteur rappelle qu’en cas de divorce ou de séparation, la banque peut réclamer à chacun des co-emprunteurs le paiement des mensualités et que la rupture du couple ne met pas fin au contrat de prêt (Service Public, « Garantie co-emprunteur : que faire en cas de divorce ou de séparation du couple ? »).

Autrement dit, quitter le domicile, déposer une requête en divorce, signer un accord de principe entre vous, ou même obtenir une organisation provisoire du logement ne suffit pas, en soi, à vous sortir du prêt.

En pratique, trois issues seulement sécurisent réellement la banque :

  • le remboursement anticipé du prêt, souvent grâce à la vente du bien ;
  • la désolidarisation acceptée par la banque ;
  • ou le remplacement d’un co-emprunteur par une autre garantie acceptée par la banque.

Tant qu’aucune de ces solutions n’est formalisée, la banque raisonne comme si les signataires restaient tenus.

II. Il faut distinguer la dette envers la banque et le compte à faire entre vous

Beaucoup de couples commettent la même erreur : l’un se dit « je suis parti, donc je ne paie plus », l’autre se dit « je reste avec les enfants, donc je peux suspendre sans risque », et chacun découvre ensuite que l’incident bancaire a été enregistré pour les deux.

Or le raisonnement correct est le suivant :

  • vis-à-vis de la banque, le contrat de prêt continue selon ses clauses ;
  • entre vous, en revanche, la répartition provisoire et définitive peut être discutée, négociée ou tranchée.

Chez des époux mariés, la contribution aux charges du mariage peut aussi jouer tant que le mariage produit ses effets. L’article 214 du code civil prévoit que, si le contrat de mariage ne règle rien, les époux contribuent aux charges du mariage à proportion de leurs facultés respectives et que l’un peut contraindre l’autre à exécuter son obligation.

Mais cette logique interne au couple ne neutralise pas le créancier bancaire. Elle sert à demander à l’autre de prendre sa part, à faire fixer une contribution, ou à préparer un règlement entre vous. Elle ne transforme pas, par magie, le banquier en arbitre du divorce.

III. En divorce judiciaire, le juge peut organiser provisoirement le logement et les dettes

Dans une procédure de divorce judiciaire, il existe un levier très concret : les mesures provisoires.

L’article 255 du code civil permet notamment au juge :

  • de statuer sur les modalités de la résidence séparée des époux ;
  • d’attribuer à l’un d’eux la jouissance du logement et du mobilier du ménage, en précisant si cette jouissance est gratuite ou non ;
  • de fixer une pension alimentaire au titre du devoir de secours ;
  • et de désigner celui ou ceux des époux qui devront assurer provisoirement le règlement de tout ou partie des dettes.

La fiche officielle sur le divorce judiciaire confirme que l’assignation peut contenir des demandes de mesures provisoires sur les biens, sur le logement, sur les dettes et sur l’existence des époux pendant la procédure.

Cela change beaucoup de choses en pratique. Si vous êtes marié et qu’un crédit immobilier menace de déraper, il ne faut pas laisser le sujet flotter dans des échanges de SMS ou dans une promesse vague du type « je paierai plus tard ». Il faut demander au juge une organisation provisoire intelligible. Si le dossier glisse déjà vers le partage du bien, il faut aussi penser tout de suite à la phase de liquidation du régime matrimonial. Les demandes utiles portent notamment sur :

  • qui occupe le logement ;
  • à titre gratuit ou onéreux ;
  • qui paie les mensualités ;
  • qui règle les charges courantes ;
  • comment sont supportées la taxe foncière, l’assurance habitation et les grosses dépenses ;
  • et, si nécessaire, s’il faut désigner un notaire ou un professionnel pour préparer la liquidation.

IV. Rester seul dans le logement ne signifie pas en devenir seul débiteur ou seul propriétaire

Le conjoint qui reste dans la maison pense souvent qu’il « prend le bien ». Le conjoint qui part pense souvent qu’il « abandonne la maison ». Les deux formulations sont trompeuses.

L’occupation du logement n’efface pas le crédit. Elle ne solde pas non plus les droits sur le bien. Celui qui reste peut se voir attribuer provisoirement la jouissance du logement, parfois parce que les enfants y résident, parfois parce qu’il est matériellement plus logique qu’il y demeure. Mais cette jouissance doit être qualifiée : gratuite ou non.

Après la rupture, quand le bien demeure en indivision, l’article 815-9 du code civil prévoit que l’indivisaire qui use privativement du bien indivis est, sauf convention contraire, redevable d’une indemnité. C’est un point majeur lorsque l’un occupe seul le logement pendant que l’autre continue à être juridiquement engagé sur l’emprunt.

À l’inverse, lorsqu’un indivisaire finance seul certaines dépenses de conservation du bien, l’article 815-13 du code civil peut entrer dans la discussion liquidative. Il faut donc garder les tableaux d’amortissement, les relevés, les attestations de la banque, les preuves de virements et les justificatifs de toutes les échéances réellement supportées.

Ce n’est pas un détail comptable. C’est souvent là que se joue, plusieurs mois plus tard, le débat sur ce que chacun devra rembourser à l’autre, ou sur ce qui sera retenu au moment du partage.

V. Peut-on vendre, hypothéquer ou décider seul pour le logement familial ?

Lorsqu’il s’agit du logement de la famille, les époux doivent être particulièrement prudents. L’article 215 du code civil protège le logement familial : un époux ne peut pas, seul, disposer des droits par lesquels est assuré le logement de la famille.

Concrètement, cela signifie qu’avant de penser « je vais vendre sans lui » ou « je vais donner mandat seul au notaire », il faut vérifier le statut exact du bien, le régime matrimonial, la nature du droit détenu et l’état de la procédure. La séparation de fait n’efface pas cette protection.

