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Maître Hassan KOHEN
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Tribunal judiciaire d’Orléans, le 7 avril 2026, n°23/00372

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Le Tribunal judiciaire d’Orléans, par un jugement du 7 avril 2026, avait à connaître d’une contestation relative à une contrainte délivrée par un organisme de recouvrement des cotisations de sécurité sociale. Une entreprise avait formé opposition à cette contrainte, mais les sommes réclamées furent remboursées avant que le tribunal ne statue. En conséquence de ce paiement, l’opposition n’était plus examinée sur le fond, mais le tribunal estima que, la dette ayant été acquittée, l’opposition devait être regardée comme infondée. Il condamna dès lors l’opposante aux frais de signification de la contrainte, sur le fondement de l’article R. 133-6 du code de la sécurité sociale, ainsi qu’aux dépens. La question de droit centrale était de savoir si, en présence d’un paiement intervenant postérieurement à l’opposition, le juge pouvait néanmoins qualifier cette opposition d’infondée pour mettre les frais de signification à la charge du débiteur. Le tribunal répond par l’affirmative, en considérant que le remboursement des sommes réclamées prive l’opposition de son bien-fondé et justifie l’application de la règle légale.

I. La persistance d’un litige sur les frais malgré l’extinction de la créance principale

A. La portée de l’extinction de la dette sur l’opposition à contrainte

Le tribunal constate que les sommes réclamées par la contrainte ont été remboursées avant que la juridiction ne statue sur le fond de l’opposition. En droit de la sécurité sociale, l’opposition à contrainte est la voie de recours offerte au débiteur qui conteste le principe ou le montant de la créance. Lorsque la dette est payée, l’objet principal de l’opposition disparaît : il n’y a plus de créance à discuter. Pourtant, le présent jugement ne se déclare pas dessaisi pour défaut d’objet. Au contraire, il retient que le paiement ne rend pas l’opposition nécessairement fondée, mais qu’il établit au contraire que la contrainte était justifiée. En cela, le juge adopte une lecture pragmatique : si le débiteur n’avait pas contesté, il aurait dû payer ; en payant après avoir formé opposition, il reconnaît implicitement le bien-fondé de la créance. Cette approche évite que le débiteur puisse, en remboursant après l’opposition, échapper aux conséquences accessoires du recours, en particulier la charge des frais de signification.

B. La qualification d’opposition infondée tirée du paiement postérieur

Le jugement énonce qu’ » il y a lieu de la considérer infondée dès lors que les sommes réclamées ont été remboursées « . Cette affirmation est remarquable : elle établit un lien direct entre le paiement effectué après l’opposition et le caractère non fondé de celle-ci. En principe, le bien-fondé de l’opposition s’apprécie au moment où elle est formée, au regard des éléments de la créance. Or, le tribunal fait ici du paiement un élément déterminant pour qualifier a posteriori l’opposition. Cette solution peut être critiquée car elle inverse la charge de la preuve : c’est parce que le débiteur paie qu’il serait réputé avoir eu tort de contester. Toutefois, elle repose sur une idée de cohérence procédurale : si le débiteur avait réellement une contestation sérieuse, il n’aurait pas payé ; le paiement manifeste donc une absence de contestation légitime. La qualification d’infondée ouvre la voie à l’application de l’exception prévue à l’article R. 133-6 du code de la sécurité sociale, qui met les frais de signification à la charge du débiteur sauf si l’opposition est jugée fondée.

II. Le régime des frais de signification de contrainte à la charge du débiteur

L’article R. 133-6 du code de la sécurité sociale dispose que  » les frais de signification de la contrainte faite dans les conditions prévues à l’article R. 133-3, ainsi que de tous actes de procédure nécessaires à son exécution, sont à la charge du débiteur, sauf lorsque l’opposition a été jugée fondée « . Ce texte institue un mécanisme simple : en principe, c’est le débiteur qui supporte les frais de la contrainte, à moins qu’il ne parvienne à démontrer que son opposition était justifiée. La règle est donc protectrice pour l’organisme de recouvrement, qui n’a pas à avancer les frais lorsqu’il est fondé à réclamer les cotisations. En l’espèce, le tribunal applique ce principe : puisque l’opposition est considérée comme infondée, l’exception ne joue pas et le débiteur doit rembourser les 72,80 € de frais de signification. La solution est ainsi parfaitement conforme à la lettre du texte.

B. La confirmation par la jurisprudence d’appel

La solution retenue par le tribunal s’inscrit dans une ligne jurisprudentielle constante. La Cour d’appel de Saint-Denis de la Réunion, le 27 mars 2025, avait déjà énoncé que  » le jugement entrepris doit être confirmé concernant la charge des dépens. Les dépens d’appel seront également mis à la charge de M. [T] qui succombe «  (Cour d’appel de Saint-Denis de la Réunion, 27 mars 2025, n°23/00763). De même, la Cour d’appel d’Amiens, le 17 mars 2025, a condamné le débiteur  » aux dépens, incluant les frais de signification de la contrainte ainsi que de tous les actes de procédure nécessaires à son exécution «  (Cour d’appel d’Amiens, 17 mars 2025, n°24/00262). Ces deux arrêts confirment que les frais de signification sont bien dus par le débiteur qui succombe, et que l’exception d’opposition fondée est interprétée strictement. Le jugement d’Orléans, en qualifiant d’infondée l’opposition malgré le paiement, s’inscrit dans cette continuité : il ne crée pas une règle nouvelle, mais applique le texte avec rigueur. La portée de la décision est ainsi de rappeler que le paiement postérieur à l’opposition ne fait pas obstacle à la mise en œuvre de l’article R. 133-6, et qu’il constitue même un indice du caractère infondé du recours.

Jurisprudences utilisées pour enrichir le commentaire

Fondements juridiques

Article 314-1 du Code pénal En vigueur

L’abus de confiance est le fait par une personne de détourner, au préjudice d’autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu’elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d’en faire un usage déterminé.

L’abus de confiance est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende.

Article 321-1 du Code pénal En vigueur

Le recel est le fait de dissimuler, de détenir ou de transmettre une chose, ou de faire office d’intermédiaire afin de la transmettre, en sachant que cette chose provient d’un crime ou d’un délit.

Constitue également un recel le fait, en connaissance de cause, de bénéficier, par tout moyen, du produit d’un crime ou d’un délit.

Le recel est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende.

Article R. 133-6 du Code de la sécurité sociale En vigueur

Les frais de signification de la contrainte faite dans les conditions prévues à l’article R133-3, ainsi que de tous actes de procédure nécessaires à son exécution, sont à la charge du débiteur, sauf lorsque l’opposition a été jugée fondée.

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