VI. Que faire si l’autre arrête de payer les mensualités ?

Quand l’autre cesse brutalement de payer, il faut sortir du registre affectif et passer en mode preuve et protection.

1. Vérifier immédiatement la situation bancaire

Il faut savoir :

  • si le prélèvement a été rejeté ;
  • si le compte commun est débiteur ;
  • si la banque a déjà envoyé une relance ;
  • si l’assurance emprunteur ou la garantie a été impactée ;
  • et si une inscription ou un incident de paiement est en train de se constituer.

2. Ne pas croire qu’un « je ne paie plus » par message règle quoi que ce soit

Un message où l’autre annonce qu’il arrête les versements est une preuve utile contre lui. Ce n’est pas une protection pour vous vis-à-vis de la banque.

3. Arbitrer vite entre paiement conservatoire et contentieux

Si vous pouvez payer pour éviter l’accident bancaire, il est souvent plus prudent de le faire sous réserve de vos droits, puis de réclamer ensuite ce qui devra être réimputé dans la procédure ou dans la liquidation. Laisser le prêt tomber en impayé pour « forcer » l’autre à réagir est souvent une mauvaise stratégie.

4. Saisir le bon cadre judiciaire

Si vous êtes marié et en train de divorcer, la demande de mesures provisoires est centrale. Si la procédure n’est pas encore engagée, il faut mesurer s’il faut demander une contribution aux charges du mariage, engager le divorce, ou formaliser d’urgence un accord provisoire exploitable.

5. Réunir les bonnes pièces

Préparez immédiatement :

  • l’offre de prêt et le tableau d’amortissement ;
  • les relevés des échéances déjà payées ;
  • les échanges avec la banque ;
  • les messages où l’autre annonce qu’il ne paiera plus ;
  • les justificatifs de ressources et de charges de chacun ;
  • les preuves de résidence des enfants ;
  • et l’historique d’occupation du logement.

VII. Divorce amiable, vente, rachat de soulte : ne pas confondre calendrier familial et calendrier bancaire

Dans un divorce par consentement mutuel, beaucoup de couples imaginent qu’ils régleront le prêt « dans la convention » et que tout sera automatiquement propre. C’est faux si la banque n’est pas d’accord.

La convention peut organiser vos rapports. Elle ne désolidarise pas seule le prêt. Si l’un conserve le bien, il faut généralement penser en même temps :

  • rachat de la part de l’autre, s’il y a lieu ;
  • refinancement ou reprise du prêt à son seul nom si la banque l’accepte ;
  • désolidarisation formelle ;
  • radiation ou adaptation des garanties ;
  • et rédaction cohérente chez le notaire.

Sinon, vous obtenez un accord familial apparemment propre, mais vous laissez subsister un engagement bancaire commun. C’est l’une des sources les plus fréquentes de contentieux post-divorce.

VIII. L’angle pratique : ce qu’il faut demander tout de suite

Sur un dossier de séparation avec crédit immobilier en cours, le bon réflexe n’est pas de poser une question générale du type « qui paie ? ». Il faut poser des demandes très concrètes :

  • qui règle la prochaine mensualité ;
  • qui reste dans le logement à compter de telle date ;
  • cette occupation est-elle gratuite ou non ;
  • qui paie l’assurance, la taxe foncière et les charges ;
  • que se passe-t-il si le bien est mis en vente ;
  • quel calendrier est fixé pour la désolidarisation, le rachat de soulte ou la vente ;
  • et quelles sommes devront être recalculées au moment du partage.

Plus la demande est concrète, plus elle est défendable. Plus elle reste floue, plus le dossier s’enlise.

IX. Notre delta pratique sur cet angle

Les contenus concurrents expliquent correctement que le divorce ne met pas fin au prêt, qu’il existe des options de vente, de rachat ou d’indivision, et qu’il faut parler à la banque. En revanche, ils traitent souvent moins bien la séquence de crise la plus fréquente : l’échéance tombe maintenant, l’autre ne paie plus, les enfants résident dans le logement, la jouissance doit être tranchée, et il faut articuler banque, JAF, preuve et liquidation.

Sur ce terrain, les points décisifs sont :

  • ne pas confondre dette bancaire et répartition provisoire entre ex-conjoints ;
  • demander expressément au juge qui supporte les dettes à titre provisoire ;
  • faire qualifier la jouissance du logement ;
  • conserver la preuve précise de qui a payé quoi ;
  • et ne jamais croire qu’un accord entre vous suffit à libérer un co-emprunteur sans accord bancaire.

X. Checklist avant d’agir

Avant tout rendez-vous utile, réunissez :

  • contrat de prêt et tableau d’amortissement ;
  • dernier relevé du compte de prélèvement ;
  • preuve des échéances payées sur les 12 derniers mois ;
  • avis de taxe foncière et assurance habitation ;
  • titre de propriété ou acte d’acquisition ;
  • échanges sur le départ, l’occupation et la vente éventuelle ;
  • justificatifs de revenus, crédits et charges ;
  • et, s’il y a des enfants, tous les éléments sur leur résidence effective.

Un dossier bien préparé permet d’éviter le double échec le plus coûteux : subir l’impayé auprès de la banque tout en arrivant mal armé devant le juge ou chez le notaire.

Compléter l’article général séparation/crédit par un angle distinct sur concubinage, PACS, indivision et article 840 du Code civil. séparation d’un couple non marié avec crédit maison.

Complément pratique lorsque la séparation laisse un prêt commun, une soulte ou un risque de surendettement. désolidarisation et rachat de crédit après divorce.

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